autour du thème de la justice : lectures

Ricochet : les livres par thèmes La justice

Condamnés au XVIIIème siècle d’Arlette Farge

L’avis de Ricochet

Sous l’Ancien Régime, la justice s’exerce différemment selon son statut social, selon l’endroit où l’on se trouve en France, etc. Une unité cependant : l’idée que le pouvoir absolu du roi est mis en cause dans tout délit, et donc que la peine devra être spectaculaire. Notons que l’accusé n’a pas le droit de se défendre à son procès… Il n’y a pas de prisons, mais des châtiments en place publique, et l’envoi aux galères. Etre jugé fait peur, fait honte aussi. Tout cela donnera matière à réflexion aux penseurs de Lumières. Voltaire, en faisant grand bruit autour d’un cas particulier, contribuera à la mise en place, après la Révolution, d’une justice unifiée et centrée sur la réhabilitation du condamné.
Arlette Farge, historienne spécialiste du XVIIIème siècle, s’exprime de façon simple, logique, limpide : un vrai bonheur qui fait oublier l’austérité de la mise en page. En grands chapitres et petits points, elle dresse – curieusement à rebours du déroulement chronologique : les peines avant les procès – une situation qui paraît aujourd’hui ubuesque. Illustrant son propos d’extraits des Archives de la Police, du Tableau de Paris de Louis-Sébastien Mercier, elle donne aussi à voir la vie quotidienne de l’époque. La comparaison avec notre XXIème siècle est inévitable, et, si force est de constater les immenses progrès tant philosophiques que logistiques accomplis, Arlette Farge ne se prive pas, en conclusion, de rappeler que la France n’a aboli la peine de mort qu’en 1981… et que la justice demeure une notion fluctuante. Documentaire à la croisée de l’histoire et de la sociologie, Condamnés… est à sa façon un véritable acte de citoyenneté.
Sophie Pilaire

Poussière rouge de Gillian Slovo

L’avis de Ricochet

Après l’apartheid et la violence en Afrique du Sud, arrive le moment des règlements de comptes. Ben Hoffman, un vieil avocat blanc fait appel à une de ses anciennes élèves, Sarah Barcant, partie vivre aux Etats-Unis où elle exerce le métier de procureur, pour défendre Alex Mpondo, un noir et ancien « terroriste » devenu député. Son ancien bourreau, le policier Dirk Hendricks, a demandé à passer devant la Commission Vérité et Réconciliation afin de bénéficier d’une amnistie et d’échapper ainsi à de lourdes condamnations. Cette Commission est le résultat de longues négociations entre l’ANC de Nelson Mendela et le parti national de De Klerk. Son but : permettre au pays et à ses habitants de repartir sur de nouvelles bases, en essayant de faire table rase du passé. Un objectif bien difficile à atteindre… Alex Mpondo se retrouve face à son bourreau. Leurs relations complexes ne facilitent pas le bon déroulement de la procédure qui a plusieurs buts ; entre autres celui d’apporter un éclairage sur la disparition de Steve Sizela. Ses parents veulent savoir ce qui est arrivé à leur fils, retrouver si possible son corps afin de pouvoir l’enterrer dignement. La juriste new-yorkaise Sarah Barcant se retrouve plongée dans la poussière et l’atmosphère étouffante de Smitsrivier, sa ville natale qu’elle avait fuie pour vivre plus librement. Les différents personnages de ce roman magnifique sont obligés de regarder derrière eux pour avancer sur le chemin de la réconciliation. Les victimes veulent qu’on les « laisse en paix » et les bourreaux (certains en tout cas) se déclarent « désolés ». L’ancien policier Dirk Hendricks n’a rien perdu de son habileté à manipuler les esprits, même s’il semble abattu devant la Commission. Où est la vérité ? Comment libérer la parole ? Et comment trouver la paix ? La solitude, la douleur comme le poids du passé ou encore la disgrâce peuvent emprisonner celui qui vit à l’air libre. L’auteur, qui est la fille de l’avocat puis ministre de Nelson Mendela, réussit à rendre compte de la complexité des sentiments et des situations traumatisantes vécues par les uns et les autres. Publié chez Christian Bourgois en 2001, ce roman s’intègre aujourd’hui parfaitement dans la collection Scripto pour adolescents des éditions Gallimard. Riche en émotions et en sujets de réflexion, Poussière rouge est aussi passionnant qu’un roman policier dont il possède certaines caractéristiques.
Pascale Pineau

Peine maximale Anne Vantal

Montrer la justice en acte, c’était un peu l’apanage du cinéma américain ; Anne Vantal s’approprie le genre pour en faire un roman de 300 pages tout à fait original. Son propos tourne autour d’un procès aux Assises de Paris, une affaire d’enlèvement de bébé par un jeune homme désespéré. L’auteur a choisi de glisser un narrateur omniscient dans les pensées de quasiment toutes les personnes présentes au jugement : président, avocats des deux parties, membres du jury… Seul l’accusé principal nous restera opaque. Les voix s’alternent en des chapitres de deux ou trois pages, pour un effet d’attente particulièrement intense. Chacun commente l’avancée du procès – qui se fait donc littéralement sous nos yeux -, livre son opinion du moment. Les protagonistes parlent d’eux aussi, et ces petites digressions psychologiques donnent de la chair à une histoire somme toute très froide, objective. Au passage, le lecteur révise ou découvre les rouages complexes de la justice française. La fin apporte le jugement sans demi-teinte, et s’ouvre sur l’avenir supposé de chacun. Pour rester dans un ton volontairement clinique et certainement inviter à la réflexion, pas un mot ne sera dit sur la réinsertion du coupable, ni sur le dépassement de son traumatisme par la victime. Un roman purement factuel, sans un mot ni une émotion de trop, qui réussit la gageure de complètement captiver son lecteur.
Sophie Pilaire
sur Docs pour Docs pour compléter cette bibliographie « Ma classe au tribunal » Justice 4ème

en particulier

A la brocante du coeur Robert Cormier Ecole des loisirs, 2003, (Médium)

Le lieutenant de police Georges Braxton chargé de l’enquête sur le meurtre d’Alicia, fillette de 7 ans, a une intuition. Le suspect serait Jason, 12 ans, un ami de la victime et la dernière personne avec qui elle ait joué. Mais comment faire avouer ce suspect présumé ? En ayant recours aux services de Trent, réputé pour son savoir-faire en matière d’aveux. L’innocence de Jason et sa naïveté résisteront-ils à l’interrogatoire accusateur auquel il va être soumis ?

Aurélien Malte Jean-François Chabas Hachette Jeunesse, 2002, 124p. (Le livre de poche)

Aurélien Malte est en prison depuis treize ans. Il a trente-six ans et il lui reste un an à faire. Il écrit à Anne, visiteuse de prison, des lettres qu’il ne lui enverra pas. Aurélien raconte la violence, le mensonge, l’enfermement, mais aussi la rédemption par la culture et par l’amour qu’elle lui inspire.

Le Mal dans la peau Brigitte Peskine Hachette Jeunesse, 2001, 157 p. (Le liv de poche ; 715)

A 16 ans, Richard est placé en garde à vue pour recel de drogue. Il a selon les propos de sa mère  » le mal dans la peau « . Fabienne, son éducatrice de la Protection Judiciaire de la Jeunesse, s’interroge sur la dérive de ce jeune garçon. Est-elle une fatalité ?

Le parloir : les silences y sont souvent plus forts que les mots… Éric Sanvoisin Gründ, 2012, 128 p. (Gründ romans)

Yan est en prison, accusé d’avoir poignardé le père de Déborah, sa petite amie. Mais il s’enferme dans le silence au fil des parloirs. Que cache-t-il ? Quel secret protège-t-il ?

Emile Zola : non à l’erreur judiciaire Murielle Szac Actes Sud junior, 2011, 95 p. (Ceux qui ont dit non)

Alexandrine Zola relate le procès de son mari Emile, engagé dans la dénonciation de l’erreur judiciaire que constitue à ses yeux la condamnation d’Alfred Dreyfus pour trahison.

Un garçon si gentil Magali Wiéner Milan jeunesse, 2014, 247 p. (Macadam)

Rodrigues et Aurélie, 17 ans, sont lycéens. Le soir de la Fête de la musique, Aurélie propose à Rodrigues de faire un tour après leur concert. Tous les deux ont abusé de l’alcool. Rodrigues prend la proposition d’Aurélie pour une invitation à avoir des rapports sexuels. Deux jours plus tard, Rodrigues est placé en garde à vue pour viol. Persuadé d’être innocent, il entame une descente aux enfers.

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