Archive pour octobre 2012

Une fin de récit : L’Appel de la forêt de Jack London

J. London, L’Appel de la forêt, traduit de l’américain par Mme de Galard, éd. Gallimard

Le chien Buck, qui mène une existence paisible chez son maître, a été volé par un aventurier. C’est pour lui le début d’une vie difficile. Vendu comme chien de traîneau, il est emmené dans le Grand Nord, où il apprend à se battre à voler et à tuer. Le chien se sent bientôt irrésistiblement attiré par ses ancêtres les loups. . .

Tout à coup un loup grand et maigre se détache de la troupe et s’approche du chien avec précaution mais en gémissant doucement. Buck reconnaît soudain son frère sauvage, son compagnon d’une nuit et d’un jour, leurs deux museaux se touchent, et le chien sent son cœur battre d’une émotion nouvelle.
À son tour, un vieux loup décharné, couvert de cicatrices, se rapproche. Buck, tout en retroussant les lèvres, lui flaire les narines et remue doucement la queue. Sur quoi le vieux guerrier s’assied et, pointant son museau vers la lune, pousse un hurlement mélancolique et prolongé. Les autres le reprennent en chœur.

Soléa

Buck reconnaît l’Appel… Il s’assied et hurle de même. Alors la meute l’entoure en le reniflant, sans plus lui témoigner aucune hostilité.
Et tout à coup, les chefs, poussant le cri de chasse, s’élancent dans la forêt; la bande entière les suit, donnant de la voix, tandis que Buck, au côté du frère sauvage, galope, hurlant comme elle.
Et ceci est la fin de l’histoire de Buck.

Mélissa

Mais les Indiens, au bout de peu d’années, remarquèrent une modification dans la race des loups de forêt. De plus forte taille, certains des jeunes montrent des taches fauves aux yeux et sur le museau, une étoile blanche au front ou à la poitrine. Et aujourd’hui encore, parmi les Yeehats, on parle d’un Chien-Esprit qui mène la bande des loups, et qui est plus rusé qu’aucun d’eux.
Les hommes le redoutent, car il ne craint pas de venir voler jusque dans leurs camps, renversant leurs pièges, tuant leurs chiens et s’attaquant aux guerriers eux-mêmes.
Parfois, ces chasseurs ne reviennent plus de la forêt, où l’on retrouve leur corps sans vie, la gorge béante. Et la légende de l’Esprit du Mal s’accroît d’un épisode de plus. Les femmes pleurent et les hommes s’assombrissent en y pensant.
Tous évitent la vallée du bord de l’étang, car en ce lieu apparaît périodiquement un visiteur sorti de la région des grands bois et des sources, dont la présence jette partout l’épouvante.
C’est, dit-on, un loup géant, à la superbe fourrure, à la mine hautaine et dominatrice. Il descend jusqu’à une clairière où des sacs en peau d’élan à moitié pourris dégorgent sur le sol un flot de métal jaune, à demi recouvert déjà par les détritus végétaux et les souples herbes sauvages*.

Diane

Le grand loup s’arrête et semble rêver; puis, avec un long hurlement, dont la tristesse glace le sang, il reprend sa course vers la forêt profonde qui est désormais sa demeure.
Alors, quand viennent les longues nuits d’hiver et que les loups sortent du bois pour chasser le gibier dans les vallées basses, on le voit courir en tête de la horde, sous la pâle clarté de la lune, ou à la lueur resplendissante de l’aurore boréale. De taille gigantesque, il domine ses compagnons, et sa gorge sonore donne le ton au chant de la meute, à ce chant qui date des premiers jours du monde.

*les souples herbes sauvages: c’est dans cette carrière que le maître de Buck, chercheur d’or, a été tué par les Indiens. Buck, pour le venger, a tué beaucoup d’indiens.

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départ des correspondants de Göttingen

Six heures, les élèves de F.K.G viennent de quitter la gare de Pau, nous remontons ensemble vers le centre-ville avec leurs correspondants et quelques parents, le café de l’Europe nous accueille, on essaie de masquer sa peine,  puis départ de OHG en car, il fait encore nuit, émotion et larmes une fois encore au rendez-vous, la sonnerie du collège retentit, une nouvelle journée de cours commence, ils sont partis.

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au stade d’Eaux Vives Pau-Pyrénées

photo Serge Camgrand

L’après-midi du 15 octobre au Stade d’Eaux Vives  a permis aux  jeunes collégiens de Göttingen de s’initier, en compagnie de leur correspondant, aux joies du rafting.

à partir d’une légende de la mer de Bernard Clavel, Le requin de Ta’aroa (Tahiti)

         Le requin de Ta’araoa (Tahiti)

dans Légendes de la mer de Bernard Clavel

           Il y avait jadis, vivant près des rivages de l’île, un requin d’une grande beauté. Il s’appelait Irê, et tous les habitants de la côte le connaissaient.  Il venait souvent sur la plage, où l’eau est profonde à peine de quelques pieds,  et se chauffait le dos au soleil en attendant la sortie de l’école.   Dès que les enfants libérés par l’instituteur arrivaient en criant, Irê se mettait à battre des nageoires pour les appeler. Alors, commençaient des jeux qui duraient jusqu’à la nuit. Irê prenait les enfants sur son dos, il fonçait vers le large, bondissait dans les vagues toutes dentelées d’écume, plongeait, remontait, imitait le roulis et le tangage des pirogues… En somme, il connaissait à merveille tous les jeux qui peuvent plaire aux petits des hommes.

Louise-Marie

On prétendait que ce requin était le fils d’un dieu des mers qui avait autrefois épousé une déesse de la terre. Personne ne savait au juste de quel dieu et de quelle déesse il s’agissait, mais on expliquait ainsi la bonté d’Irê et le fait qu’il prît tant de plaisir en compagnie d’enfants nés sur la terre ferme et souvent désireux de mieux connaître la mer.
La vie eût sans doute continué longtemps ainsi, mais les hommes ont le tort de croire trop facilement ce qu’on leur raconte. Or, un jour qu’il était à la pêche assez loin du rivage, Rahute aperçut le requin qui s’en allait tranquillement en direction de l’île. Se mettant debout dans sa pirogue, il lui fit signe de s’approcher et lui demanda:

Emma

« Voudrais-tu me rendre service ?
– Naturellement, dit le requin, je suis là pour ça.
– Figure-toi que j’avais promis à mon fils d’aller le chercher vers le milieu de la journée. Mais le poisson mord bien en ce moment, je ne voudrais pas perdre mon temps.
– C’est bon, fit Irê, ne te dérange pas, j’en ai pour cinq minutes. »
Et il fila comme une flèche jusqu’à la plage où attendait l’enfant qu’il prit dans sa gueule avec mille précautions pour le porter au pêcheur. Hélas! à peine l’enfant était-il sur la pirogue depuis un quart d’heure, qu’une tornade se leva. Jamais on ne revit ni le pêcheur ni son fils. Seuls quelques débris de l’embarcation furent retrouvés sur la plage.

Océane


Alors, les dieux de la mer et ceux de la terre qui ne pardonnaient pas à Irê d’avoir su, bien mieux qu’eux, gagner l’amitié des hommes, estimèrent que l’occasion était belle de lui jouer un vilain tour. Ils firent donc courir le bruit que le fils du pêcheur n’était pas mort dans la tempête, mais avait été dévoré par le requin. Comme plusieurs personnes avaient vu Irê gagner le large avec le petit dans sa gueule, on admit trop facilement que l’animal était devenu féroce et on interdit aux enfants de jouer sur la plage. Bien entendu, les enfants furent très malheureux, et ils allèrent trouver deux frères connus de tous pour leur force, leur adresse et leur courage.
L’aîné s’appelait Tahi-a-ra’i, ce qui veut dire « premier du soleil », et le plus jeune Tahi-a-nu’u, ce qui signifie « premier des multitudes ».
Les deux frères taillèrent dans du bois extrêmement solide deux lances dont ils durcirent encore la pointe au feu. Ainsi armés, ils gagnèrent la plage et attendirent le requin. Ils n’eurent pas à patienter longtemps, car le pauvre Irê, qui était triste de ne plus s’amuser avec les enfants, se figura que ces deux hommes l’appelaient pour jouer. Pourtant, Irê savait ce qu’est une lance, et il comprit tout de suite qu’on en voulait à sa vie. Profitant d’une vague plus forte que les autres, il fonça gueule ouverte sur l’aîné des deux frères.

Robin

La lance arriva, qu’il reçut dans la gueule et brisa comme vous feriez d’une brindille sèche. Mais le plus jeune aussi avait tiré, et son trait atteignit le requin tout près du cœur.
La mer devint rouge et Irê se coucha sur le flanc, perdant son sang en abondance.
Les deux garçons se mirent à crier victoire et appelèrent les gens du village pour que chacun emporte sa part de requin.
Mais les dieux de la mer et de la terre qui avaient assisté à la tuerie comprirent qu’ils étaient allés un peu loin. En privant Irê de ses jeux avec les enfants, ils avaient voulu seulement l’éloigner un peu des hommes. Ils l’avaient fait par jalousie, mais ils découvraient là que l’on doit aussi fuir les hommes par prudence.
« Ces animaux à deux pattes sont dangereux, dirent-ils. Ils sont trop prompts à se venger et se figurent toujours qu’on leur veut du mal. C’est là une fameuse leçon, mais tout de même, il n’est pas juste que ce brave Irê en fasse les frais. »

Chloé

Et parce que les dieux n’ont qu’un geste à faire pour que la face du monde soit changée, ils levèrent la main et déclenchèrent un ouragan. Le ciel s’obscurcit soudain, la mer commença par frémir comme une bête en colère, puis un énorme raz de marée déferla qui repoussa les hommes jusqu’au pied des montagnes et projeta Irê très haut dans les airs.
Les nuées enveloppèrent le requin blessé, le bercèrent un moment, cicatrisant sa plaie, et lui rendirent toute sa vigueur avant de le laisser tomber dans la mer, le plus loin possible des terres.
Irê reprit goût à la vie et trouva d’autres compagnons de jeu que les petits des hommes.
Il rencontra aussi une compagne, il eut des enfants et des petits-enfants, mais jamais ses descendants ne tentèrent de partager les jeux de ceux qu’on appelle des humains.

Mariana L.

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Choses qui… Sei Shônagon

 Ecrire des inventaires/énumérations –Notes de chevet– à la manière de Sei Shônagon (site de la BnF)

Choses qui font naître un doux souvenir du passé
Les roses trémières desséchées.
Les objets qui servirent à la fête des poupées.
Un jour de pluie, où l’on s’ennuie, on retrouve les lettres d’un homme jadis aimé.
Une nuit où la lune est claire.

Choses qui remplissent d’angoisse
Regarder les courses de chevaux.
Tordre un cordon de papier, pour attacher ses cheveux.
Avoir des parents ou des amis malades, et les trouver changés. À plus forte raison, quand règne une épidémie, on en a une telle inquiétude qu’on ne pense à rien d’autre.
Ou bien un petit enfant qui ne parle pas encore se met à pleurer, ne boit pas son lait, et crie très longtemps, sans s’arrêter, même quand la nourrice le prend dans ses bras.
Quand une personne que l’on déteste s’approche de vous, on ressent, de même, un trouble indicible.

Choses qui ne servent plus à rien, mais qui rappellent le passé

Une natte à fleurs, vieille, et dont les bords usés sont en lambeaux.
Un paravent dont le papier, orné d’une peinture chinoise, est abîmé.
Un pin desséché, auquel s’accroche la glycine.
Une jupe d’apparat blanche, dont les dessins imprimés, bleu foncé, ont changé de couleur.
Un peintre dont la vue s’obscurcit.
Dans le jardin d’une jolie maison, un incendie a brûlé les arbres. L’étang avait d’abord gardé son aspect primitif ; mais il a été envahi par les lentilles d’eau, les herbes aquatiques.

ils écrivent

Choses qui font naître un doux souvenir du passé

Les photos de  la naissance des petites sœurs

Voir la robe que j’ai mise quand j’étais petite

Jouer d’anciens morceaux de piano

Voir les dessins que j’ai faits avec beaucoup de fautes d’orthographe

Passer devant la première maison où j’ai habité

Une odeur de cuisson en cuisine

Le printemps qui revient et fait naître les fleurs et voyager les oiseaux

Le papier poussiéreux d’une lettre d’amour

Un jouet qui avait été offert pour un Noël d’enfance

Les fleurs posées sur la tombe d’une personne qui m’est chère

Choses qui remplissent d’angoisse

Le contrôle de flûte : je ne sais pas qui elle interrogera

Les chaises quand nous nous levons, ça fait du bruit et ça en fait beaucoup plus lorsque nous ne nous levons pas en même temps

Mentir en sachant que l’on sera découvert

Tenter une chose que l’on ne pourra faire qu’une seule fois dans sa vie en sachant qu’il y a des chances pour qu’on ne réussisse pas

Penser que l’un de ses proches est en danger

Un secret que l’on garde pour soi mais qui nous pèse sur le cœur

Avoir une place pour aller au CDI

Ne pas savoir ce qui se passe sous son lit la nuit

L’attente du résultat d’un contrôle qu’on n’a pas eu le temps de finir

Ma mère qui part aux courses sans téléphoner

L’angoisse de la rentrée : retrouver ses amis, avoir un bon emploi du temps, avoir de bons professeurs

Dans la nuit, le bruit du vent qui fait trembler la feuille des arbres

Un téléphone qui sonne lorsque l’on est occupé mais qui ne se manifeste pas quand on attend un appel

Une mauvaise note qu’on ne veut pas montrer

Attendre quelqu’un qui ne viendra jamais

Le jour où mon petit frère pleurait derrière la porte

Un moment où toute l’attention est portée sur nous

Les disputes des parents que l’on entend le soir dans son lit

Une mer déchaînée dont les vagues se brisent contre les rochers

Voir un animal souffrir

S’endormir en sachant que l’on va se réveiller

Choses qui ne servent plus à rien, mais qui rappellent le passé

La robe de mariée de ma mère qui est si belle

Le fusil de mon grand-père

Les cahiers d’école que vous ouvrez des années après

Le vieux papier qui s’effrite sous les doigts

Le bracelet de la maternité

La boîte à dents de lait

Des clés de valise dont on n’a plus les valises mais qui rappellent de merveilleux voyages

Des calendriers d’années passées

Des peluches de bébé décolorées par la machine à laver

Une montre à gousset cassée trouvée dans le jardin

Un pantalon trop court plein de motifs d’animaux que l’on ne veut pas jeter

La carte postale toute cornée d’un ami oublié vivant à l’autre bout de la France

Un bocal de coquillages que l’on a ramassés sur la plage

Notre histoire préférée du temps où l’on était bébé

La petite piscine dans laquelle on a joué

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Madame de Sévigné au fil des mois

quelques extraits (cliquer sur le lien) réunis par Roger Duchêne pour goûter la correspondance de Madame de Sévigné (en lien 1 portrait commenté, musée Carnavalet).

Paris, place des Vosges, une plaque

Je ne songeais pas à Rose…

  • Description de cette image, également commentée ci-après

    Portrait de Victor Hugo par Léon Bonnat (1879), conservé au château de Versailles (Wikipédia)

    Vieille chanson du jeune temps Victor HUGO  -lien exposition BnF, cliquer-

    Je ne songeais pas à Rose ;
    Rose au bois vint avec moi ;
    Nous parlions de quelque chose,
    Mais je ne sais plus de quoi.

    J’étais froid comme les marbres ;
    Je marchais à pas distraits ;
    Je parlais des fleurs, des arbres
    Son œil semblait dire:  » Après ?  »

    La rosée offrait ses perles,
    Le taillis ses parasols ;
    J’allais ; j’écoutais les merles,
    Et Rose les rossignols.

    Moi, seize ans, et l’air morose ;
    Elle, vingt ; ses yeux brillaient.
    Les rossignols chantaient Rose
    Et les merles me sifflaient.

    Rose, droite sur ses hanches,
    Leva son beau bras tremblant
    Pour prendre une mûre aux branches
    Je ne vis pas son bras blanc.

    Une eau courait, fraîche et creuse,
    Sur les mousses de velours ;
    Et la nature amoureuse
    Dormait dans les grands bois sourds.

    Rose défit sa chaussure,
    Et mit, d’un air ingénu,
    Son petit pied dans l’eau pure
    Je ne vis pas son pied nu.

    Je ne savais que lui dire ;
    Je la suivais dans le bois,
    La voyant parfois sourire
    Et soupirer quelquefois.

    Je ne vis qu’elle était belle
    Qu’en sortant des grands bois sourds.
     » Soit ; n’y pensons plus !  » dit-elle.
    Depuis, j’y pense toujours.

    maison de Victor Hugo, place des Vosges -cliquer le lien-

Le pont Mirabeau (Alcools, 1913)

Le pont Mirabeau (un peu d’histoire) de Guillaume Apollinaire (cliquer sur le lien pour entendre G A dire son poème)

Le pont Mirabeau (dans le XVème)

Le Pont Mirabeau de Guillaume Apollinaire (1880 – 1918)

Sous le pont Mirabeau coule la Seine
Et nos amours
Faut-il qu’il m’en souvienne
La joie venait toujours après la peine

Vienne la nuit sonne l’heure
Les jours s’en vont je demeure

Les mains dans les mains restons face à face
Tandis que sous
Le pont de nos bras passe
Des éternels regards l’onde si lasse

Vienne la nuit sonne l’heure
Les jours s’en vont je demeure

L’amour s’en va comme cette eau courante
L’amour s’en va
Comme la vie est lente
Et comme l’Espérance est violente

Vienne la nuit sonne l’heure
Les jours s’en vont je demeure

Passent les jours et passent les semaines
Ni temps passé
Ni les amours reviennent
Sous le pont Mirabeau coule la Seine

Vienne la nuit sonne l’heure
Les jours s’en vont je demeure

  • le poème chanté par Léo Ferré (photos du pont Mirabeau et de Guillaume Apollinaire) :

  • Léo Ferré chante Les poètes

http://youtu.be/SCFJgYVSN9o

Irlande, XVIIIème siècle : Barry Lyndon, un film de Stanley Kubrick

Barry Lyndon (cliquer sur le lien, fiche ciné-club de Caen) de Stanley Kubrick, un exemple magistral de reconstitution historique

ci-après, un salon, éclairage des bougies, « Faites vos jeux… rien ne va plus », musique de Frantz Schubert (1815) et coup de foudre

 

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La marche avant la charge

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Seul un grand philosophe ou un historien peut expliquer les causes de la guerre de Sept Ans à laquelle le régiment de Barry participait.
Qu’il suffise de dire que l’Angleterre et la Prusse étaient alliés contre la France, la Suède, la Russie et l’Autriche.
La première bataille de Barry était juste une escarmouche contre une arrière-garde française qui occupait un verger à côté d’une route où des forces britanniques passeraient.
Bien qu’elle n’ait pas été enregistrée dans un livre d’histoire, elle a été mémorable pour ses participants.

La marche « avant la charge » se faisait pour déloger d’un endroit les positions ennemies ( avant d’y installer un poste d’artillerie, par exemple). Il fallait y aller ainsi car la cavalerie coûtait plus cher et n’était pas plus efficace que cette méthode. Le soldats marchaient à la mort, mais la place était prise, car,  au dernier moment le groupe « courait à la charge », la baïonnette en avant, tout en ayant économisé ses munitions.

une lettre de rupture : Rodolphe écrit à Emma…

Madame Bovary (deuxième partie, chapitre VII)

Gustave Flaubert

À peine arrivé chez lui, Rodolphe s’assit brusquement à son bureau, sous la tête de cerf faisant trophée contre la muraille. Mais, quand il eut la plume entre les doigts, il ne sut rien trouver, si bien que, s’appuyant sur les deux coudes, il se mit à réfléchir. Emma lui semblait être reculée dans un passé lointain, comme si la résolution qu’il avait prise venait de placer entre eux, tout à coup, un immense intervalle.
Afin de ressaisir quelque chose d’elle, il alla chercher dans l’armoire, au chevet de son lit, une vieille boîte à biscuits de Reims où il enfermait d’habitude ses lettres de femmes, et il s’en échappa une odeur de poussière humide et de roses flétries. D’abord il aperçut un mouchoir de poche, couvert de gouttelettes pâles. C’était un mouchoir à elle, une fois qu’elle avait saigné du nez, en promenade ; il ne s’en souvenait plus. Il y avait auprès, se cognant à tous les angles, la miniature donnée par Emma ; sa toilette lui parut prétentieuse et son regard en coulisse du plus pitoyable effet ; puis, à force de considérer cette image et d’évoquer le souvenir du modèle, les traits d’Emma peu à peu se confondirent en sa mémoire, comme si la figure vivante et la figure peinte, se frottant l’une contre l’autre, se fussent réciproquement effacées. Enfin il lut de ses lettres ; elles étaient pleines d’explications relatives à leur voyage, courtes, techniques et pressantes comme des billets d’affaires. Il voulut revoir les longues, celles d’autrefois ; pour les trouver au fond de la boîte, Rodolphe dérangea toutes les autres ; et machinalement il se mit à fouiller dans ce tas de papiers et de choses, y retrouvant pêle-mêle des bouquets, une jarretière, un masque noir, des épingles et des cheveux – des cheveux ! de bruns, de blonds ; quelques-uns même, s’accrochant à la ferrure de la boîte, se cassaient quand on l’ouvrait.
Ainsi flânant parmi ses souvenirs, il examinait les écritures et le style des lettres, aussi variés que leurs orthographes. Elles étaient tendres ou joviales, facétieuses, mélancoliques ; il y en avait qui demandaient de l’amour et d’autres qui demandaient de l’argent. À propos d’un mot, il se rappelait des visages, de certains gestes, un son de voix ; quelquefois pourtant il ne se rappelait rien.
En effet, ces femmes, accourant à la fois dans sa pensée, s’y gênaient les unes les autres et s’y rapetissaient, comme sous un même niveau d’amour qui les égalisait. Prenant donc à poignée les lettres confondues, il s’amusa pendant quelques minutes à les faire tomber en cascades, de sa main droite dans sa main gauche. Enfin, ennuyé, assoupi, Rodolphe alla reporter la boîte dans l’armoire en se disant :
– Quel tas de blagues !…
Ce qui résumait son opinion ; car les plaisirs, comme des écoliers dans la cour d’un collège, avaient tellement piétiné sur son coeur, que rien de vert n’y poussait, et ce qui passait par là, plus étourdi que les enfants, n’y laissait pas même, comme eux, son nom gravé sur la muraille.
– Allons, se dit-il, commençons !
Il écrivit :
«Du courage, Emma ! du courage ! Je ne veux pas faire le malheur de votre existence…»
– Après tout, c’est vrai, pensa Rodolphe ; j’agis dans son intérêt ; je suis honnête.
« Avez-vous mûrement pesé votre détermination ? Savez-vous l’abîme où je vous entraînais, pauvre ange ? Non, n’est-ce pas ? Vous alliez confiante et folle, croyant au bonheur, à l’avenir… Ah ! malheureux que nous sommes ! insensés !»
Rodolphe s’arrêta pour trouver ici quelque bonne excuse.
– Si je lui disais que toute ma fortune est perdue ?… Ah ! non, et d’ailleurs, cela n’empêcherait rien. Ce serait à recommencer plus tard. Est-ce qu’on peut faire entendre raison à des femmes pareilles !
Il réfléchit, puis ajouta :
«Je ne vous oublierai pas, croyez-le bien, et j’aurai continuellement pour vous un dévouement profond ; mais, un jour, tôt ou tard, cette ardeur (c’est là le sort des choses humaines) se fût diminuée, sans doute ! Il nous serait venu des lassitudes, et qui sait même si je n’aurais pas eu l’atroce douleur d’assister à vos remords et d’y participer moi-même, puisque je les aurais causés. L’idée seule des chagrins qui vous arrivent me torture, Emma ! Oubliez-moi ! Pourquoi faut-il que je vous aie connue ? Pourquoi étiez-vous si belle ? Est-ce ma faute ? Ô mon Dieu ! non, non, n’en accusez que la fatalité !»
– Voilà un mot qui fait toujours de l’effet, se dit-il.
«Ah ! si vous eussiez été une de ces femmes au cœur frivole comme on en voit, certes, j’aurais pu, par égoïsme, tenter une expérience alors sans danger pour vous. Mais cette exaltation délicieuse, qui fait à la fois votre charme et votre tourment, vous a empêchée de comprendre, adorable femme que vous êtes, la fausseté de notre position future. Moi non plus, je n’y avais pas réfléchi d’abord, et je me reposais à l’ombre de ce bonheur idéal, comme à celle du mancenillier, sans prévoir les conséquences.»
– Elle va peut-être croire que c’est par avarice que j’y renonce… Ah ! n’importe ! tant pis, il faut en finir !
«Le monde est cruel, Emma. Partout où nous eussions été, il nous aurait poursuivis. Il vous aurait fallu subir les questions indiscrètes, la calomnie, le dédain, l’outrage peut-être. L’outrage à vous ! Oh !… Et moi qui voudrais vous faire asseoir sur un trône ! moi qui emporte votre pensée comme un talisman ! Car je me punis par l’exil de tout le mal que je vous ai fait. Je pars. Où ? Je n’en sais rien, je suis fou ! Adieu ! Soyez toujours bonne ! Conservez le souvenir du malheureux qui vous a perdue. Apprenez mon nom à votre enfant, qu’il le redise dans ses prières.»
La mèche des deux bougies tremblait. Rodolphe se leva pour aller fermer la fenêtre, et, quand il se fut rassis :
– Il me semble que c’est tout. Ah ! encore ceci, de peur qu’elle ne vienne à me relancer :
«Je serai loin quand vous lirez ces tristes lignes ; car j’ai voulu m’enfuir au plus vite afin d’éviter la tentation de vous revoir. Pas de faiblesse ! Je reviendrai ; et peut-être que, plus tard, nous causerons ensemble très froidement de nos anciennes amours. Adieu !»
Et il y avait un dernier adieu, séparé en deux mots : À Dieu ! ce qu’il jugeait d’un excellent goût.
– Comment vais-je signer, maintenant ? se dit-il. Votre tout dévoué ?… Non. Votre ami ?… Oui, c’est cela.
«Votre ami.»
Il relut sa lettre. Elle lui parut bonne.
– Pauvre petite femme ! pensa-t-il avec attendrissement. Elle va me croire plus insensible qu’un roc ; il eût fallu quelques larmes là-dessus ; mais, moi, je ne peux pas pleurer ; ce n’est pas ma faute. Alors, s’étant versé de l’eau dans un verre, Rodolphe y trempa son doigt et il laissa tomber de haut une grosse goutte, qui fit une tache pâle sur l’encre ; puis, cherchant à cacheter la lettre, le cachet Amor nel cor se rencontra.
– Cela ne va guère à la circonstance… Ah bah ! n’importe !
Après quoi, il fuma trois pipes et s’alla coucher.
Le lendemain, quand il fut debout (vers deux heures environ, il avait dormi tard), Rodolphe se fit cueillir une corbeille d’abricots. Il disposa la lettre dans le fond, sous des feuilles de vigne, et ordonna tout de suite à Girard, son valet de charrue, de porter cela délicatement chez madame Bovary. Il se servait de ce moyen pour correspondre avec elle, lui envoyant, selon la saison, des fruits ou du gibier.
– Si elle te demande de mes nouvelles, dit-il, tu répondras que je suis parti en voyage. Il faut remettre le panier à elle-même, en mains propres… Va, et prends garde !


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