Sélection de textes 16e Printemps des Poètes (8 – 23 mars 2014)

Thibault et Aloïs disent

Braves gens, prenez garde aux choses que vous dites ! de Victor Hugo

Braves gens, prenez garde aux choses que vous dites ! de Victor Hugo

 Braves gens, prenez garde aux choses que vous dites !

Tout peut sortir d’un mot qu’en passant vous perdîtes ;

TOUT, la haine et le deuil !

Et ne m’objectez pas que vos amis sont sûrs

Et que vous parlez bas.

Écoutez bien ceci :

 

Tête-à-tête, en pantoufle,

Portes closes, chez vous, sans un témoin qui souffle,

Vous dites à l’oreille du plus mystérieux

De vos amis de cœur ou si vous aimez mieux,

Vous murmurez tout seul, croyant presque vous taire,

Dans le fond d’une cave à trente pieds sous terre,

Un mot désagréable à quelque individu.

Ce MOT — que vous croyez que l’on n’a pas entendu,

Que vous disiez si bas dans un lieu sourd et sombre —

Court à peine lâché, part, bondit, sort de l’ombre ;

Tenez, il est dehors ! Il connaît son chemin ;

Il marche, il a deux pieds, un bâton à la main,

De bons souliers ferrés, un passeport en règle ;

Au besoin, il prendrait des ailes, comme l’aigle !

Il vous échappe, il fuit, rien ne l’arrêtera ;

Il suit le quai, franchit la place, et cætera

Passe l’eau sans bateau dans la saison des crues,

Et va, tout à travers un dédale de rues,

Droit chez le citoyen dont vous avez parlé.

Il sait le numéro, l’étage ; il a la clé,

Il monte l’escalier, ouvre la porte, passe, entre, arrive

Et railleur, regardant l’homme en face dit :

« Me voilà ! Je sors de la bouche d’un tel. »

 

Et c’est fait. Vous avez un ennemi mortel.

Aloïs et Alexandre,

puis Aloïs disent Le repas de Guillaume Apollinaire

Le repas de Guillaume Apollinaire

Il n’y a que la mère et les deux fils

Tout est ensoleillé

La table est ronde

Derrière la chaise où s’assied la mère

Il y a la fenêtre

D’où l’on voit la mer

Briller sous le soleil

Les caps aux feuillages sombres des pins et des oliviers

Et plus près les villas aux toits rouges

Aux toits rouges où fument les cheminées

Car c’est l’heure du repas

Tout est ensoleillé

Et sur la nappe glacée

La bonne affairée

Dépose un plat fumant

Le repas n’est pas une action vile

Et tous les hommes devraient avoir du pain

La mère et les deux fils mangent et parlent

Et des chants de gaîté accompagnent le repas

Les bruits joyeux des fourchettes et des assiettes

Et le son clair du cristal des verres

Par la fenêtre ouverte viennent les chants des oiseaux

Dans les citronniers

Et de la cuisine arrive

La chanson vive du beurre sur le feu

Un rayon traverse un verre presque plein de vin mélangé d’eau

Oh ! le beau rubis que font du vin rouge et du soleil

Quand la faim est calmée

Les fruits gais et parfumés

Terminent le repas

Tous se lèvent joyeux et adorent la vie

Sans dégoût de ce qui est matériel

Songeant que les repas sont beaux sont sacrés Qui font vivre les hommes

Mélissa

puis Paul et Vincent disent L’école des beaux-arts de Jacques Prévert

A l’école des beaux arts de Jacques Prévert

 Dans une boîte de paille tressée

Le père choisit une petite boule de papier

Et il la jette

Dans la cuvette

Devant ses enfants intrigués

Surgit alors

Multicolore

La grande fleur japonaise

Le nénuphar instantané

Et les enfants se taisent

Émerveillés

Jamais plus tard dans leur souvenir

Cette fleur ne pourra se faner

Cette fleur subite

Faite pour eux

A la minute

Devant eux.

Noa et Diane disent Un bruit de fond de Jean-Michel Espitallier

Un bruit de fond de Jean-Michel Espitallier

                                                   (travail en cours)

 C’est un bruit.

C’est un bruit au fond.

C’est un bruit au fond du trou.

C’est un bruit au fond du trou de tôle.

C’est un bruit de tôle au fond du trou.

 

C’est un bruit de tôle.

C’est un bruit de tôle au fond du trou de tôle.

C’est un bruit de fond au fond du trou du fond.

C’est un trou de bruit.

C’est un trou de tôle

C’est un trou au fond du trou du bruit de tôle.

C’est un bruit de tôle au fond du bruit.

 

C’est un bruit de fond.

C’est un bruit de fond au fond du trou de tôle.

C’est un fond de trou au fond du bruit de fond.

C’est un bruit de tôle.

C’est un bruit de trou.

 

C’est un bruit de tôle.

C’est un fond de bruit.

C’est un bruit de bruit au fond du trou de tôle.

C’est un bruit de bruit.

c’est un trou de tôle.

C’est un trou de trou au fond du bruit de fond.

 

C’est un trou de bruit.

C’est un trou de tôle.

C’est un trou de fond au fond du fond du bruit

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