Archive pour décembre 2012

Lire…

suggestions de lectures complémentaires

(à découvrir sur Le livre scolaire)

File:The Young Cicero Reading.jpg

Le jeune Cicéron lisant fresque de Vincenzo Foppa de Brescia, datée vers 1464

Si vous aimez les nouvelles, les récits fantastiques et les romans policiers, vous aimerez…

Roald Dahl, Coup de Gigot, et autres histoires à faire peur, 1961.
Mary Maloney a tué son mari à coup de gigot congelé. Comment donnera-t-elle le change aux policiers ? Un texte court, facile à lire, caractéristique de l’humour noir.
Anthony Horowitz, La Photo qui tue : neuf histoires à vous glacer le sang, 2007.
Comment la réalité la plus quotidienne peut glisser insensiblement vers le cauchemar.
Agatha Christie, Dix Petits Nègres, 1947.
Dix personnes qui ne se connaissent pas et ont jadis causé la mort de quelqu’un sont invitées à se rendre sur une île apparemment déserte. Elles sont mystérieusement assassinées les unes après les autres : qui est leur meurtrier ?

Maurice Leblanc, L’Aiguille creuse, 1909.
Une aventure du très célèbre gentleman cambrioleur Arsène Lupin, dont le lycéen Isidore Bautrelet tâche de déjouer les projets.
Gaston Leroux, Le Mystère de la chambre jaune, 1907.
On a tenté d’assassiner la jeune Mathilde Stangerson, mais la porte était fermée de l’intérieur. Comment Rouletabille résoudra-t-il une telle énigme ?
En bande dessinée : E.P. Jacobs, la série des aventures de Blake et Mortimer.
Sir Francis Blake, militaire de carrière, lié aux services secrets, et son ami le professeur Philip Mortimer, spécialiste en physique nucléaire, doivent affronter leur grand ennemi, le colonel Olrik.

Si vous aimez les histoires d’enfants et d’adolescents, vous aimerez…

Henri Troyat, Aliocha, 1991.
Nous sommes en 1924, à Neuilly-sur-Seine. Fils d’immigrés russes, Aliocha a du mal à se faire des amis. Jusqu’au jour où il rencontre Thierry.

Ernestine et Franck Gilbreth, Treize à la douzaine, 1949.
Comment élever douze enfants ?
Les aventures cocasses d’une famille nombreuse.
Marcel Pagnol, La Gloire de mon père, 1957.
Souvenirs d’enfance de l’auteur entre Aubagne et Marseille, des vacances dans la garrigue à la chasse aux bartavelles.
Michael Ende, Momo, 1973.
Momo, une petite fille, prend toujours le temps d’écouter les gens. Mais un jour apparaissent les messieurs en gris, qui veulent aider les adultes à économiser leur temps. Les habitudes de Momo menacent leur Caisse d’Épargne du Temps : comment la petite fille leur résistera-t-elle ?
Charles Dickens, Oliver Twist, 1838.
Orphelin, Oliver Twist doit travailler à l’âge de neuf ans. Durement exploité, il finit par s’enfuir à Londres, où l’attend un monde cruel. Mais l’avenir lui réserve aussi des bonnes surprises.

Si vous avez aimé les histoires de chevaliers, vous aimerez aussi…

Lire des textes adaptés de l’ancien français, par exemple dans les adaptations de F. Johan, aux éditions Casterman.
Lire des romans historiques, par exemple :

Odile Weulersse, Le Chevalier au bouclier vert, 2001.
Au xiie siècle, Thibault de Sauvigny sauve la jeune Éléonore et est adoubé en récompense de sa bravoure. Mais ses aventures ne font que commencer.
Christian de Montella, Graal, 2005.
Retrouvez les prouesses et combats de Lancelot, Galaad et Perceval.

Si vous avez aimé les bons tours de Renart, vous aimerez aussi…

Roald Dahl, L’Homme au parapluie et autres nouvelles, 1980.
Des petites escroqueries savoureuses, humoristiques et bon enfant.

Si vous avez aimé les farces et fabliaux du Moyen Âge, vous aimerez aussi…

Lire des recueils de fabliaux : il en existe plusieurs :
Fabliaux et contes du Moyen Âge, traduits de l’ancien français par J.-C. Aubailly, 1987.
25 fabliaux, coll. « Bibliothèque Gallimard »
Les Fabliaux du Moyen Âge, coll. « Classiques Hatier ».

Si vous avez aimé rire aux histoires de Rabelais, vous aimerez aussi…
Lire des bandes dessinées humoristiques, telles que : 

Roba, série Boule et Bill.
Boule, un petit garçon, son cocker Bill, et sa tortue Caroline connaissent des mésaventures relatées sous forme de courts gags.

Goscinny et Uderzo,
la série des aventures d’Astérix.
Nous sommes en 50 avant Jésus-Christ. Grâce à la potion magique, le village gaulois d’Astérix et Obélix résiste encore et toujours à l’envahisseur romain !

Si vous avez aimé Les Fourberies de Scapin, vous aimerez aussi…
Découvrir mieux le monde du théâtre et de Molière
M. Pineau, Meurtre au Palais Royal, 1994.
Un manuscrit de Molière a disparu et le portier du théâtre est mort : il faut mener l’enquête…
M.C. Helgerson, Louison et monsieur Molière, 2001.
La fantastique histoire de Louison, qui rêve de devenir comédienne : sera-t-elle remarquée par Monsieur Molière ?
C. Alexandre, Derrière le rideau de scène, 1999.
Tristan n’aime pas vraiment le théâtre, et aller voir son parrain jouer l’ennuie. Mais lorsqu’on lui propose de découvrir le monde des coulisses, son regard change !
Anthony Horowitz, Le Diable et son valet, 2007.
À Londres, au xvie siècle. Dans ce roman, le jeune Tom est engagé pour jouer dans une pièce de théâtre devant la reine. La première approche,… mais aussi le danger !
P. Perrier, En Scène les 5e, 1999.
Comment va se passer le montage d’une pièce dans ce collège où la vie est difficile ?

             Lire d’autres pièces de théâtre, par exemple :
Molière, Le Malade imaginaire, 1673.
Argan pense être très malade. Il voudrait que sa fille Angélique épouse un vieux médecin, qui le soignerait. Mais elle est amoureuse de Cléonte.
C. Grenier, Coups de théâtre, 1994.
L’inspecteur Germain et sa jeune stagiaire Logicielle sauront-ils trouver l’assassin de Matilda ? Une enquête policière… en pièce de théâtre.
Marcel Pagnol, Marius, 1930.
L’histoire se passe à Marseille. Marius est amoureux de Fanny. Mais les bateaux du port lui donnent envie de prendre le large.

Si vous avez aimé lire des poèmes, vous aimerez aussi…
 Maurice Carême, Poèmes, 2005.
Maurice Carême a composé de nombreux poèmes destinés à la jeunesse. Dans un langage simple, il joue avec les mots et crée une atmosphère joyeuse.
Jacques Prévert, Étranges étrangers
et autres poèmes, 2000.
Dans ce recueil de neuf poèmes, Jacques Prévert jette un regard critique et poétique sur les travers de notre société.
Si vous avez aimé Michel Strogoff, vous aimerez aussi…

Michel Tournier, Vendredi ou la vie sauvage, 1967.
Sur une île du Pacifique, Robinson est le seul rescapé d’un naufrage et tâche de survivre. Un jour, il rencontre Vendredi, un jeune sauvage…
Joseph Kessel, Le Lion, 1972.
L’extraordinaire amitié entre la petite Patricia et un majestueux lion du Kenya.
Jack London, L’Appel de la Forêt, 1903.
C’est l’époque de la ruée vers l’or dans le Grand Nord canadien et les chiens de traîneaux sont précieux. Le chien Buck doit s’adapter au froid et à l’âpreté des autres chiens de sa meute.
Jack London, Croc-Blanc, 1906.
Croc-Blanc, un chien-loup, survivra-t-il dans le Grand Nord canadien ?
Jules Verne, Le Tour du Monde en quatre-vingts jours, 1873.
En 1872, Philéas Fogg, un gentleman anglais, fait le pari de faire le tour du monde… en quatre-vingts jours. Accompagné de son fidèle serviteur français, Passepartout, il emprunte tous les moyens de transports possibles à l’époque.
Robert Louis Stevenson, L’Île au trésor, 1883.
Jim trouvera-t-il le trésor du capitaine Flint indiqué sur la carte des pirates ?
 Marco Polo, Le Livre des merveilles ou devisement du monde, 1298.
Au xiiie siècle, un marchand vénitien se lance à la découverte de l’Orient, à la recherche de nouvelles épices. À lire en version abrégée, par exemple coll. Classiques Abrégés, École des Loisirs, 2009.
En bande dessinée :
Hergé, la série des Tintin.
Le jeune reporter serviable sillonne le monde entier et essaie de lutter contre les truands.
Si vous avez aimé découvrir l’atelier du peintre, vous aimerez aussi…

Blue Balliett, l’énigme Vermeer, 2006.
Scandale : un tableau de Vermeer de grand prix vient d’être volé ! Petra et Calder ont bientôt douze ans, et décident de mener l’enquête.

Voyage à Paris : à vos marques !

Médiathèque André Labarrère : visite de l’exposition Carnets de voyages de Philippe Bichon

… et chacun de mûrir son propre projet de carnet de voyage dans la perspective du séjour à Paris (26 février au 1er mars 2013).

France3 Pau – Philippe Bichon – exposition…
décembre 2012 150

Philippe Bichon nous présente son travail

décembre 2012 151

et ses manuscrits.

décembre 2012 153

Dans un second temps, des livres et revues concernant Paris (architecture, musées, promenades, etc.) préparés par les bibliothécaires du secteur jeunesse sont consultés.

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Voyage à Paris : on a chacun notre part de rêve… (2)

décembre 2012 145

Roona dit un extrait de la tirade du balcon Cyrano de Bergerac (Acte III, scène7)


Oh ! mais vraiment, ce soir, c’est trop beau, c’est trop doux !
Je vous dis tout cela, vous m’écoutez, moi, vous !
C’est trop ! Dans mon espoir même le moins modeste,
Je n’ai jamais espéré tant ! Il ne me reste
Qu’à mourir maintenant ! C’est à cause des mots
Que je dis qu’elle tremble entre les bleus rameaux !
Car vous tremblez ! car j’ai senti, que tu le veuilles
Ou non, le tremblement adoré de ta main
Descendre tout le long des branches du jasmin !

Victor dit la tirade de Perdican

On ne badine pas avec l’Amour, Acte II Scène 5. Alfred de Musset

« Adieu Camille, retourne à ton couvent, et lorsqu’on te fera de ces récits hideux qui t’ont empoisonnée, réponds ce que je vais te dire : tous les hommes sont menteurs, inconstants, faux, bavards, hypocrites, orgueilleux ou lâches, méprisables et sensuels ; toutes les femmes sont perfides, artificieuses, vaniteuses, curieuses et dépravées ; le monde n’est qu’un égout sans fond où les phoques les plus informes rampent et se tordent sur des montagnes de fange ; mais il y a au monde une chose sainte et sublime, c’est l’union de deux de ces êtres si imparfaits et si affreux. On est souvent trompé en amour, souvent blessé et souvent malheureux ; mais on aime, et quand on est sur le bord de sa tombe, on se retourne pour regarder en arrière, et on se dit : J’ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois, mais j’ai aimé. C’est moi qui ai vécu, et non pas un être factice créé par mon orgueil et mon ennui. « 

Brunain, la vache au prêtre

traduit par Christian Poslaniec et adapté pour le théâtre par Robert Boudet (école des loisirs)

(Côté jardin: intérieur d’église. Le curé fait son sermon. Coté cour: le manant. Table et banc.)

LE CURE:

Il faut faire la charité

Au nom de Dieu qui sait compter

Car Dieu rend le double à ceux

Qui donnent de bon cœur.

LE MANANT* (à sa femme):

Entends-tu ma belle

Ce à quoi notre prêtre s’engage ?

Qui, au nom de Dieu, donne à bon escient,

Dieu le lui fait multiplier.

Nous ne pouvons pas mieux employer

Notre vache, si tu es d’accord,

Qu’en la donnant, pour Dieu, au prêtre.

D’ailleurs elle a si peu de lait.

LA FEMME:

Sire, je le veux bien

Car tu raisonnes à bon droit.

(Le manant rentre chez lui, prend la vache et

va la présenter au prêtre)

LE MANANT

Beau sire, pour l’amour de Dieu

Je vous donne Blérain

Et je vous jure qu’ainsi que je n’ai plus rien.

LE CURÉ:

Mon ami, tu as agi sagement.

Tu peux t’en aller, ayant bien joué

Ton rôle de chrétien.

Si tous mes paroissiens étaient

Aussi sages que tu l’es,

J’aurais des vaches à profusion.

(Le manant se retire.  On le voit côté cour, à table avec sa femme.  Le prêtre attache Blérain et sa vache Brunain ensemble.)

LE CURÉ: Voilà, je vous attache pour vous accoutumer,

Toi, Blérain, cadeau de mon brave paroissien

Avec toi, Brunain; vous voilà deux,

Vous en serez mieux

Pour partager tâches et travaux.

Par Dieu, c’est un bien beau cadeau. (Il se retire.)

BRUNAIN(voulant se baisser): Souffrez, commère, que je pâture en mon champ.

BLERAIN : Je n’en ferai rien, ce champ n’est pas le mien. (Elle entraîne Brunain.)

BRUNAIN: Mais où allez-vous par chènevières** et prés?

BLERAIN:

Je vais par les chemins retrouver

Les miens. Ne me suivez pas si vous pouvez.

BRUNAIN Las! Je ne le puis! (Elle est entraînée.)

LE MANANT(apercevant les deux vaches): Ah! c’est vrai que Dieu donne le double

Car Blérain revient avec une autre,

Une fort belle vache brune.

Nous en avons deux pour une.

L’étable va être trop petite.

(Tous les participants reviennent en scène. Ils diront à tour de rôle la moralité suivante.)

LE MANANT:

Ce fabliau veut démontrer

Que fou est qui ne s’abandonne.

LA FEMME

Car le bien va à qui donne à Dieu

Non à celui qui le cache ou l’enfouit.

BRUNAIN:

Personne ne peut multiplier son bien…

BLÉRAIN:

Sans grande chance à tout le moins.

TOUS:

Par grande chance, le manant eut

Deux vaches en lieu d’une…

LE CURÉ:

Et le prêtre aucune.

TOUS:

Qui croit avancer recule. (Ils rient… sauf le prêtre.)

*manant : n. m. étym. XIIe « habitant » et aussi « riche, puissant » ◊ participe présent de l’ancien verbe maneir, manoir « demeurer », du latin manere

Au Moyen Âge, Habitant d’un bourg ou d’un village,  assujetti à la justice seigneuriale. ➙ vilain. (Robert 2013)

**chènevière [ʃɛnvjɛʀ] nom féminin étym. chanevière 1226 ◊ latin populaire °canaparia, de °canapus (→ chanvre)

■ Champ où croît le chanvre.

▫ On dit aussi can(n)ebière dans le Sud-Est.

Adèle, Dorine et Charline disent un poème de Victor Hugo

Vieille chanson du jeune temps

(images exposition BNF, Victor Hugo, l’homme océan)

Je ne songeais pas à Rose ;
Rose au bois vint avec moi ;
Nous parlions de quelque chose,
Mais je ne sais plus de quoi.

J’étais froid comme les marbres ;
Je marchais à pas distraits ;
Je parlais des fleurs, des arbres
Son œil semblait dire:  » Après ?  »

La rosée offrait ses perles,
Le taillis ses parasols ;
J’allais ; j’écoutais les merles,
Et Rose les rossignols.

Moi, seize ans, et l’air morose ;
Elle, vingt ; ses yeux brillaient.
Les rossignols chantaient Rose
Et les merles me sifflaient.

Rose, droite sur ses hanches,
Leva son beau bras tremblant
Pour prendre une mûre aux branches
Je ne vis pas son bras blanc.

Une eau courait, fraîche et creuse,
Sur les mousses de velours ;
Et la nature amoureuse
Dormait dans les grands bois sourds.

Rose défit sa chaussure,
Et mit, d’un air ingénu,
Son petit pied dans l’eau pure
Je ne vis pas son pied nu.

Je ne savais que lui dire ;
Je la suivais dans le bois,
La voyant parfois sourire
Et soupirer quelquefois.

Je ne vis qu’elle était belle
Qu’en sortant des grands bois sourds.
 » Soit ; n’y pensons plus !  » dit-elle.
Depuis, j’y pense toujours.

années 80 : Syrie, Damas, vie quotidienne

Recto

 

Une poignée d’étoiles de Rafik Schami

Traduit de l’allemand par Bernard Friot.

Prix 1000 Jeunes Lecteurs, 1990.
Première édition France: 1987

Note de l’éditeur

Pendant près de trois ans, le fils d’un boulanger de Damas tient son journal. Il fait ainsi la chronique d’un vieux quartier de la capitale syrienne, véritable mosaïque de nationalités réunies par les hasards de l’histoire. Il trace aussi le portrait d’une foule de personnages attachants: sa mère d’abord, à laquelle l’unit une complicité exceptionnelle; son vieil ami Salim, qui mêle sans cesse dans ses écrits le mythe et la réalité ; Nadia, la jeune fille qu’il aime, et bien d’autres encore. Mais surtout, il découvre peu à peu la situation politique de son pays, marquée par l’injustice, l’absence de liberté et la répression de toute opposition. Pour témoigner de cette réalité – et la dénoncer – il n’a qu’une ambition: devenir journaliste.

première page du journal et autres extraits

12.1.

«Dommage que je ne sache pas écrire. Quand je pense à tout ce que j’ai vécu… Je ne me souviens même plus de ce qui m’empêchait de dormir, des nuits entières, il y a quelques années.

– Mais, mon oncle, tu te souviens encore d’une foule de choses, ai-je dit pour consoler oncle Salim.

– Non, mon ami, a-t-il répondu. De tout le paysage, je n’aperçois plus que les montagnes. Bientôt, seuls seront visibles les sommets, et l’ensemble disparaîtra dans le brouillard. Si j’avais appris à écrire, je pourrais non seulement contempler les montagnes, les champs et les vallées, mais distinguer aussi chaque épine de chaque rosier. Ah, les Chinois étaient vraiment des gens formidables ! »

Je ne voyais pas le rapport entre les rosiers et les Chinois. Oncle Salim m’a expliqué: « Grâce à l’invention du papier, les Chinois ont mis l’écriture et la lecture à la portée de tous. Ils ont sorti l’écrit des temples des érudits et des palais des empereurs et l’ont mis dans la rue. Ce sont des gens formidables. »

Dès mon retour de chez oncle Salim, j’ai décidé de tenir un journal. J’oublie tellement de choses. Je ne me souviens même plus du prénom de la mère de ma première amie, Samira. Ma cervelle est une vraie passoire.

J’écrirai chaque jour, promis!
(…)
15.6.

«A quoi bon aller à l’école? m’a dit mon père. Il y a déjà bien assez d’avocats et de professeurs. »

Je lui ai répondu que je voulais devenir journaliste. Il s’est moqué de moi. « C’est un métier de bons à rien, a-t-il dit, qui passent leur temps dans les cafés et ne racontent que des mensonges. » Il ne veut pas que son fils traîne les rues comme un vagabond, déforme tout ce que disent les gens et écrive des insanités à leur sujet. Et je dois me mettre dans la tête, une fois pour toutes, que nous sommes chrétiens. Pour avoir une chance, il faudrait que je m’appelle Mohammad ou Mahmud. Quand je lui ai demandé pourquoi il me disait ça, il a répondu d’un air triste que je comprendrais bien assez tôt.

(…)

24.6

Nous venons de vivre des jours très  difficiles. Mercredi dernier, il y avait un travail fou à la boulangerie. Je venais de rentrer de ma tournée de midi et voulais souffler un peu quand l’axe du pétrin s’est brisé. Heureusement, mon père avait une pièce de rechange et il a réussi, non sans mal, à réparer l’engin. Au moment où, tout content de lui, il déclarait qu’il avait bien mérité un thé, une voiture de la police a stoppé devant le magasin. Deux policiers en ont surgi et ont bloqué l’entrée avec leurs fusils mitrailleurs. Un homme en costume très chic est descendu sans se presser de la voiture et s’est approché de la boulangerie. Mon pauvre père s’essuyait nerveusement les mains à son tablier et murmurait: « Sainte Marie, protégez-moi ! Sainte Marie, secourez-moi ! »

L’homme en costume devait avoir dans les trente ans. Il a demandé à mon père de décliner son identité et, quand le malheureux s’est exécuté, il a froidement ordonné:

« Monte !

– Mais qu’est-ce que j’ai fait ?

– Si tu n’as rien fait, tu n’as rien à craindre», a répondu l’homme à voix basse. Il a fait signe aux policiers de repousser les clients qui s’étaient amassés, hostiles, devant la porte du magasin. Il lui a suffi d’un regard et les policiers se sont mis à frapper la foule à coups de crosse. Mon père était décomposé. Jamais je ne l’avais vu si pâle.

«Où m’emmenez-vous? a-t-il balbutié. Est-ce que je dois enlever mon tablier et mettre une veste ?
– Oui, ça vaudrait mieux, a répondu l’homme.

– Sainte Marie », a murmuré mon père. Il a jeté son tablier dans un coin et enfilé sa veste à la hâte. Puis il m’a caressé la tête en disant: «N’aie pas peur, je serais très vite de retour. »

Le bruit des menottes refermées autour des poignets de mon père m’a tiré de mon hébétement. Je me suis rué sur le trottoir et je me suis accroché à sa veste pour essayer de le retenir tandis qu’on le poussait dans la voiture. Un policier m’a violemment bousculé mais, sans lâcher prise, j’ai hurlé au secours. Le sbire infâme m’a donné un coup de crosse dans le ventre et je suis tombé à la renverse. Deux ouvriers de la boulangerie m’ont relevé et quelqu’un dans la foule s’est écrié à haute voix: « Sales brutes ! Ce n’est qu’un enfant ! »

La voiture a démarré en trombe. Les voisins horrifiés se sont précipités vers moi et le marchand de fleurs m’a tendu un verre d’eau. « Bois ça, mon garçon. Ça t’aidera à surmonter le choc. Seul Dieu est tout-puissant. Ces salauds-là ne l’emporteront pis au paradis ! »

La nuit après l’arrestation de mon père, personne n’a réussi à dormir. Ma mère pleurait. Les voisins sont venus à tour de rôle pour veiller avec elle. Ils ne voulaient pas la laisser seule. Oncle Salim non plus n’a pas dormi. Le matin, à quatre heures, il m’a accompagné sans mot dire à la boulangerie. Il s’est installé au comptoir et a servi les clients avec l’aide des ouvriers. Aussitôt ma tournée terminée, je suis rentré à la boulangerie. Je ne sentais pas ma fatigue. Je ne voulais pas laisser mon vieil ami seul trop longtemps. Il a soixante-quinze ans et il est très myope. Mais il n’a pas arrêté de plaisanter et de rassurer les clients en leur promettant que mon père reviendrait bientôt.

Ils ont battu mon père pendant quatre jours entiers. Par deux fois, ils ont appuyé sur sa tempe le canon d’un revolver et ont menacé de tirer s’il ne disait pas la vérité. Comme mon père leur répétait pour la centième fois qu’il ne savait même pas ce qu’on lui voulait, ils ont appuyé sur la détente. Le revolver n’était pas chargé, mais mon père s’est évanoui. En revanche, quand on l’a passé à tabac, il n’a pas versé une larme ni crié grâce! Ce n’était pas le cas des autres prisonniers.

« Dis-nous qui tu es ! » a hurlé un jour un policier à un vieux paysan. Le pauvre homme a dit son nom, mais le policier l’a battu jusqu’à ce qu’il donne la réponse souhaitée: «Je suis un chien ! Je suis un traître ! » Et quand il a laissé échapper un «Pour l’amour de Dieu!» son tortionnaire a redoublé de coups en ricanant: « Le voilà, l’amour de Dieu ! » En racontant cela, mon père pleurait comme un enfant. Oncle Salim l’a embrassé sur les yeux et sur la main.

Ils ont frappé mon père pendant quatre jours, les criminels, avant de s’apercevoir qu’ils l’avaient confondu avec un avocat, un opposant au régime qui porte, par hasard, le même nom que lui.

Oncle Salim ne croit pas à cette explication: « Ils t’ont battu, toi, mais c’est pour que tout le monde tremble ! lis savent parfaitement que ton père et ta mère ont un autre nom et que tu es boulanger. » Et il a maudit le gouvernement.

Je suis très fier de mon père et je l’aime plus que jamais. C’est une chance que je ne sois pas parti. Ma mère et lui ne s’en seraient pas remis; quand on l’a libéré, il a tout de suite demandé de mes nouvelles. Jamais je ne pardonnerai au gouvernement ce qu’on lui a fait.

«Celui qui oublie une injustice en attire une nouvelle », a renchéri oncle Salim quand je lui ai avoué ma haine du gouvernement.

Papa nous a demandé de ne parler à personne des mauvais traitements qu’il a subis, car les salauds l’ont menacé des pires ennuis s’il disait quoi que ce soit. J’ai quand même tout raconté à Mahmud et il est d’accord avec oncle Salim.

Une vague d’arrestations a déferlé sur Damas, entraînant avec elle souffrances et humiliations.

Un peu plus et j’oubliais ; il faut pourtant que je le raconte avant de ranger ce journal : quand oncle Salim a remis à mon père l’argent amassé pendant ces quatre jours, mon père a insisté pour le dédommager de son travail, mais le vieil homme a refusé. Alors mon père a eu l’idée de l’inviter à partager notre repas chaque dimanche. Oncle Salim a accepté avec beaucoup d’humour: «Très volontiers, a-t-il dit en me regardant. Comme ça, je pourrai raconter une de mes histoires stupides à mon ami ; il en oubliera de manger et moi j’aurai double ration ! »

Rafik Schami est né à Damas en Syrie en 1946. De 1966 à 1969, il édite et coécrit un journal mural affiché dans la vieille ville de Damas. Il a raconté cette période de sa vie dans « Une poignée d’étoiles »” qui a été primé en Allemagne, en Suisse, en Autriche et aux Pays-Bas. C’est en Allemagne qu’il a fait ses études avant de devenir chimiste dans l’industrie, puis écrivain. Il a été cofondateur du groupe littéraire « Südwind » (« Vent du sud ») et de l’association littéraire et artistique « Polikunst », deux mouvements en faveur de la littérature issue de l’immigration. Conteur exceptionnel, ses histoires s’appellent : « Comment un homme fait ligoter sa voix et comment il la détache« , ou encore : « Comment un homme qui avait faim au sortir d’un rêve put apaiser la faim des autres« . On les retrouve dans le recueil « Le conteur de la nuit »

Pour le meilleur et pour le rire de Fanny Joly

Pour le meilleur et pour le rire     Fanny Joly

joué par Diane, Jade et Pedro

La scène commence dans un silence lourd. La maman fait réciter à Léo sa leçon d’histoire.

 La maman  Alors, Léo ? Qu’est-ce que fait Louis XVI, en 1774 ?

Léo Euh… Perplexe Il meurt?

La maman Tu te paies ma tête ? C’est le cas de le dire… cachant un sourire mais se reprenant. En quelle année il est mort, Louis XVI ?

Léo jouant avec ses cheveux.  Euh…

La maman  Ce n’est pas une réponse, ça : « euhhhhh »… Jetant un coup d’œil au cahier, impatientée. Louis XVI a été décapité en 1793, Léo ! Et en 1774, c’est-à-dire presque vingt ans avant, il a renvoyé successivement Turgot, puis Necker qui préconisaient des ré…  attendant une réponse des ré…

Léo Essayant de lire discrètement le cahier dans les mains de sa mère Des ré… publiques?

La maman Tapant sur la tableC’est comme ça que tu apprends tes leçons ?Je vais te dire, moi, comment on apprend une leçon. On la lit trois ou quatre fois à voix haute, puis tout bas… Ensuite on cache. Et on s’exerce à réciter. Ligne après ligne…

« Surnommé le Bien-Aimé, Louis XV ne le sera guère longtemps… » (deux fois)

A ce moment, la porte s’ouvre. Entre le papa, l’air épuisé. Il pose au hasard son cartable, son imper et ses clefs. Puis s’écroule dans un fauteuil.

Le papa Gros soupir  Pouououh ! Quelle journée!

La maman regarde le papa. On sent qu’elle s’attend à recevoir un bisou. Rien. Une lampe est posée à côté du fauteuil. Machinalement, le papa veut l’allumer.

Le papa Tiens ! Et se tournant vers son épouse  Ça ne marche pas, ça !

La maman Faussement décontractée. Ah ! bon ?

Le papa Ça doit être l’ampoule ! Vaguement accusateur. T’as pas d’ampoules de rechange, ici ?

La maman Agressive. J’ai pas d’ampoules de rechange ! Et toi ? Montrant son front.Y a pas écrit « magasin d’électricité », là!

Le papa Un ton au-dessus.  Attends, attends… avec la journée que j’ai eue ! Les Américains sur le dos depuis huit heures ce matin! Le téléphone qui n’a pas arrêté ! S’il faut que je m’occupe des ampoules quand…

La maman Coupant, encore un ton au-dessus.  Et moi ? Tu crois que je m’amuse ? Toute la journée j’ai galopé ! L’école, le supermarché, la lessive ! Et ta mère qui m’a tenue une demi-heure au téléphone alors que je devais emmener la petite chez le dentiste! Et celui-là montrant Léo rageusement qui n’est même pas capable d’apprendre…

Léo S’interposant,..  Stop! Stop! Stop! Autoritaire  On arrête, là! On se tait ! Les parents obéissent, surpris.

Léo Ton professoral, reprenant les mots de sa mère. C’est comme ça qu’on rentre, le soir, à la maison ?

La maman et le papa Euh…

Leo Prenant son père par le bras et le raccompagnant à la porte Je vais vous dire, moi, comment on se comporte quand on rentre le soir à la maison ! Toi, papa, tu ramasses ton cartable, tes clefs, tu remets ton imper et tu ressors, s’il te plaît !

La maman Hésitante Et moi je fais quoi ?

Léo A sa mère.  Toi, maman, quand tu entends papa arriver, tu souris et tu dis : « Bonsoir mon chéri, pas trop fatigué? »

La maman Répétant docilement. Bonsoir, mon chéri, pas trop fatigué?

Léo Soufflant les mots à son père. « Si… mon amour ! Mais je suis si heureux quand je te retrouve… »

Le père Si… mon amour ! Mais je suis si heureux quand je te retrouve…

Léo  Continuant à donner des conseils.  Et maintenant, tu poses tes clefs, ton cartable, là… Sans bruit, tu accroches soigneusement ton imper au portemanteau… Tu vas pour allumer la lampe, tu vois que ça ne marche pas… Qu’est-ce que tu dis?

Le papa  Hésitant.  Euh…

Léo Non ! Sûrement pas « Euh »… Ce n’est pas une réponse, ça ! Tu dis par exemple : « Oh! L’ampoule est cassée ! Quelle chance, ma Béatrice, on va souper aux chandelles ! »


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