Archive pour mai 2019

une scène de dispute entre un adolescent et un adulte suivie d’un monologue

L’action commence au salon : un homme et un jeune homme sont installés sur un canapé face à la télévision. Une pendule indique 19 h 45. Une grande lampe est allumée sur un guéridon.

Acte l, Scène 1 PERE, FILS

PERE – Maintenant, ça suffit, ça fait déjà trois fois que je te le demande. Ne m’oblige pas à répéter. Change de chaîne !

FILS – Mais papa, s’il te plait, c’est la finale …

PERE – (haussant encore la voix) Tu n’as pas l’air de comprendre, je t’ai dit de changer, Notre Dame a brûlé, je veux voir les infos !

FILS – Mais papa t’es sérieux, là ? y a qu’une finale de basket par an et Notre Dame, on va pas arrêter d’en parler…

PERE – (se levant) Ecoute-moi bien maintenant, (détachant ses mots) Tu as intérêt à ne pas discuter ou je te prive de basket à la télé jusqu’à la fin de la saison.

FILS –  Mais punaise j’en ai assez, c’est tout le temps comme ça, tu  décides de tout, tu m’énerves !

PERE  – (le regardant droit dans les yeux) Tu ne me parles pas comme ça ! il s’est passé quelque chose de grave à Paris, alors tu obéis sinon je te prive en plus de ton téléphone ce week-end.

FILS –  Papa, mets-toi deux secondes à ma place, c’est la finale de la NBA, et pour la première fois dans l’histoire, ils la diffusent sur C8 et tu ne me laisses même pas la voir, c’estpas juste !

PERE – Tu vas t’en remettre, tu le verras en replay ton match de basket. Assez discuté. Passe-moi la télécommande, et tout de suite !

FILS – (baissant la tête) C’est bon, tu as gagné. Tiens la voilà ! Laisse-moi maintenant.

PERE – (se rasseyant et se calant pour regarder la télé) C’est ça, calme toi un peu !

Acte I, Scène 2 LE FILS

LE FILS  (quittant le plateau à pas lents) Ça m’énerve, je peux jamais regarder mes matchs de NBA… et en plus une finale, pour une fois qu’elle était diffusée sur une chaine française, j’étais trop content de la voir, ça aussi, c’est un événement historique ! c’est vrai quoi ! Et  ma sœur, elle, qui a le droit de regarder tout ce qu’elle veut dans sa chambre et moi qui dois tout le temps rester avec les parents au  salon, c’est pas juste et pile quand il y a la finale, Notre-Dame brûle…. elle pouvait pas attendre pour brûler ? C’est pas juste ! Et le pire c’est que papa était d’accord pour me laisser voir le match. Il avait promis ! Je vais essayer de me calmer et présenter mes excuses. L’incendie de Notre-Dame peut-être qu’il en aura assez après les infos. Je me suis laissé emporter. Oui, c’est ça, je vais attendre un peu et présenter mes excuses. C’est le mieux.

***

L’action se déroule dans la cuisine. La pendule indique 18 heures.

Acte I, scène 1 (PERE, FILS)

PERE  – (marchant de long en large, avec de grands mouvements de bras) Non, mais qu’est-ce qui t’a pris ? J’avais confiance en toi ! tu réfléchis avant d’agir ?

FILS – Désolé papa. Calme-toi s’il te plaît ! Pas de quoi en faire un plat, non plus !

PERE  –  Non Quentin, explique-moi ce qui t’est passé par la tête !

FILS – J’en peux plus, voilà ! Je voulais juste un peu m’amuser …

PERE  – T’amuser ? Avec le bac le mois prochain ?

FILS – (le fixe les yeux grands ouverts et l’interrompt en criant) Je révise tout le temps et tu ne me laisses jamais rien faire, tu surveilles tout ce que je fais ! J’ai dix-huit ans quand même !

PERE  –  Calme-toi un peu et parle-moi sur un autre ton, tu veux.

FILS – Mais papa j’ai ma propre vie tu sais, il faut que tu me laisses souffler un peu au lieu de tout le temps me contrôler.

PERE  –  Oui, bien sûr, mais le plus grave c’est que tu m’aies menti. Tu as trahi ma confiance et ça, pour moi, c’est le pire.

FILS – (cachant un petit sourire en coin) Ouais, c’est vrai que je t’ai bien eu, non?

PERE  – Ne t’éloigne pas du sujet. J’aurais juste aimé que tu ne me dises simplement la vérité : que tu faisais une soirée avec des copains et j’aurais sûrement accepté que tu sortes…

FILS – (sortant tête basse) Je sais, mais des fois, j’aimerais me gérer un peu tout seul.

Acte I, scène II PERE

PERE (seul) – Je sais que je suis sévère avec lui, trop peut-être, mais la réussite est à ce prix. Avec son bac et l’ambition d’entrer à Science Po il devrait réviser et faire de fiches au lieu de s’amuser. Et ce mensonge ! Me dire qu’il allait  dormir chez UN copain pour réviser. Et moi, naïf, qui le crois et ne découvre le pot aux roses que par un pur hasard. J’ai vraiment peur qu’il ne soit pas assez sérieux et s’en morde les doigts plus tard. Ou qu’il lui arrive quelque chose. On devine ce que c’est les soirées de copains… dès qu’elle rentre, on en parle avec sa mère.

 

Dire des poèmes d’Eugène Guillevic, George Sand et Victor Hugo

Lise et Julie disent Aux Champs de Victor Hugo

Je me penche attendri sur les bois et les eaux,
Rêveur, grand-père aussi des fleurs et des oiseaux ;
J’ai la pitié sacrée et profonde des choses ;
J’empêche les enfants de maltraiter les roses ;
Je dis : N’effarez point la plante et l’animal ;
Riez sans faire peur, jouez sans faire mal.
Jeanne et Georges, fronts purs, prunelles éblouies,
Rayonnent au milieu des fleurs épanouies ;
J’erre, sans le troubler, dans tout ce paradis ;
Je les entends chanter, je songe, et je me dis
Qu’ils sont inattentifs, dans leurs charmants tapages,
Au bruit sombre que font en se tournant les pages
Du mystérieux livre où le sort est écrit,
Et qu’ils sont loin du prêtre et près de Jésus-Christ.
La vie aux champs de Victor Hugo dit par Denis Podalydès : cliquez sur l’image
Victor_Hugo_001
Portrait de Victor Hugo par Nadar (vers 1884)

Le soir, à la campagne, on sort, on se promène,
Le pauvre dans son champ, le riche en son domaine ;
Moi, je vais devant moi ; le poète en tout lieu
Se sent chez lui, sentant qu’il est partout chez Dieu.
Je vais volontiers seul. Je médite ou j’écoute.
Pourtant, si quelqu’un veut m’accompagner en route,
J’accepte. Chacun a quelque chose en l’esprit ;
Et tout homme est un livre où Dieu lui-même écrit.
Chaque fois qu’en mes mains un de ces livres tombe,
Volume où vit une âme et que scelle la tombe,
J’y lis.

Chaque soir donc, je m’en vais, j’ai congé,
Je sors. J’entre en passant chez des amis que j’ai.
On prend le frais, au fond du jardin, en famille.
Le serein mouille un peu les bancs sous la charmille ;
N’importe : je m’assieds, et je ne sais pourquoi
Tous les petits enfants viennent autour de moi.
Dès que je suis assis, les voilà tous qui viennent.
C’est qu’ils savent que j’ai leurs goûts; ils se souviennent
Que j’aime comme eux l’air, les fleurs, les papillons
Et les bêtes qu’on voit courir dans les sillons.
Ils savent que je suis un homme qui les aime,
Un être auprès duquel on peut jouer, et même
Crier, faire du bruit, parler à haute voix;
Que je riais comme eux et plus qu’eux autrefois,
Et qu’aujourd’hui, sitôt qu’à leurs ébats j’assiste,
Je leur souris encor, bien que je sois plus triste ;
Ils disent, doux amis, que je ne sais jamais
Me fâcher ; qu’on s’amuse avec moi ; que je fais
Des choses en carton, des dessins à la plume ;
Que je raconte, à l’heure où la lampe s’allume,
Oh! des contes charmants qui vous font peur la nuit ;
Et qu’enfin je suis doux, pas fier et fort instruit.

(..)

Je leur parle de tout. Mes discours en eux sèment
Ou l’idée ou le fait. Comme ils m’aiment, ils aiment
Tout ce que je leur dis. Je leur montre du doigt
Le ciel, Dieu qui s’y cache, et l’astre qu’on y voit.
Tout, jusqu’à leur regard, m’écoute. Je dis comme
Il faut penser, rêver, chercher. Dieu bénit l’homme,
Non pour avoir trouvé, mais pour avoir cherché.
Je dis : Donnez l’aumône au pauvre humble et penché ;
Recevez doucement la leçon ou le blâme.
Donner et recevoir, c’est faire vivre l’âme !
Je leur conte la vie, et que, dans nos douleurs,
Il faut que la bonté soit au fond de nos pleurs,
Et que, dans nos bonheurs, et que, dans nos délires,
Il faut que la bonté soit au fond de nos rires ;
Qu’être bon, c’est bien vivre, et que l’adversité
Peut tout chasser d’une âme, excepté la bonté ;
Et qu’ainsi les méchants, dans leur haine profonde,
Ont tort d’accuser Dieu. Grand Dieu! nul homme au monde
N’a droit, en choisissant sa route, en y marchant,
De dire que c’est toi qui l’as rendu méchant ;
Car le méchant, Seigneur, ne t’est pas nécessaire !

Lise et Julie disent Recette d’Eugène Guillevic

Prenez un toit de vieilles tuiles
Un peu avant midi.

Placez tout à côté
Un tilleul déjà grand
Remué par le vent.

Mettez au-dessus d’eux
Un ciel bleu, lavé
Par des nuages blancs.

Laissez-les faire.
Regardez-les.

Lise et Julie disent A Aurore (sa petite-fille) de George Sand

La nature est tout ce qu’on voit,
Tout ce qu’on veut, tout ce qu’on aime.
Tout ce qu’on sait, tout ce qu’on croit,
Tout ce que l’on sent en soi-même.

Elle est belle pour qui la voit,
Elle est bonne à celui qui l’aime,
Elle est juste quand on y croit
Et qu’on la respecte en soi-même.

Regarde le ciel, il te voit,
Embrasse la terre, elle t’aime.
La vérité c’est ce qu’on croit
En la nature c’est toi-même.

 

dire ensemble des poèmes de George Sand et Paul Verlaine

poème L’heure exquise de Paul Verlaine dit par Julie et Lise

La lune blanche
Luit dans les bois ;
De chaque branche
Part une voix
Sous la ramée …

Ô bien-aimée.

L’étang reflète,
Profond miroir,
La silhouette
Du saule noir
Où le vent pleure …

Rêvons, c’est l’heure.

Un vaste et tendre
Apaisement
Semble descendre
Du firmament
Que l’astre irise …

C’est l’heure exquise

La lune blanche
Luit dans les bois ;
De chaque branche
Part une voix
Sous la ramée …

Ô bien-aimée.

L’étang reflète,
Profond miroir,
La silhouette
Du saule noir
Où le vent pleure …

Rêvons, c’est l’heure.

Un vaste et tendre
Apaisement
Semble descendre
Du firmament
Que l’astre irise …

C’est l’heure exquise

chanté par Philippe Jaroussky, musique (compositeur) Reynaldo Hahn

poème A Aurore de George Sand (1804-1876), recueil Contes d’une grand-mère dit par Juliette, Julia et Celiya

La nature est tout ce qu’on voit,
Tout ce qu’on veut, tout ce qu’on aime,
Tout ce qu’on sait, tout ce qu’on croit,
Tout ce que l’on sent en soi-même.

Elle est belle pour qui la voit,
Elle est bonne à celui qui l’aime,
Elle est juste quand on y croit
Et qu’on la respecte en soi-même.

Regarde le ciel, il te voit,
Embrasse la terre, elle t’aime.
La vérité c’est ce qu’on croit
En la nature c’est toi-même.


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