Archive pour décembre 2013

Vincent, Leopold et Diane disent

L’invitation au voyage de Charles Baudelaire

Mon enfant, ma soeur,
Songe à la douceur
D’aller là-bas vivre ensemble !
Aimer à loisir,
Aimer et mourir
Au pays qui te ressemble !
Les soleils mouillés
De ces ciels brouillés
Pour mon esprit ont les charmes
Si mystérieux
De tes traîtres yeux,
Brillant à travers leurs larmes.

2013-11-21 12.15.36

Là, tout n’est qu’ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.

Des meubles luisants,
Polis par les ans,
Décoreraient notre chambre ;
Les plus rares fleurs
Mêlant leurs odeurs
Aux vagues senteurs de l’ambre,
Les riches plafonds,
Les miroirs profonds,
La splendeur orientale,
Tout y parlerait
À l’âme en secret
Sa douce langue natale.

2013-11-21 12.16.22

Là, tout n’est qu’ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.

Vois sur ces canaux
Dormir ces vaisseaux
Dont l’humeur est vagabonde ;
C’est pour assouvir
Ton moindre désir
Qu’ils viennent du bout du monde.
– Les soleils couchants
Revêtent les champs,
Les canaux, la ville entière,
D’hyacinthe et d’or ;
Le monde s’endort
Dans une chaude lumière.

Là, tout n’est qu’ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.

Alice, Lisa et Diane recommandent Nos étoiles contraires de John Green

Collection : Romans Grand format Auteur : J. Green Traducteur : C. Gibert

Note de l’éditeur :

Entre rire et larmes, le destin bouleversant de deux amoureux de la vie.

Hazel, 16 ans, est atteinte d’un cancer. Son dernier traitement semble avoir arrêté l’évolution de la maladie, mais elle se sait condamnée. Bien qu’elle s’y ennuie passablement, elle intègre un groupe de soutien, fréquenté par d’autres jeunes malades. C’est là qu’elle rencontre Augustus, un garçon en rémission, qui partage son humour et son goût de la littérature.
Entre les deux adolescents, l’attirance est immédiate. Et malgré les réticences d’Hazel, qui a peur de s’impliquer dans une relation dont le temps est compté, leur histoire d’amour commence… les entraînant vite dans un projet un peu fou, ambitieux, drôle et surtout plein de vie.

Élu « Meilleur roman 2012 » par le Time Magazine !

extraits :

« – Je suis amoureux de toi, a-t-il dit doucement.
– Augustus !
– Vraiment, a-t-il répondu. Il me fixait, et je pouvais voir que les coins de ses yeux se plissaient. Je suis amoureux de toi, et je n’ai aucunement l’envie de le nier et de m’épargner le plaisir de dire des choses vraies. Je suis amoureux de toi, et je sais que l’amour est juste un cri dans le vide, et que l’oubli est inévitable, et que nous sommes tous condamnés, et qu’un jour viendra où tout notre travail sera réduit à de la poussière, et je sais que le soleil va avaler la seule planète que nous aurons jamais, et je suis amoureux de toi. »

***

« J’ai coupé le moteur et je me suis tournée vers lui. Il était très beau.
– Hazel Grace, a-t-il dit, mon nom paraissait plus joli, comme neuf dans sa bouche. Je suis très content d’avoir fait ta connaissance.
– De même, Monsieur Waters.
J’étais intimidée. Je ne pouvais soutenir l’intensité de son regard bleu azur.
– Je peux te revoir ? a-t-il demandé d’un ton qui trahissait une inquiétude charmante.
J’ai souri.
– Bien sûr.
– Demain ?
– Attention, ai-je rétorqué. Tu risques de passer pour un impatient.
– C’est pour ça que j’ai dit demain, a-t-il répliqué. J’ai déjà envie de te revoir maintenant. Mais je vais m’obliger à attendre toute la nuit et une bonne partie de la journée de demain.
J’ai levé les yeux au ciel.
– Je ne blague pas, a-t-il insisté.
– Tu ne me connais même pas.
J’ai pris le livre qu’il avait calé entre les deux sièges.
– Et si je t’appelais quand j’ai fini ça ? ai-je proposé.
– Tu n’as pas mon numéro.
– Je te soupçonne fortement de l’avoir écrit dans ce livre.
Il s’est fendu de son sourire béat.
– Et tu oses dire qu’on ne se connaît pas. »

Hazel a seize ans, un cancer des poumons dont elle sait qu’il l’emportera, et une façon à la fois légère et courageuse de prendre la vie en attendant. Sur les conseils de ses parents attentifs, elle participe à un groupe de parole et rencontre Augustus. Ce dernier, en rémission complète, a perdu sa jambe d’un ostéosarcome. Il tombe sous le charme d’Hazel, qui hésite elle à suivre son cœur de peur de laisser des gens éplorés derrière elle. Augustus décide alors d’utiliser un « voeu » offert par une fondation contre le cancer, et d’emmener Hazel pourtant fatiguée jusqu’à Amsterdam, afin qu’elle y rencontre l’auteur de son roman préféré, « Une impériale affliction » – l’histoire est parsemée de ses références et extraits. Le rendez-vous sera épouvantable, mais ce week-end magique permettra toutefois aux jeunes gens de s’aimer pour la première et la dernière fois. Madame la maladie rôde en effet autour d’eux plus fort que jamais…Auteur éclectique mais surtout jamais là où on l’attend, John Green se glisse dans la tête d’Hazel, la narratrice, avec un naturel confondant. Certes, qui n’a pas vécu de près ou de loin le cancer ne peut sans doute pas présumer de la justesse des manifestations physiques ici évoquées (car elles ne sont pas éludées, juste intégrées au fil du récit). Mais les sentiments contradictoires qui assaillent la jeune fille, l’humour bravache avec lequel elle contient ses angoisses, ses moments de désespoir suivis de la légèreté la plus adolescente résonnent d’un grand naturel. Hazel trouve en Augustus un amoureux, mais aussi une âme sœur avec qui théoriser, échanger des bribes de philosophie de la vie qu’on attendrait de la bouche d’un vieux sage. La maladie rend tout de même irrémédiablement mature… Et ce aussi bien Hazel, héroïne ordinaire, que ses proches aux réactions heureusement toutes positives – l’auteur suggère que ce n’est pas toujours le cas.
La construction narrative autour d’ « Une impériale affliction », et le personnage douloureux de son auteur, peuvent déconcerter. Mais ils structurent le roman, lui imposent une ossature et un rythme qui évitent sans doute de verser dans le misérabilisme ou la complaisance. Mais l’écriture, lumineuse et immédiate, aurait de toute façon prévenu l’écueil. A lire forcément, dès 13/14 ans avec une grosse boîte de mouchoirs.

Sophie Pilaire

 

La formation des mots

 

formation-des-mots

Les Précieuses ridicules, Molière, 1659

au théâtre du Petit Monde (Bande annonce)

Mise en scène : Nicolas Rigas dit Roland Pilain
Avec : Eve Coquart, Marie Nicot, Nicolas RIGAS, Daniel Milgram, Raphaël Schwob, Martin Loizillon, Romain Canonne, Gilles, Paul Bault.
Création Lumière : Jessy Piedfort
(…)
Quelle est donc cette préciosité qui pousse « deux pecques provinciales », Cathos et Magdelon, à éconduire de nobles prétendants au profit du Marquis de Mascarille et du Vicomte de Jodelet, simples valets en vérité, qui se sont mis dans l’esprit d’être hommes de condition ?

Dans une mise en scène enlevée où se mêlent joyeusement les différents arts du spectacle, Nicolas Rigas nous plonge avec humour et légèreté dans l’absurdité et l’extravagance de l’orgueil et du paraître.

 

 

côté jeune fille et côté garçon… une préoccupation commune

Maud LETHIELLEUX
J’ai quinze ans et je ne l’ai jamais fait
Thierry Magnier Romans Jeunesse

Sous son titre provocateur, ce roman cache bien son jeu. Capucine n’est pas une délurée, mais l’ « intello » de la classe, qui pense aimer en secret son professeur d’histoire. Obsédée par sa virginité, elle se raconte avec une distance non dénuée d’humour : « J’aimerais bien coucher avec un écrivain et devenir sa muse, qu’après nos ébats il allume une bougie et ouvre son carnet de bord […]. Mais cet écrivain est beaucoup trop vieux, je ne couche pas avec les grands-pères. Ni avec personne d’ailleurs. » (p. 108). En courts chapitres alternés interviennent les pensées de Martin, cancre désabusé mais chanteur inspiré. Au détour d’un concert, Capucine et Martin se découvrent, s’apprécient… et puis ? Ce serait trop simple, et chacun murira à sa manière. Drôle et profond, avec une écriture d’une simplicité travaillée, J’ai quinze ans et je ne l’ai jamais fait renouvelle au second degré l’exploration des affres de l’adolescence. Coup de cœur, auteur à suivre !

     Sophie Pilaire

et pour public plus averti (à partir de 16 ans note l’éditeur) ou à lire avec d’autres afin d’en parler ? Une idée fixe de Melvin Burges

« Je voulais écrire sur les garçons à l’adolescence et sur ce qu’ils doivent affronter dans leur monde particulièrement fermé. Trop peu de livres se concentrent sur ces grands adolescents et c’est en partie pour cette raison qu’ils ne lisent pas» (Melvin Burgess, « The Daily Telegraph ».

Dino, Jonathon et Ben ont 17 ans. Et ils n’ont qu’une idée en tête, une idée fixe : passer enfin à l’acte sexuel. En attendant, toutes leurs discussions ne sont que vantardises salaces, qui révèlent leur obsession autant que leur gêne de ne pas encore « l’avoir fait ». Si bien qu’ils en oublient l’existence de sentiments. Mais petit à petit, les trois adolescents sont confrontés aux vraies questions qui rythment une vie de couple.
(…) Avec ce nouveau roman, Melvin Burgess choque. Et il le sait. La crudité et la vulgarité volontaires de certains propos, notamment dans les premières pages, ne sont pas à mettre dans toutes les mains. De même que les passages très érotiques du livre. Mais Une idée fixe n’est pas un simple étalage gratuit de sexe. Déjà, il peut jouer le rôle d’un roman d’initiation, comme le fut Junk en ce qui concerne la drogue : le thème des relations garçon-fille est pour une fois traité dans un livre pour garçons. Ensuite, l’auteur va bien plus loin que l’exposition facile de l’acte sexuel : il en montre les rouages complexes, les risques, les souffrances morales. Les héros, de brutes obsédées et insensibles, se montrent peu à peu comme des êtres réfléchis, fragiles, et au fond même plutôt moraux.

Un roman pour jeunes adultes, donc, intelligent et dans la lignée des autres livres de Melvin Burgess.


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