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Le livre blanc pénitentiaire : une chronique de Jacques Munier pour France Culture

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Aujourd’hui, la commission mise en place par le ministre de la justice présente son Livre blanc sur l’immobilier pénitentiaire.

Cette commission, présidée par Jean-René Lecerf, président Les Républicains (LR) du conseil départemental du Nord, a fait des propositions pour que les nouvelles prisons ne connaissent pas les tares du système carcéral actuel. Le Monde a pu en prendre connaissance : il s’agit « de réguler les flux d’incarcération afin de respecter strictement les capacités d’accueil des nouveaux établissements et d’accompagner la résorption de la surpopulation dans les établissements existants ». Pas exactement un numerus clausus, mais l’instauration d’une pratique de « concertation avec les magistrats afin de lier l’augmentation de la capacité à une décrue de la densité. Car ce Livre blanc part du constat que « les précédents programmes immobiliers ont échoué à endiguer la surpopulation carcérale ». L’éditorial du quotidien rappelle d’ailleurs que la semaine dernière, la directrice de la maison d’arrêt de Villepinte, en Seine-Saint-Denis, a pris les devants et « a prévenu les magistrats : inutile de lui envoyer des détenus, son établissement, saturé, est dans l’impossibilité physique d’en prendre un seul de plus ». En décembre, la contrôleure générale des lieux de privation de liberté, Adeline Hazan, « dénonçait le traitement proprement  » inhumain  » des détenus à la maison d’arrêt de Fresnes (taux d’occupation de 193 %). Climat d’extrême violence, discipline brutale, tension permanente. Et prolifération des rats :  » L’odeur persistante de leur pelage, de leurs excréments et de leurs cadavres s’ajoute à celle des amas d’ordures qui jonchent les pieds des bâtiments.  » Laissons la morale de côté – ajoute l’éditorialiste. Considérons les résultats. Ils sont nuls. L’impact de cette politique d’incarcération sans cesse en augmentation est marginal sur le taux de criminalité. Il est inexistant sur la récidive. » Spécialiste des questions pénitentiaires, Jean-René Lecerf avait cité une formule prêtée à Albert Camus lors de la mise en place, en janvier de la commission du Livre blanc sur l’immobilier pénitentiaire : « une société se juge à l’état de ses prisons ». S’il est vrai qu’il faut construire de nouvelles prisons pour éviter l’engorgement, cela ne peut tenir lieu de politique pénale, car on sait que plus on en construit, plus on les remplit.

Faut-il instaurer un numerus clausus dans les prisons ? La question est controversée

Elle fait l’objet de la page Débats de La Croix. Laurence Blisson, Secrétaire générale du Syndicat de la magistrature, estime qu’il faudrait « moduler les entrées et les sorties de prison » dans le but de « juguler la surpopulation carcérale et respecter, enfin, le principe de l’encellulement individuel ». En différant l’incarcération des condamnés ne présentant pas de profil dangereux, ou en prononçant un aménagement de peine en leur faveur. Et en permettant une libération conditionnelle anticipée aux détenus en fin de peine afin de libérer des places pour les condamnés pour des faits graves. Les juges disposent d’un large éventail de peines de substitution à la prison. Ils n’y ont pas assez recours, « faute de moyens suffisants pour suivre ce public en milieu ouvert ». La mise en place d’un numerus clausus les y inciterait davantage. La magistrate rappelle que la surpopulation « empêche tout travail de fond en direction des détenus et concourt, à sa façon, à la récidive. Incarcérer à tous crins, en faisant fi des conditions de détention, est totalement irresponsable », conclut-elle. Pour Jean-François Forget Secrétaire général du syndicat des personnels pénitentiaires Ufap-Unsa Justice, personnels qui sont en première ligne face au problème de la surpopulation carcérale, le numerus clausus est « une fausse bonne idée », qui reviendrait à « travestir une décision de justice ». Là encore, la question lancinante des moyens s’impose : « la prison a un rôle actif à jouer pour endiguer la récidive – estime à juste titre le syndicaliste. Il faut repenser son rôle, en finir avec l’oisiveté des détenus, les faire tous travailler, les obliger à suivre une formation, faire du temps carcéral un temps vraiment utile » affirme-t-il. Mais quand on sait les listes d’attentes interminables pour la moindre activité, on doute de l’efficacité de la solution. « Observons nos voisins – ajoute Jean-François Forget. Plusieurs pays européens sont confrontés au même problème. Regardez, par exemple, ce qui se fait en Belgique : faute de places, les autorités belges louent des cellules aux prisons néerlandaises qui, elles, se vident… » CQFD

Des prisons néerlandaises désormais aussi aménagées en centres d’accueil des réfugiés

C’est ce que montre l’étonnant article de Philosophie Magazine, « Fermer les prisons pour mieux les rouvrir » de Cédric Enjalbert. Privilégiant les peines alternatives pour les délits les moins graves – qui sont la majorité, la pragmatique justice néerlandaise a fait chuter le nombre des détenus. Et mis les cellules vacantes réaménagées à la disposition des demandeurs d’asile… En France, la prison n’est pas seulement un moyen de dissuader le crime ou d’éloigner les individus dangereux. Comme l’affirme l’éditorial du Monde elle est « l’instrument d’une vengeance de la société. Elle doit faire mal. Par faiblesse, les politiques y consentent. »

Par Jacques Munier

 

autour du thème de la justice : lectures

Ricochet : les livres par thèmes La justice

Condamnés au XVIIIème siècle d’Arlette Farge

L’avis de Ricochet

Sous l’Ancien Régime, la justice s’exerce différemment selon son statut social, selon l’endroit où l’on se trouve en France, etc. Une unité cependant : l’idée que le pouvoir absolu du roi est mis en cause dans tout délit, et donc que la peine devra être spectaculaire. Notons que l’accusé n’a pas le droit de se défendre à son procès… Il n’y a pas de prisons, mais des châtiments en place publique, et l’envoi aux galères. Etre jugé fait peur, fait honte aussi. Tout cela donnera matière à réflexion aux penseurs de Lumières. Voltaire, en faisant grand bruit autour d’un cas particulier, contribuera à la mise en place, après la Révolution, d’une justice unifiée et centrée sur la réhabilitation du condamné.
Arlette Farge, historienne spécialiste du XVIIIème siècle, s’exprime de façon simple, logique, limpide : un vrai bonheur qui fait oublier l’austérité de la mise en page. En grands chapitres et petits points, elle dresse – curieusement à rebours du déroulement chronologique : les peines avant les procès – une situation qui paraît aujourd’hui ubuesque. Illustrant son propos d’extraits des Archives de la Police, du Tableau de Paris de Louis-Sébastien Mercier, elle donne aussi à voir la vie quotidienne de l’époque. La comparaison avec notre XXIème siècle est inévitable, et, si force est de constater les immenses progrès tant philosophiques que logistiques accomplis, Arlette Farge ne se prive pas, en conclusion, de rappeler que la France n’a aboli la peine de mort qu’en 1981… et que la justice demeure une notion fluctuante. Documentaire à la croisée de l’histoire et de la sociologie, Condamnés… est à sa façon un véritable acte de citoyenneté.
Sophie Pilaire

Poussière rouge de Gillian Slovo

L’avis de Ricochet

Après l’apartheid et la violence en Afrique du Sud, arrive le moment des règlements de comptes. Ben Hoffman, un vieil avocat blanc fait appel à une de ses anciennes élèves, Sarah Barcant, partie vivre aux Etats-Unis où elle exerce le métier de procureur, pour défendre Alex Mpondo, un noir et ancien « terroriste » devenu député. Son ancien bourreau, le policier Dirk Hendricks, a demandé à passer devant la Commission Vérité et Réconciliation afin de bénéficier d’une amnistie et d’échapper ainsi à de lourdes condamnations. Cette Commission est le résultat de longues négociations entre l’ANC de Nelson Mendela et le parti national de De Klerk. Son but : permettre au pays et à ses habitants de repartir sur de nouvelles bases, en essayant de faire table rase du passé. Un objectif bien difficile à atteindre… Alex Mpondo se retrouve face à son bourreau. Leurs relations complexes ne facilitent pas le bon déroulement de la procédure qui a plusieurs buts ; entre autres celui d’apporter un éclairage sur la disparition de Steve Sizela. Ses parents veulent savoir ce qui est arrivé à leur fils, retrouver si possible son corps afin de pouvoir l’enterrer dignement. La juriste new-yorkaise Sarah Barcant se retrouve plongée dans la poussière et l’atmosphère étouffante de Smitsrivier, sa ville natale qu’elle avait fuie pour vivre plus librement. Les différents personnages de ce roman magnifique sont obligés de regarder derrière eux pour avancer sur le chemin de la réconciliation. Les victimes veulent qu’on les « laisse en paix » et les bourreaux (certains en tout cas) se déclarent « désolés ». L’ancien policier Dirk Hendricks n’a rien perdu de son habileté à manipuler les esprits, même s’il semble abattu devant la Commission. Où est la vérité ? Comment libérer la parole ? Et comment trouver la paix ? La solitude, la douleur comme le poids du passé ou encore la disgrâce peuvent emprisonner celui qui vit à l’air libre. L’auteur, qui est la fille de l’avocat puis ministre de Nelson Mendela, réussit à rendre compte de la complexité des sentiments et des situations traumatisantes vécues par les uns et les autres. Publié chez Christian Bourgois en 2001, ce roman s’intègre aujourd’hui parfaitement dans la collection Scripto pour adolescents des éditions Gallimard. Riche en émotions et en sujets de réflexion, Poussière rouge est aussi passionnant qu’un roman policier dont il possède certaines caractéristiques.
Pascale Pineau

Peine maximale Anne Vantal

Montrer la justice en acte, c’était un peu l’apanage du cinéma américain ; Anne Vantal s’approprie le genre pour en faire un roman de 300 pages tout à fait original. Son propos tourne autour d’un procès aux Assises de Paris, une affaire d’enlèvement de bébé par un jeune homme désespéré. L’auteur a choisi de glisser un narrateur omniscient dans les pensées de quasiment toutes les personnes présentes au jugement : président, avocats des deux parties, membres du jury… Seul l’accusé principal nous restera opaque. Les voix s’alternent en des chapitres de deux ou trois pages, pour un effet d’attente particulièrement intense. Chacun commente l’avancée du procès – qui se fait donc littéralement sous nos yeux -, livre son opinion du moment. Les protagonistes parlent d’eux aussi, et ces petites digressions psychologiques donnent de la chair à une histoire somme toute très froide, objective. Au passage, le lecteur révise ou découvre les rouages complexes de la justice française. La fin apporte le jugement sans demi-teinte, et s’ouvre sur l’avenir supposé de chacun. Pour rester dans un ton volontairement clinique et certainement inviter à la réflexion, pas un mot ne sera dit sur la réinsertion du coupable, ni sur le dépassement de son traumatisme par la victime. Un roman purement factuel, sans un mot ni une émotion de trop, qui réussit la gageure de complètement captiver son lecteur.
Sophie Pilaire
sur Docs pour Docs pour compléter cette bibliographie « Ma classe au tribunal » Justice 4ème

en particulier

A la brocante du coeur Robert Cormier Ecole des loisirs, 2003, (Médium)

Le lieutenant de police Georges Braxton chargé de l’enquête sur le meurtre d’Alicia, fillette de 7 ans, a une intuition. Le suspect serait Jason, 12 ans, un ami de la victime et la dernière personne avec qui elle ait joué. Mais comment faire avouer ce suspect présumé ? En ayant recours aux services de Trent, réputé pour son savoir-faire en matière d’aveux. L’innocence de Jason et sa naïveté résisteront-ils à l’interrogatoire accusateur auquel il va être soumis ?

Aurélien Malte Jean-François Chabas Hachette Jeunesse, 2002, 124p. (Le livre de poche)

Aurélien Malte est en prison depuis treize ans. Il a trente-six ans et il lui reste un an à faire. Il écrit à Anne, visiteuse de prison, des lettres qu’il ne lui enverra pas. Aurélien raconte la violence, le mensonge, l’enfermement, mais aussi la rédemption par la culture et par l’amour qu’elle lui inspire.

Le Mal dans la peau Brigitte Peskine Hachette Jeunesse, 2001, 157 p. (Le liv de poche ; 715)

A 16 ans, Richard est placé en garde à vue pour recel de drogue. Il a selon les propos de sa mère  » le mal dans la peau « . Fabienne, son éducatrice de la Protection Judiciaire de la Jeunesse, s’interroge sur la dérive de ce jeune garçon. Est-elle une fatalité ?

Le parloir : les silences y sont souvent plus forts que les mots… Éric Sanvoisin Gründ, 2012, 128 p. (Gründ romans)

Yan est en prison, accusé d’avoir poignardé le père de Déborah, sa petite amie. Mais il s’enferme dans le silence au fil des parloirs. Que cache-t-il ? Quel secret protège-t-il ?

Emile Zola : non à l’erreur judiciaire Murielle Szac Actes Sud junior, 2011, 95 p. (Ceux qui ont dit non)

Alexandrine Zola relate le procès de son mari Emile, engagé dans la dénonciation de l’erreur judiciaire que constitue à ses yeux la condamnation d’Alfred Dreyfus pour trahison.

Un garçon si gentil Magali Wiéner Milan jeunesse, 2014, 247 p. (Macadam)

Rodrigues et Aurélie, 17 ans, sont lycéens. Le soir de la Fête de la musique, Aurélie propose à Rodrigues de faire un tour après leur concert. Tous les deux ont abusé de l’alcool. Rodrigues prend la proposition d’Aurélie pour une invitation à avoir des rapports sexuels. Deux jours plus tard, Rodrigues est placé en garde à vue pour viol. Persuadé d’être innocent, il entame une descente aux enfers.

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