Posts Tagged 'Blaise Cendrars'

Parler d’un lieu, ils l’ont fait ! Florilège

ll y a… Guillaume Apollinaire, Poèmes à Lou (posthumes).

Il y a des petits ponts épatants
Il y a mon cœur qui bat pour toi
Il y a une femme triste sur la route
Il y a un beau petit cottage dans un jardin
Il y a six soldats qui s’amusent comme des fous
Il y a mes yeux qui cherchent ton image

Il y a un petit bois charmant sur la colline
Et un vieux territorial pisse quand nous passons
Il y a un poète qui rêve au ptit Lou
Il y a une batterie dans une forêt
Il y a un berger qui paît ses moutons
Il y a ma vie qui t’appartient
Il y a mon porte-plume réservoir qui court qui court
Il y a un rideau de peupliers délicat délicat
Il y a toute ma vie passée qui est bien passée
Il y a des rues étroites à Menton où nous nous sommes aimés

Il y a une petite fille de Sospel qui fouette ses camarades
Il y a mon fouet de conducteur dans mon sac à avoine
Il y a des wagons belges sur la voie
Il y a mon amour
Il y a toute la vie
Je t’adore

Georges Perec, W ou le souvenir d’enfance, Denoël, 1975.

Moi, j’aurais aimé aider ma mère à débarrasser la table de la cuisine après le dîner. Sur la table, il y aurait eu une toile cirée à petits carreaux bleus… Puis je serais allé chercher mon cartable, j’aurais sorti mon livre, mes cahiers et mon plumier de bois, je les aurais posés sur la table et j’aurais fait mes devoirs. C’est comme ça que ça se passait dans les livres de classe.

John Fante, Demande à la poussière, (10/18, traduit par Philippe Garnier)

L’endroit qui me plaisait était une maison à pignons avec une clôture blanche qui courait tout autour, à moins de trente mètres de la plage. La cour par-derrière était un lit de sable blanc. C’était bien meublé, avec plein de rideaux de couleurs gaies, et des aquarelles aux murs. Ce qui m’emballait le plus c’était la pièce en haut. Elle donnait sur la mer. Je pourrais mettre ma machine à écrire devant la fenêtre et travailler. Ah ça oui, je pourrais en mettre un sacré coup, devant cette fenêtre. Juste regarder par la fenêtre et ça viendrait tout seul ; rien que de regarder cette pièce ça me démangeait, je voyais déjà les phrases se bousculer sur la page.

Blaise Cendrars, Feuilles de route, 1924

Iles

Iles
Iles
lles où l’on ne prendra jamais terre
Iles où l’on ne descendra jamais
Iles couvertes de végétations
Iles tapies comme des jaguars
Iles muettes
Iles immobiles
Iles inoubliables et sans nom
Je lance mes chaussures par-dessus bord car je voudrais
bien aller jusqu’à vous

Extrait de : Raymond Bozier, Fenêtres sur le monde,
Éditions Fayard, 2004.

« 1er étage d’une maison individuelle à la Pallice »

Paysage dénaturé. Il faut vivre là depuis longtemps pour se rendre à la raison de énormes cuves d’essence, érigées aux limites des habitations, longtemps soumises à la rouille avant d’être peintes de couleur beige, puis décorées de larges bandeaux arc-en-ciel, alimentées par un pipe-line venant du port, reliées en leurs sommets par des passerelles métalliques […] Abandonné à l’écart du hangar, un vieux fourgon blanc à croix rouge de la Protection civile subit l’agression des ronces et des orties.
On pourrait, à trop longtemps regarder ce monde, trouver utile de le chambouler, imaginer des géants cognant sur les cuves, la confusion du ciel et de la terre, des enfants volant dans les airs, un hangar poursuivi par un chien […] On pourrait, par la fenêtre ouverte, souhaiter disposer du pouvoir de faire jongler les êtres et les choses devant soi […] Mais c’est dimanche, et il n’y a rien à faire.

« Impresses »

les parfums des saisons
les papillons de nuit
la mauvaise haleine des villes
les relents de campagne et de pelouse fraîchement tondue
les bruissements de feuillage d’un arbre proche
la chute lente et miraculeuse de la neige
le claquement d’un volet
le martèlement de la pluie sur les carreaux
les voix des passants
le va-et-vient assommant des voitures
les lumières changeantes du jour
l’éclairage artificiel des nuits urbaines
la lune et les nuages emportés par le vent
la prolifération du vide autour du crâne
les façades
le besoin d’épier ses semblables
les reflets intérieurs des postes de télévision le soir
la lumière orange des lampadaires au sodium
le goudron des rues, les bordures en ciment des trottoirs

« Baie vitrée d’une cafétéria »

… zones commerciales, voies lactées, ô sœurs lumineuses, aplaties derrière vos talus bordés de poteaux en ciment supportant des grillages où s’entortillent des touffes d’herbe jaune et contre lesquels le vent plaque poches en plastique, pages de journaux, prospectus abandonnés. Zones traversées par des lignes à haute tension, reléguées aux abords des villes, là où les rocades s’abandonnent aux ponts routiers ralliant les quatre voies qui filent, entre les stations-service, les hôtels et les restaurants, retrouver au loin les mêmes désastreux décors. […]
Ô grands corps d’autobus, grappes humaines immobiles près des aubettes, vitrines, tourniquets, prospectus promenés par le vent, enseignes phosphorescentes clignotant dans les nuits automobiles comme des balises de détresse. Bleu, rouge, vert, jaune, éternels…
Ô douleurs commerciales des matins blêmes et froids, des ciels bleus, des après-midi de nuages étouffants, des fins de journée mornes et glaciales, des rafales de pluie s’abattant sur la noirceur des parkings, nos larmes ruisselant sur le goudron, filant s’engloutir dans les égouts des jours, des allers-retours, des remplissages de chariots, des déambulations somnambules entre les rayons surchargés, des passages devant les étals de fruits et de légumes, les bacs de surgelés, les vêtements suspendus […]
Zones commerciales, ô fric, ô porcheries d’un monde aveuglé, restes de vie, chaussures, pantalons, articles ménagers, boîtes de conserve, valises, légumes, rangées de téléviseurs, machines à laver, entassements d’objets, des objets, des objets par-dessus tout, par-dessus nos corps attirés dès le plus jeune âge, soumis au travail de spae d’invisibles termites, séparés les uns des autres, réduits à l’état de zombies pressés d’en finir, d’épuiser la liste des courses. La mort, consommation des vivants. La fin de toute pensée imaginaire. La vie enfermée dans des sacs en plastique, promenée dans des caddies, jetée dans des coffres, transbahutée, secouée, avalée, maltraitée. […]
Que tout cela, et plus encore, monte en tremblant dans les couches d’air, forme un tourbillon, et nous soyons emportés pareillement dans l’œil du cyclone, terrorisés de nous voir ainsi disparaître.

NEW YORK Léopold Sédar Senghor, « Éthiopiques » (1956), in Œuvre poétique. Éd. du Seuil, 1990

New York ! D’abord j’ai été confondu par ta beauté, ces grandes filles d’or aux jambes longues.
Si timide d’abord devant tes yeux de métal bleu, ton sourire de givre
Si timide. Et l’angoisse au fond des rues à gratte-ciel
Levant des yeux de chouette parmi l’éclipse du soleil.
Sulfureuse ta lumière et les fûts livides, dont les têtes foudroient le ciel
Les gratte-ciel qui défient les cyclones sur leurs muscles d’acier et leur peau patinée de pierres.
Mais quinze jours sur les trottoirs chauves de Manhattan
— C’est au bout de la troisième semaine que vous saisit la fièvre en un bond de jaguar
Quinze jours sans un puits ni pâturage, tous les oiseaux de l’air
Tombant soudain et morts sous les hautes cendres des terrasses.
Pas un rire d’enfant en fleur, sa main dans ma main fraîche
Pas un sein maternel, des jambes de nylon.
Des jambes et des seins sans sueur ni odeur.
Pas un mot tendre en l’absence de lèvres, rien que des cœurs artificiels payés en monnaie forte
Et pas un livre où lire la sagesse.
La palette du peintre fleurit des cristaux de corail.
Nuits d’insomnie ô nuits de Manhattan !
Si agitée de feux follets, tandis que les klaxons hurlent les heures vides
[…]

Fernando Pessoa, Le livre de l’intranquillité, (Christian Bourgois, traduction de Françoise Laye)

Je vivrai paisiblement dans une petite maison située aux environs d’un endroit quelconque, jouissant d’un repos où je ne réaliserai pas l’œuvre que je ne réalise pas non plus aujourd’hui, et je me chercherai, pour continuer à ne pas la réaliser, des excuses différentes de celles grâce auxquelles je me dérobe aujourd’hui.

Alvaro de Campos ( alias Fernando Pessoa)
je porte dans mon cœur
comme dans un coffre impossible à fermer tant il est plein,

tous les lieux que j’ai hantés,

tous les ports où j’ai abordé,
tous les paysages que j’ai vus par des fenêtres ou des hublots,

ou des dunettes, en rêvant,

et tout cela, qui n’est pas peu, est infime au regard de mon désir.

Jonathan Swift, « Voyage à Laputa », in Les Voyages de Gulliver, 1726

Cette île était plus éloignée que je n’avais pensé. Il me fallut près de cinq heures pour l’atteindre. Je dus la contourner presque en entier avant de rencontrer un mouillage : c’était une petite crique, trois fois large à peu près comme mon canot. L’île était tout en roche vive, mais quelques touffes d’herbe s’y mêlaient aux plantes aromatiques. Je débarquai mes maigres provisions ; puis, après m’être restauré, je mis le reste à l’abri dans un des nombreux trous du rocher. Je trouvai beaucoup d’oeufs sur la falaise et fis aussi un gros tas d’algues et d’herbes sèches, que je comptais allumer le jour suivant pour rôtir mes oeufs le mieux possible (car j’avais sur moi mon briquet et sa pierre, de l’étoupe et un verre grossissant). Je passai la nuit dans la grotte où j’avais mis mes provisions, couché sur ces mêmes bottes d’herbes et de goémon que je gardais comme combustible. Je dormis fort mal ; car mes soucis étaient plus forts que ma fatigue et me tinrent éveillé. Je voyais combien mon sort était désespéré sur cet îlot misérable et à quelle triste fin j’étais condamné. Mon apathie et mon abattement étaient tels que je n’avais pas le coeur de me lever, et quand je me décidai enfin à ramper hors de ma grotte, il faisait déjà grand jour. Je fis quelques pas sur les rochers. Le ciel était parfaitement clair et le soleil donnait si fort que je ne pouvais regarder dans sa direction. Or, il perdit brusquement son éclat, mais non pas, notai-je, comme s’il se couvrait de nuages ; je me retournai et vis qu’une grande masse opaque passait entre moi et le soleil, s’avançant en direction de l’île : elle pouvait bien être à deux milles de hauteurs et cacha le soleil pendant cinq à six minutes. Je ne trouvai pourtant ni l’air bien plus frais ni la lumière beaucoup moins vive que si je me trouvais à l’ombre d’une montagne. Quand cette chose inconnue fut suffisamment près, je vis qu’il s’agissait d’un corps solide dont la face inférieure était plate et lisse au point que la mer, en s’y réverbérant, lui donnait un vif éclat. J’étais sur une hauteur qui dominait la plage de peut-être deux cents yards, et vis cette masse énorme descendre jusqu’à se trouver à peu près à mon niveau ; je n’en étais pas alors à plus d’un demi-mille, et, à la lorgnette, je voyais nettement des gens qui, en grand nombre, montaient et descendaient, au long de ses flancs en pente. Mais ce qu’ils étaient en train de faire, je ne pouvais les distinguer.
L’instinct de vivre me poussait sans doute à la joie : j’étais déjà prêt à reprendre espoir. Cette aventure, n’allait-elle pas, d’une manière ou d’une autre, me permettre d’échapper à ce lieu désolé, à cette situation sans issue ? Mais, en même temps, je ne saurais dire au lecteur à quel point j’étais abasourdi de voir flotter en l’air une île peuplée d’hommes, capables apparemment de la faire, à leur gré, monter, descendre ou circuler. Je n’étais guère, pourtant, en disposition de philosopher sur ce phénomène, et je m’occupais bien plus de savoir dans quelle direction allait repartir l’île, car elle semblait pour l’instant s’être immobilisée. Elle ne tarda pas cependant à s’avancer de mon côté, et je vis alors que ces flancs étaient parcourus de galeries parallèles et unies ensemble par un certain nombre d’escaliers. Sur la galerie inférieure il y avait des gens qui pêchaient avec de très longues lignes, et d’autres qui regardaient. Je fis des signaux à l’île avec mon mouchoir, et mon bonnet de marin. (Mon chapeau d’officier était depuis longtemps au rebut). Et comme elle approchait encore, j’appelai et criai du plus fort que je le pouvais. Regardant alors attentivement, je vis qu’un attroupement se formait du côté qui me faisait face. On se faisait des signes, on me montrait du doigt, et je compris que j’étais repéré, quoique personne ne répondît à mes appels. Quatre ou cinq hommes pourtant s’élancèrent en courant vers le haut de l’île. Je les vis remonter les escaliers à toute allure, puis je les perdis de vue : j’avais quelques raisons de penser qu’on les envoyait aux ordres auprès de l’autorité compétente.

Les Emigrants, W.G. Sebald (traduction Patrick Charbonneau, édition Babel)

« Impossible également de pénétrer dans le Grand Hôtel des Roches Noires, monstrueux palais de briques où, au tournant du siècle, multimillionnaires américains, grands aristocrates anglais, empereurs français de la Bourse et gros industriels allemands avaient l’insigne honneur d’échanger des civilités. Les Roches Noires ont cessé toute activité, autant que j’aie pu le savoir, aux alentours des années cinquante et soixante, et ont été transformées en appartements dont, à vrai dire, seuls ceux qui donnaient sur la mer sont partis sans trop de difficultés. Aujourd’hui, ce qui a été autrefois l’hôtel le plus luxueux de la côte normande n’est rien qu’une monumentale monstruosité déjà à moitié enfouie dans le sable. La plupart des appartements sont depuis longtemps désertés et leurs propriétaires ne sont plus de ce monde. Seules quelques vieilles dames indestructibles reviennent été après été hanter la gigantesque bâtisse. »

William H. Gass, Le Tunnel, traduction Claro, Le Cherche Midi

Hier soir, les paupières closes sur moi-même, je me suis mis à voir comme si j’étais une fenêtre ouverte. Livré aux vents. Je ne reposais pas dans une paisible obscurité, cette obscurité à laquelle j’aspirais, cette paix dont j’avais besoin. Ma tête résonnait de mille feux, plus désolée cependant qu’un jardin en hiver : les pensées vaguaient et volaient en tous sens tels des papiers gras puis disparaissaient. Il y avait des avenues foulées par des pas invisibles, des bruissements sans feuilles ni arbres, des aboiements détachés de leurs chiens.

William H. Gass, Au cœur du cœur de ce pays, Rivages poche, traduction de Marc Chénetier et Pierre Gault

« Ma fenêtre est un tombeau, et tout ce qui s’étend dans son champ est mort. Il ne tombe pas de neige. Il n’y a pas de brume. Ni calme. Ni silence. Les images qu’elle contient ne sont pas une bête à l’affût, car le mouvement n’a jamais rien prouvé. J’ai vu la mer étale, la vie bouillonner dans un corps sans laisser la moindre trace, ses bulles hermétiques la traverser comme un verre de soda. Talons qui claquent, Rimmel qui coule: et, au bout du rouleau, la pute au cul de houle. Les feuilles se contorsionnent. L’herbe ondule. Un oiseau pépie, picore. Une roue d’auto qui dessine des cercles n’en dessine pas moins ses rayons immobiles. Ces images sont des pierres; ce sont des monuments. Sous cette mer, c’est de l’océan qui gît: qu’il repose en paix, que Dieu le garde… et Dieu garde le monde par-delà ma fenêtre, moi devant mon reflet, penché sur cette page, mon ombre. »

pour les plus curieux,
compléter par Le Dictionnaire des lieux sebaldiens ou Les séries

visionner Les lieux d’une fugue de Georges Perec

en hommage à Blaise Cendrars, La prose du TGV

 

mai67des fragments d’inventaires glanés dans les carnets de voyage et c’est  La prose du TGV, cliquer sur l’image et en voiture pour 4 minutes de souvenirs.

PAC : Paris, une ville au fil du temps, carnets de voyage (quelques extraits)

mai71l’équipe enseignante,

mai78des rêves avant le départ,

mai73ah ! les valises…

mai129de l’aide, heureusement !

mai68un jeu de piste passionnant à Orsay,

mai131mai75mai138un spectacle inoubliable Arlequin, valet de deux maîtres à La Comédie Italienne,

mai140 mai136mai140des chambres partagées,

mai132mai134un voyage en train et surtout ces mots pour conclure

mai137

et un long texte « soufflé » par la lecture de La prose du Transsibérien de Blaise Cendrars à partir de tous les inventaires, lus d’un carnet à l’autre

La prose du TGV,

en forme  d’hommage pastiche à Blaise Cendrars La prose du Transsibérien

(cliquer ici pour entendre la lecture de ce poème par un élève accompagné à l’accordéon)

mai70 

En ce temps-là j’étais en mon adolescence

J’avais à peine seize treize ans et je ne me souvenais déjà plus de mon enfance

Et j’étais déjà si mauvais poète

Que je ne savais pas aller jusqu’au bout.

 mai69

« La Sncf vous souhaite la bienvenue »

Des arbres et encore des arbres,

Des trains croisés,

Neuf vaches dont une seulement est toute noire,

Des arbres dénudés,

Des rails et toujours des rails,

Des fils électriques,

Une station Total,

Des paysages enneigés,

Une maison isolée des autres, du feu sort de la cheminée,

Des tags colorés,

Des gares, Pau, Dax, Facture, Bordeaux, Tours, Poitiers,

Des enfants courent,

Un bateau sur la Gironde,

Un pont,

L’église d’un village,

Des gens pressés écouteurs sur les oreilles,

Bonnets, écharpes, anoraks, manteaux,

Le froid,

Des valises, des sacs à roulettes,

Course,

Des chariots,

Une petite fille pleure,

Un homme change la roue de sa voiture,

Une maison délabrée,

Une grue jaune,

Un vol d’oiseaux dans les nuages

Paris Montparnasse, le métro,

La foule,  tout le monde court, les tourniquets, les valises qui coincent,

Les escaliers, les escalators, la queue au guichet, les portes coulissantes

 mai66

Le métro Saint Paul,

La rue Charlemagne,

L’auberge du Fauconnier,

Des chambres agréables, des lits superposés, d’autres sur plusieurs niveaux, des couvertures empilées, des valises en désordre,  des chips par terre, des lettres à poster, des jeux, des trousses de toilettes ouvertes, des lits défaits, des trousses, des gourdes, les carnets de voyage,

mai76

Un petit déjeuner copieux,

Nous, morts de faim,

Du chocolat et du pain frais à volonté, des chocolatines, des croissants, du jus d’orange,

Les courses dans le vieil  escalier de bois,

La carte magnétique pour entrer dans les chambres,

Le veilleur de nuit,

 mai72

Les quais, les bouquinistes, Le Bateau-bus, La Seine, le vent comme un soupir,  les péniches amarrés,  les ponts majestueux, le pont des Soupirs, faire un vœu, « j’ai ma petite idée », Paris au fil de l’eau, Notre-Dame, la Conciergerie, Le Louvre, la Tour Eiffel, au pied de la tour Eiffel, une Ferrari rouge,  le musée d’Orsay, l’anniversaire de Théau,  des touristes l’appareil photo en bandoulière,  le bruit du moteur, enfin un peu de chaleur, sur le quai un homme se fait arrêter par un policier, des joueurs de foot chantent à pleins poumons, d’autres reviennent du  salon de l’Agriculture

 mai77

L’esplanade de Beaubourg, des photos souvenirs du groupe, la place des Vosges, les arbres taillés avec soin, symétrie, géométrie, harmonie, la couleur particulière des façades, l’aire de jeu, le musée Victor Hugo, la vue sur la place depuis les fenêtres, des photos, des témoignages, des manuscrits

 mai65

Orsay, un jeu de piste passionnant, la grande horloge, une architecture étonnante, La nuit étoilée de Van Gogh, la quête des Fleurs  blanches avec sécateur de Manet, des tableaux de Monet, Renoir et de tant d’autres, des sculptures, la caissière qui nous appelle ses chéris

 mai67

Le Louvre, la nuit, Paris s’endormait, la ville s’illuminait, les vendeurs à la sauvette, les pyramides éclairées, les bassins d’eau, des reflets, le froid,  la place presque déserte, les sculptures, la Vénus de Milo, les fondations, des souvenirs à revendre

 mai127

La Sainte Chapelle,  des vitraux qui racontent des histoires, une rosace, une cascade de couleurs, une architecture subtile,

mai81

La Comédie Italienne, des décors surprenants, de très beaux déguisements, un Arlequin taquin, des rires par dizaines,  des étoiles dans les yeux à force de joie

 mai82

… et des parties de loup garou, de keum, de président, de poker, si !!! des tonnes de bonbons, malabars, carambars, fraises tagada, orangina, scoubidou, schtroumph, et bien d’autres encore, et surtout, surtout, des secrets et des rires partagés pour ces quatre jours sans se quitter !

La Prose du Transsibérien Blaise Cendrars

 Dédiée aux musiciens

En ce temps-là j’étais en mon adolescence
J’avais à peine seize ans et je ne me souvenais déjà plus de mon enfance
J’étais à 16.000 lieues du lieu de ma naissance
J’étais à Moscou, dans la ville des mille et trois clochers et des sept gares
Et je n’avais pas assez des sept gares et des mille et trois tours
Car mon adolescence était alors si ardente et si folle
Que mon cœur, tour à tour, brûlait comme le temple d’Éphèse ou comme la Place Rouge de Moscou
Quand le soleil se couche.
Et mes yeux éclairaient des voies anciennes.
Et j’étais déjà si mauvais poète
Que je ne savais pas aller jusqu’au bout.

Le Kremlin était comme un immense gâteau tartare
Croustillé d’or,
Avec les grandes amandes des cathédrales toutes blanches
Et l’or mielleux des cloches…
Un vieux moine me lisait la légende de Novgorod
J’avais soif
Et je déchiffrais des caractères cunéiformes
Puis, tout à coup, les pigeons du Saint-Esprit s’envolaient sur la place
Et mes mains s’envolaient aussi, avec des bruissements d’albatros
Et ceci, c’était les dernières réminiscences du dernier jour
Du tout dernier voyage
Et de la mer.

Pourtant, j’étais fort mauvais poète.
Je ne savais pas aller jusqu’au bout.
J’avais faim
Et tous les jours et toutes les femmes dans les cafés et tous les verres
J’aurais voulu les boire et les casser
Et toutes les vitrines et toutes les rues
Et toutes les maisons et toutes les vies
Et toutes les roues des fiacres qui tournaient en tourbillon sur les mauvais pavés
J’aurais voulu les plonger dans une fournaise de glaives
Et j’aurais voulu broyer tous les os
Et arracher toutes les langues
Et liquéfier tous ces grands corps étranges et nus sous les vêtements qui m’affolent…
Je pressentais la venue du grand Christ rouge de la révolution russe…
Et le soleil était une mauvaise plaie
Qui s’ouvrait comme un brasier.

Trajets

Tous les mots sont adultes François Bon (p 71)

Premier cercle: les trajets, la ville

D’autres propositions pour ville-écriture


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Proposition: un narrateur en translation, voiture, vélo, bus, train, sur un itinéraire du quotidien, répétitif même s’il est bref. Un narrateur encore une fois pris dans une suite de points fixes ou d’instants immobiles, mais ces points ou ces instants insérés dans sa translation. Exercice où le narrateur est présent dans son propre texte, maintenant peut s’écrire lui-même dans son texte, mais n’y est que récepteur de la sensation ou de l’image.

Parler de ce qu’il y a entre chez soi, une fois qu’on a refermé la porte, et le lycée une fois qu’on en a franchi le portail. Pas forcément au présent, même si on demande que l’écriture s’en tienne au présent de l’indicatif: suggérer qu’on peut retrouver mentalement avec précision le même chemin pour ses souvenirs d’école maternelle, et que la place qu’y occupait une maison aux volets clos, un chien qui aboyait trop fort, a grandi avec nous. Ou bien là où on allait le dimanche, ou qu’on partait en vacances: c’est la forme qui compte, la capacité à jouer de diapositives fixes et isolées, à séparer et couper, à animer le texte par cette suite d’éléments chacun levés comme une surface fixe.

Suggérer que ce travail puisse s’établir aussi sur un endroit où on va en courant, un endroit qu’on est pressé de rejoindre, et c’est cette hâte qui produit la superposition des images, où on est celui qui capte, et ce qui s’écrit c’est la suite discontinue de ce qu’on capte. La force des textes qu’on peut tirer de cette proposition, c’est de l’arbitraire du quotidien, présent ou passé, qu’elle va l’extraire: ce n’est pas un trajet choisi, mais un trajet imposé, un trajet utile.


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