Archive pour septembre 2013

Lundi, 18 heures, départ des correspondants allemands – Montag, 18Uhr Abfahrt

DSCN6315premiers arrivés au rendez-vous, les profs, quelques élèves, l’appel peut commencer – die ersten kommen an, Lehrer, Schüler, alle gezählt

DSCN6320la foule grossit, encore et encore, – immer mehr kommen an

DSCN6319séparation bientôt, l’émotion grandit, – große Emotionen, bald ist der Abschied

DSCN632318h, le départ – und um 18Uhr geht’s los – bon voyage& gute Reise und AU REVOIR! bis ganz bald

vendredi/Freitag: goûter, remise des prix et le spectacle surprise des correspondants! gemeinsames Kuchenessen und Preisvergabe und das spectacle !

ImageImageImagech

jeudi/Donnerstag: sports des Pyrénées

Une matinée escalade/ Klettern an unserer tollen Kletterwand

Image
Puis, une séance découverte littérature française au CDI – dann eine Entdeckungstour französischer Literatur in unserer Schulbibliothek
ImageImageImage
 
et l’après-midi/am Nachmittag: RAFTING!

 

mercredi/Mittwoch: à la mer/am Meer

C’est parti pour une journée sur la côte basque: musée basque à Bayonne le matin et la plage de Saint-Jean de Luz l’après-midi! Et tout ça avec un beau soleil! Wie toll! Sonnenschein für unseren Tag am Meer (Bayonne und das baskische Museum am Vormittag und nachmittags am Meer)

et un poisson! und einen Fisch!

 

 

IMG_4309 IMG_4315 IMG_4321 IMG_4320 IMG_4322

 

mardi/Dienstag: BOWLING

Après les cours le matin, on s’amuse tous au bowling! Qii gagne? L’amitié franco-allemande bien sûr!

Vormittags Unterricht und nachmittags alle zum Bowling. Wer gewonnen hat? Die deutsch-französische Freundschaft natürlich!

ImageImage

Je vais vous mander la chose la plus… une lettre de Mme de Sévigné

Marquise de Sévigné peint par Claude Lefèbvre

La marquise de Sévigné peinte parClaude Lefebvre

cliquer sur l’image pour entendre la lecture de Noa, Alixe et Alice

Parler d’un lieu, ils l’ont fait ! Florilège

ll y a… Guillaume Apollinaire, Poèmes à Lou (posthumes).

Il y a des petits ponts épatants
Il y a mon cœur qui bat pour toi
Il y a une femme triste sur la route
Il y a un beau petit cottage dans un jardin
Il y a six soldats qui s’amusent comme des fous
Il y a mes yeux qui cherchent ton image

Il y a un petit bois charmant sur la colline
Et un vieux territorial pisse quand nous passons
Il y a un poète qui rêve au ptit Lou
Il y a une batterie dans une forêt
Il y a un berger qui paît ses moutons
Il y a ma vie qui t’appartient
Il y a mon porte-plume réservoir qui court qui court
Il y a un rideau de peupliers délicat délicat
Il y a toute ma vie passée qui est bien passée
Il y a des rues étroites à Menton où nous nous sommes aimés

Il y a une petite fille de Sospel qui fouette ses camarades
Il y a mon fouet de conducteur dans mon sac à avoine
Il y a des wagons belges sur la voie
Il y a mon amour
Il y a toute la vie
Je t’adore

Georges Perec, W ou le souvenir d’enfance, Denoël, 1975.

Moi, j’aurais aimé aider ma mère à débarrasser la table de la cuisine après le dîner. Sur la table, il y aurait eu une toile cirée à petits carreaux bleus… Puis je serais allé chercher mon cartable, j’aurais sorti mon livre, mes cahiers et mon plumier de bois, je les aurais posés sur la table et j’aurais fait mes devoirs. C’est comme ça que ça se passait dans les livres de classe.

John Fante, Demande à la poussière, (10/18, traduit par Philippe Garnier)

L’endroit qui me plaisait était une maison à pignons avec une clôture blanche qui courait tout autour, à moins de trente mètres de la plage. La cour par-derrière était un lit de sable blanc. C’était bien meublé, avec plein de rideaux de couleurs gaies, et des aquarelles aux murs. Ce qui m’emballait le plus c’était la pièce en haut. Elle donnait sur la mer. Je pourrais mettre ma machine à écrire devant la fenêtre et travailler. Ah ça oui, je pourrais en mettre un sacré coup, devant cette fenêtre. Juste regarder par la fenêtre et ça viendrait tout seul ; rien que de regarder cette pièce ça me démangeait, je voyais déjà les phrases se bousculer sur la page.

Blaise Cendrars, Feuilles de route, 1924

Iles

Iles
Iles
lles où l’on ne prendra jamais terre
Iles où l’on ne descendra jamais
Iles couvertes de végétations
Iles tapies comme des jaguars
Iles muettes
Iles immobiles
Iles inoubliables et sans nom
Je lance mes chaussures par-dessus bord car je voudrais
bien aller jusqu’à vous

Extrait de : Raymond Bozier, Fenêtres sur le monde,
Éditions Fayard, 2004.

« 1er étage d’une maison individuelle à la Pallice »

Paysage dénaturé. Il faut vivre là depuis longtemps pour se rendre à la raison de énormes cuves d’essence, érigées aux limites des habitations, longtemps soumises à la rouille avant d’être peintes de couleur beige, puis décorées de larges bandeaux arc-en-ciel, alimentées par un pipe-line venant du port, reliées en leurs sommets par des passerelles métalliques […] Abandonné à l’écart du hangar, un vieux fourgon blanc à croix rouge de la Protection civile subit l’agression des ronces et des orties.
On pourrait, à trop longtemps regarder ce monde, trouver utile de le chambouler, imaginer des géants cognant sur les cuves, la confusion du ciel et de la terre, des enfants volant dans les airs, un hangar poursuivi par un chien […] On pourrait, par la fenêtre ouverte, souhaiter disposer du pouvoir de faire jongler les êtres et les choses devant soi […] Mais c’est dimanche, et il n’y a rien à faire.

« Impresses »

les parfums des saisons
les papillons de nuit
la mauvaise haleine des villes
les relents de campagne et de pelouse fraîchement tondue
les bruissements de feuillage d’un arbre proche
la chute lente et miraculeuse de la neige
le claquement d’un volet
le martèlement de la pluie sur les carreaux
les voix des passants
le va-et-vient assommant des voitures
les lumières changeantes du jour
l’éclairage artificiel des nuits urbaines
la lune et les nuages emportés par le vent
la prolifération du vide autour du crâne
les façades
le besoin d’épier ses semblables
les reflets intérieurs des postes de télévision le soir
la lumière orange des lampadaires au sodium
le goudron des rues, les bordures en ciment des trottoirs

« Baie vitrée d’une cafétéria »

… zones commerciales, voies lactées, ô sœurs lumineuses, aplaties derrière vos talus bordés de poteaux en ciment supportant des grillages où s’entortillent des touffes d’herbe jaune et contre lesquels le vent plaque poches en plastique, pages de journaux, prospectus abandonnés. Zones traversées par des lignes à haute tension, reléguées aux abords des villes, là où les rocades s’abandonnent aux ponts routiers ralliant les quatre voies qui filent, entre les stations-service, les hôtels et les restaurants, retrouver au loin les mêmes désastreux décors. […]
Ô grands corps d’autobus, grappes humaines immobiles près des aubettes, vitrines, tourniquets, prospectus promenés par le vent, enseignes phosphorescentes clignotant dans les nuits automobiles comme des balises de détresse. Bleu, rouge, vert, jaune, éternels…
Ô douleurs commerciales des matins blêmes et froids, des ciels bleus, des après-midi de nuages étouffants, des fins de journée mornes et glaciales, des rafales de pluie s’abattant sur la noirceur des parkings, nos larmes ruisselant sur le goudron, filant s’engloutir dans les égouts des jours, des allers-retours, des remplissages de chariots, des déambulations somnambules entre les rayons surchargés, des passages devant les étals de fruits et de légumes, les bacs de surgelés, les vêtements suspendus […]
Zones commerciales, ô fric, ô porcheries d’un monde aveuglé, restes de vie, chaussures, pantalons, articles ménagers, boîtes de conserve, valises, légumes, rangées de téléviseurs, machines à laver, entassements d’objets, des objets, des objets par-dessus tout, par-dessus nos corps attirés dès le plus jeune âge, soumis au travail de spae d’invisibles termites, séparés les uns des autres, réduits à l’état de zombies pressés d’en finir, d’épuiser la liste des courses. La mort, consommation des vivants. La fin de toute pensée imaginaire. La vie enfermée dans des sacs en plastique, promenée dans des caddies, jetée dans des coffres, transbahutée, secouée, avalée, maltraitée. […]
Que tout cela, et plus encore, monte en tremblant dans les couches d’air, forme un tourbillon, et nous soyons emportés pareillement dans l’œil du cyclone, terrorisés de nous voir ainsi disparaître.

NEW YORK Léopold Sédar Senghor, « Éthiopiques » (1956), in Œuvre poétique. Éd. du Seuil, 1990

New York ! D’abord j’ai été confondu par ta beauté, ces grandes filles d’or aux jambes longues.
Si timide d’abord devant tes yeux de métal bleu, ton sourire de givre
Si timide. Et l’angoisse au fond des rues à gratte-ciel
Levant des yeux de chouette parmi l’éclipse du soleil.
Sulfureuse ta lumière et les fûts livides, dont les têtes foudroient le ciel
Les gratte-ciel qui défient les cyclones sur leurs muscles d’acier et leur peau patinée de pierres.
Mais quinze jours sur les trottoirs chauves de Manhattan
— C’est au bout de la troisième semaine que vous saisit la fièvre en un bond de jaguar
Quinze jours sans un puits ni pâturage, tous les oiseaux de l’air
Tombant soudain et morts sous les hautes cendres des terrasses.
Pas un rire d’enfant en fleur, sa main dans ma main fraîche
Pas un sein maternel, des jambes de nylon.
Des jambes et des seins sans sueur ni odeur.
Pas un mot tendre en l’absence de lèvres, rien que des cœurs artificiels payés en monnaie forte
Et pas un livre où lire la sagesse.
La palette du peintre fleurit des cristaux de corail.
Nuits d’insomnie ô nuits de Manhattan !
Si agitée de feux follets, tandis que les klaxons hurlent les heures vides
[…]

Fernando Pessoa, Le livre de l’intranquillité, (Christian Bourgois, traduction de Françoise Laye)

Je vivrai paisiblement dans une petite maison située aux environs d’un endroit quelconque, jouissant d’un repos où je ne réaliserai pas l’œuvre que je ne réalise pas non plus aujourd’hui, et je me chercherai, pour continuer à ne pas la réaliser, des excuses différentes de celles grâce auxquelles je me dérobe aujourd’hui.

Alvaro de Campos ( alias Fernando Pessoa)
je porte dans mon cœur
comme dans un coffre impossible à fermer tant il est plein,

tous les lieux que j’ai hantés,

tous les ports où j’ai abordé,
tous les paysages que j’ai vus par des fenêtres ou des hublots,

ou des dunettes, en rêvant,

et tout cela, qui n’est pas peu, est infime au regard de mon désir.

Jonathan Swift, « Voyage à Laputa », in Les Voyages de Gulliver, 1726

Cette île était plus éloignée que je n’avais pensé. Il me fallut près de cinq heures pour l’atteindre. Je dus la contourner presque en entier avant de rencontrer un mouillage : c’était une petite crique, trois fois large à peu près comme mon canot. L’île était tout en roche vive, mais quelques touffes d’herbe s’y mêlaient aux plantes aromatiques. Je débarquai mes maigres provisions ; puis, après m’être restauré, je mis le reste à l’abri dans un des nombreux trous du rocher. Je trouvai beaucoup d’oeufs sur la falaise et fis aussi un gros tas d’algues et d’herbes sèches, que je comptais allumer le jour suivant pour rôtir mes oeufs le mieux possible (car j’avais sur moi mon briquet et sa pierre, de l’étoupe et un verre grossissant). Je passai la nuit dans la grotte où j’avais mis mes provisions, couché sur ces mêmes bottes d’herbes et de goémon que je gardais comme combustible. Je dormis fort mal ; car mes soucis étaient plus forts que ma fatigue et me tinrent éveillé. Je voyais combien mon sort était désespéré sur cet îlot misérable et à quelle triste fin j’étais condamné. Mon apathie et mon abattement étaient tels que je n’avais pas le coeur de me lever, et quand je me décidai enfin à ramper hors de ma grotte, il faisait déjà grand jour. Je fis quelques pas sur les rochers. Le ciel était parfaitement clair et le soleil donnait si fort que je ne pouvais regarder dans sa direction. Or, il perdit brusquement son éclat, mais non pas, notai-je, comme s’il se couvrait de nuages ; je me retournai et vis qu’une grande masse opaque passait entre moi et le soleil, s’avançant en direction de l’île : elle pouvait bien être à deux milles de hauteurs et cacha le soleil pendant cinq à six minutes. Je ne trouvai pourtant ni l’air bien plus frais ni la lumière beaucoup moins vive que si je me trouvais à l’ombre d’une montagne. Quand cette chose inconnue fut suffisamment près, je vis qu’il s’agissait d’un corps solide dont la face inférieure était plate et lisse au point que la mer, en s’y réverbérant, lui donnait un vif éclat. J’étais sur une hauteur qui dominait la plage de peut-être deux cents yards, et vis cette masse énorme descendre jusqu’à se trouver à peu près à mon niveau ; je n’en étais pas alors à plus d’un demi-mille, et, à la lorgnette, je voyais nettement des gens qui, en grand nombre, montaient et descendaient, au long de ses flancs en pente. Mais ce qu’ils étaient en train de faire, je ne pouvais les distinguer.
L’instinct de vivre me poussait sans doute à la joie : j’étais déjà prêt à reprendre espoir. Cette aventure, n’allait-elle pas, d’une manière ou d’une autre, me permettre d’échapper à ce lieu désolé, à cette situation sans issue ? Mais, en même temps, je ne saurais dire au lecteur à quel point j’étais abasourdi de voir flotter en l’air une île peuplée d’hommes, capables apparemment de la faire, à leur gré, monter, descendre ou circuler. Je n’étais guère, pourtant, en disposition de philosopher sur ce phénomène, et je m’occupais bien plus de savoir dans quelle direction allait repartir l’île, car elle semblait pour l’instant s’être immobilisée. Elle ne tarda pas cependant à s’avancer de mon côté, et je vis alors que ces flancs étaient parcourus de galeries parallèles et unies ensemble par un certain nombre d’escaliers. Sur la galerie inférieure il y avait des gens qui pêchaient avec de très longues lignes, et d’autres qui regardaient. Je fis des signaux à l’île avec mon mouchoir, et mon bonnet de marin. (Mon chapeau d’officier était depuis longtemps au rebut). Et comme elle approchait encore, j’appelai et criai du plus fort que je le pouvais. Regardant alors attentivement, je vis qu’un attroupement se formait du côté qui me faisait face. On se faisait des signes, on me montrait du doigt, et je compris que j’étais repéré, quoique personne ne répondît à mes appels. Quatre ou cinq hommes pourtant s’élancèrent en courant vers le haut de l’île. Je les vis remonter les escaliers à toute allure, puis je les perdis de vue : j’avais quelques raisons de penser qu’on les envoyait aux ordres auprès de l’autorité compétente.

Les Emigrants, W.G. Sebald (traduction Patrick Charbonneau, édition Babel)

« Impossible également de pénétrer dans le Grand Hôtel des Roches Noires, monstrueux palais de briques où, au tournant du siècle, multimillionnaires américains, grands aristocrates anglais, empereurs français de la Bourse et gros industriels allemands avaient l’insigne honneur d’échanger des civilités. Les Roches Noires ont cessé toute activité, autant que j’aie pu le savoir, aux alentours des années cinquante et soixante, et ont été transformées en appartements dont, à vrai dire, seuls ceux qui donnaient sur la mer sont partis sans trop de difficultés. Aujourd’hui, ce qui a été autrefois l’hôtel le plus luxueux de la côte normande n’est rien qu’une monumentale monstruosité déjà à moitié enfouie dans le sable. La plupart des appartements sont depuis longtemps désertés et leurs propriétaires ne sont plus de ce monde. Seules quelques vieilles dames indestructibles reviennent été après été hanter la gigantesque bâtisse. »

William H. Gass, Le Tunnel, traduction Claro, Le Cherche Midi

Hier soir, les paupières closes sur moi-même, je me suis mis à voir comme si j’étais une fenêtre ouverte. Livré aux vents. Je ne reposais pas dans une paisible obscurité, cette obscurité à laquelle j’aspirais, cette paix dont j’avais besoin. Ma tête résonnait de mille feux, plus désolée cependant qu’un jardin en hiver : les pensées vaguaient et volaient en tous sens tels des papiers gras puis disparaissaient. Il y avait des avenues foulées par des pas invisibles, des bruissements sans feuilles ni arbres, des aboiements détachés de leurs chiens.

William H. Gass, Au cœur du cœur de ce pays, Rivages poche, traduction de Marc Chénetier et Pierre Gault

« Ma fenêtre est un tombeau, et tout ce qui s’étend dans son champ est mort. Il ne tombe pas de neige. Il n’y a pas de brume. Ni calme. Ni silence. Les images qu’elle contient ne sont pas une bête à l’affût, car le mouvement n’a jamais rien prouvé. J’ai vu la mer étale, la vie bouillonner dans un corps sans laisser la moindre trace, ses bulles hermétiques la traverser comme un verre de soda. Talons qui claquent, Rimmel qui coule: et, au bout du rouleau, la pute au cul de houle. Les feuilles se contorsionnent. L’herbe ondule. Un oiseau pépie, picore. Une roue d’auto qui dessine des cercles n’en dessine pas moins ses rayons immobiles. Ces images sont des pierres; ce sont des monuments. Sous cette mer, c’est de l’océan qui gît: qu’il repose en paix, que Dieu le garde… et Dieu garde le monde par-delà ma fenêtre, moi devant mon reflet, penché sur cette page, mon ombre. »

pour les plus curieux,
compléter par Le Dictionnaire des lieux sebaldiens ou Les séries

visionner Les lieux d’une fugue de Georges Perec


septembre 2013
L M M J V S D
« Août   Oct »
 1
2345678
9101112131415
16171819202122
23242526272829
30