Archive pour janvier 2012

« Heureusement, tu étais à l’heure ! »

texte à l’imparfait, deuxième personne… l’arrivée au collège

 pour Sarah,

pour Claire

voir aussi Trajets

La Belle et la Bête

écrire, puis jouer des dialogues entre les différents personnages de ce conte. Un objet comme un livre, un miroir, une rose ou une porte jouera un rôle important.

La Prose du Transsibérien Blaise Cendrars

 Dédiée aux musiciens

En ce temps-là j’étais en mon adolescence
J’avais à peine seize ans et je ne me souvenais déjà plus de mon enfance
J’étais à 16.000 lieues du lieu de ma naissance
J’étais à Moscou, dans la ville des mille et trois clochers et des sept gares
Et je n’avais pas assez des sept gares et des mille et trois tours
Car mon adolescence était alors si ardente et si folle
Que mon cœur, tour à tour, brûlait comme le temple d’Éphèse ou comme la Place Rouge de Moscou
Quand le soleil se couche.
Et mes yeux éclairaient des voies anciennes.
Et j’étais déjà si mauvais poète
Que je ne savais pas aller jusqu’au bout.

Le Kremlin était comme un immense gâteau tartare
Croustillé d’or,
Avec les grandes amandes des cathédrales toutes blanches
Et l’or mielleux des cloches…
Un vieux moine me lisait la légende de Novgorod
J’avais soif
Et je déchiffrais des caractères cunéiformes
Puis, tout à coup, les pigeons du Saint-Esprit s’envolaient sur la place
Et mes mains s’envolaient aussi, avec des bruissements d’albatros
Et ceci, c’était les dernières réminiscences du dernier jour
Du tout dernier voyage
Et de la mer.

Pourtant, j’étais fort mauvais poète.
Je ne savais pas aller jusqu’au bout.
J’avais faim
Et tous les jours et toutes les femmes dans les cafés et tous les verres
J’aurais voulu les boire et les casser
Et toutes les vitrines et toutes les rues
Et toutes les maisons et toutes les vies
Et toutes les roues des fiacres qui tournaient en tourbillon sur les mauvais pavés
J’aurais voulu les plonger dans une fournaise de glaives
Et j’aurais voulu broyer tous les os
Et arracher toutes les langues
Et liquéfier tous ces grands corps étranges et nus sous les vêtements qui m’affolent…
Je pressentais la venue du grand Christ rouge de la révolution russe…
Et le soleil était une mauvaise plaie
Qui s’ouvrait comme un brasier.

La Belle et la Bête J-M Leprince de Beaumont

Trois images, quelques phrases pour dire le début de ce conte…

La Belle et la Bête J-M Leprince de Beaumont

Il y avait une fois un marchand qui était extrêmement riche. Il avait six enfants, trois garçons et trois filles, et comme ce marchand était un homme d’esprit, il n’épargna rien pour l’éducation de ses enfants, et leur donna toutes sortes de maîtres.

Ses filles étaient très belles ; mais la cadette surtout se faisait admirer, et on ne l’appelait, quand elle était petite, que la Belle Enfant ; en sorte que le nom lui en resta : ce qui donna beaucoup de jalousie à ses soeurs. Cette cadette, qui était plus belle que ses soeurs, était aussi meilleure qu’elles. Les deux aînées avaient beaucoup d’orgueil, parce qu’elles étaient riches ; elles faisaient les dames, et ne voulaient pas recevoir les visites des autres filles de marchands ; il leur fallait des gens de qualité pour leur compagnie. Elles allaient tous les jours au bal, à la comédie, à la promenade, et se moquaient de leur cadette, qui employait la plus grande partie de son temps à lire de bons livres.

Comme on savait que ces filles étaient fort riches, plusieurs gros marchands les demandèrent en mariage ; mais les deux aînées répondirent qu’elles ne se marieraient jamais, à moins qu’elles ne trouvassent un duc, ou tout au moins, un comte. La Belle, (car je vous ai dit que c’était le nom de la plus jeune) la Belle, dis-je, remercia bien honnêtement ceux qui voulaient l’épouser, mais elle leur dit qu’elle était trop jeune, et qu’elle souhaitait de tenir compagnie à son père, pendant quelques années.

Lettre de Julos Beaucarne

après la mort de sa femme assassinée par un homme devenu fou (nuit du 2 au 3 février 1975 )…

« Amis bien aimés,
                Ma loulou est partie pour le pays de l’envers du décor. Je suis resté seul sur le pont avec mes deux petits moussaillons. Un homme lui a donné neuf coups de poignards dans sa peau douce. C’est la société qui est malade. Il nous faut la remettre d’aplomb et d’équerre, par l’amour, et l’amitié, et la persuasion. Sans vous commander, je vous demande d’aimer plus que jamais ceux qui vous sont proches. Le monde est une triste boutique, les coeurs purs doivent se mettre ensemble pour l’embellir, il faut reboiser l’âme humaine. 
                Je suis maintenant très loin au fond du panier des tristesses. On doit manger chacun, dit-on, un sac de charbon pour aller au paradis. Ah ! Comme j’aimerais qu’il y ait un paradis, comme ce serait doux les retrouvailles. En attendant, à vous autres, mes amis de l’ici bas, face à ce qui m’arrive, je prends la liberté, moi, qui ne suis qu’un histrion, qu’un batteur de planches, qu’un comédien qui fait du rêve avec du vent, je prends la liberté de vous écrire, pour vous dire ce à quoi je pense aujourd’hui. Je pense de toutes mes forces, qu’il faut s’aimer à tort et à travers. Je pense de toutes mes forces, qu’il faut s’aimer à tort et à travers. »
Je n’ai rien à ajouter à cela.

L’attrapeur de mots de J-François Dumont (variation)

à partir du titre de conte L’attrapeur de mots de Jean-François Dumont et la première de couverture imaginer un début de conte…

pour Diane

pour Clara H

Trajets

Tous les mots sont adultes François Bon (p 71)

Premier cercle: les trajets, la ville

D’autres propositions pour ville-écriture


Toujours revenir à Blaise Cendrars

Proposition: un narrateur en translation, voiture, vélo, bus, train, sur un itinéraire du quotidien, répétitif même s’il est bref. Un narrateur encore une fois pris dans une suite de points fixes ou d’instants immobiles, mais ces points ou ces instants insérés dans sa translation. Exercice où le narrateur est présent dans son propre texte, maintenant peut s’écrire lui-même dans son texte, mais n’y est que récepteur de la sensation ou de l’image.

Parler de ce qu’il y a entre chez soi, une fois qu’on a refermé la porte, et le lycée une fois qu’on en a franchi le portail. Pas forcément au présent, même si on demande que l’écriture s’en tienne au présent de l’indicatif: suggérer qu’on peut retrouver mentalement avec précision le même chemin pour ses souvenirs d’école maternelle, et que la place qu’y occupait une maison aux volets clos, un chien qui aboyait trop fort, a grandi avec nous. Ou bien là où on allait le dimanche, ou qu’on partait en vacances: c’est la forme qui compte, la capacité à jouer de diapositives fixes et isolées, à séparer et couper, à animer le texte par cette suite d’éléments chacun levés comme une surface fixe.

Suggérer que ce travail puisse s’établir aussi sur un endroit où on va en courant, un endroit qu’on est pressé de rejoindre, et c’est cette hâte qui produit la superposition des images, où on est celui qui capte, et ce qui s’écrit c’est la suite discontinue de ce qu’on capte. La force des textes qu’on peut tirer de cette proposition, c’est de l’arbitraire du quotidien, présent ou passé, qu’elle va l’extraire: ce n’est pas un trajet choisi, mais un trajet imposé, un trajet utile.


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