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transformer un dialogue de cinéma pour le théâtre, pour le récit

L’Esquive d’Abdellatif Kechiche extrait :

– On avait dit soixante-dix.

– Non, cinquante.

– On a déjà discuté assez longtemps. Je veux soixante-dix.

– J’ai que cinquante. Donne-moi dix. Tu prends soixante ? Elle est belle. Merci.

– Oui, tu peux être contente

pour le théâtre

La scène se déroule dans un atelier de couture. Trois ouvrières penchées sur leur machine.

Scène 1 LE TAILLEUR, LIDIA, KRIMO

LE TAILLEUR – (les mains sur les hanches) On avait dit soixante-dix.

LIDIA – Non, cinquante.

LE TAILLEUR – On a déjà discuté assez longtemps. (tendant la main) Je veux soixante-dix.

LIDIA – J’ai que cinquante. (se tournant vers Krimo) Donne-moi dix. (Krimo obéit) Tu prends soixante ? (le tailleur acquiesce d’un signe de tête). Elle est belle.(tournant dans sa robe)  Merci.

LE TAILLEUR  – (dans un soupir) Oui, tu peux être contente !

Krimo et Lidia quittent le plateau suivis des yeux par le tailleur et les ouvrières.

Ce même dialogue inséré dans un récit (page de roman).

Substituts nominaux : la robe de princesse, son œuvre, son travail, costume de scène, un nouvel achat, sa création

Le tailleur, le responsable de l’atelier, le vieil homme

Lydia, la jeune fille, l’adolescente, sa camarade de classe, la détentrice de la robe

Krimo, le jeune garçon, l’adolescent, notre pauvre Krimo

Le texte

Krimo descendait les escaliers quand il fut interpellé par des éclats de voix s’échappant de chez le tailleur. Par la porte entrouverte, il aperçut Lydia, sa camarade de lycée, éblouissante dans une robe de princesse. Elle marchandait âprement son nouvel achat.

– On avait dit soixante-dix, rappela le tailleur qui se souvenait parfaitement de la discussion précédente.

– Non, cinquante, protesta avec autorité la jeune fille.

Il lui fallait coûte que coûte cette robe pour jouer Lisette dans Le Jeu de L’Amour et du Hasard.

-On a déjà discuté assez longtemps. Je veux soixante-dix, reprit l’homme, bien décidé à ne pas se laisser attendrir.

– J’ai que cinquante, soupira-t-elle.

Heureusement, du coin de l’œil, elle venait d’apercevoir Krimo. Elle pivota vers lui et lança, impérieuse :

– Donne-moi dix.

Le jeune garçon, comme à regret, chercha dans ses poches, sortit un billet et le lui tendit.

-Tu prends soixante ? risqua-t-elle avec un sourire désarmant.

Il acquiesça d’un signe de tête et prit l’argent, d’un air vaincu.

– Elle est belle. Merci ! lui lança-t-elle, radieuse.

         – Oui, tu peux être contente ! assura le vieil homme, fier de sa création.

         Les femmes de l’atelier regardaient Lydia tourner dans sa robe pendant qu’elles travaillaient, penchées sur leurs machines à coudre. Elle ne tarda pas à quitter les lieux avec Krimo, ébloui par sa beauté.

écrire pour le théâtre, deux scènes : une confrontation entre un adulte et un adolescent suivie d’un monologue

L’action commence dans la chambre d’une jeune fille : lit une place, housse de couette à dominante rose, posters. La mère est debout, la fille assise sur son lit.

Acte I, scène 1 (ALICE, CAROLINE)

ALICE – (en criant) Mais, maman, puisque je te dis que je n’ai rien fait de mal !

CAROLINE – Rien fait de mal ? Tu en as de bonnes. Je n’appelle pas ça «rien faire de mal » !

ALICE – (en hurlant encore plus fort) Mais tu ne sais même pas pourquoi j’ai fait ça !

CAROLINE – Peu importe et je ne veux pas le savoir !

ALICE – Mais c’est la première fois que je suis exclue de cours !

CAROLINE – Et ça a intérêt d’être la dernière !

ALICE – Mais c’était juste pour défendre Lila !

CAROLINE – Donc maintenant pour défendre quelqu’un, on est obligé de crier des insultes à travers la classe ?

ALICE – Mais ce n’était pas juste quelqu’un ! Lila est ma meilleure amie !

CAROLINE – Bon ça suffit ! Arrête de te trouver des excuses !

ALICE – Mais ce ne sont pas des excuses ! Ce n’est que la vérité !

CAROLINE – ça ne m’intéresse pas ! Donne-moi ton carnet de correspondance qu’on en finisse !

ALICE – (sortant son carnet) Tu dois signer là.

CAROLINE – (sort son stylo) Maintenant, reste ici et n’en sors pas ! Je ne veux plus te voir jusqu’à ce soir !

Acte I, scène 2 (ALICE)

ALICE – (se jetant sur son lit en pleurant) Pourquoi elle ne m’écoute jamais ? Pourquoi elle ne me comprend jamais ? J’en ai marre d’elle ! Elle ne sait même pas ce qu’il s’est vraiment passé ! Elle ne sait même pas pourquoi j’ai fait ça ! Elle ne sait même pas qu’on n’arrêtait pas d’envoyer des papiers à Lila, des papiers où on la traitait de bouffonne, de sans amis, des papiers même où on lui disait même qu’elle devrait mettre fin à ses jours ! Je n’allais pas rester les bras croisés à la regarder subir. Au moins, ça va remuer les adultes du collège. A croire qu’ils ne voient rien ceux-là ! (reniflant et prenant un mouchoir en papier dans la boîte sur la table de chevet et se mouchant bruyamment). Non, j’ai bien fait, et je n’ai rien à me reprocher.


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