Posts Tagged 'lettre'

Madame de Sévigné

Sévigné

cliquer sur l’image pour documentaire, Un livre, un jour consacré à Madame Sévigné (document I.N.A.)

C’est dans le château de Grignan (Drôme) qu’Olivier BARROT évoque la correspondance de Madame de SEVIGNE et de sa fille Françoise. Marie de Rabutin Chantal, est le seul auteur classique français dont l’oeuvre est uniquement composée de lettres, environ un millier, dont les trois quarts adressées à sa fille. Aux éditions Mango Jeunesse, parait à destination des jeunes lecteurs, une vingtaine de ces courriers illustrés par des artistes contemporains. Olivier BARROT lit une lettre contant les plaisirs de la douche.

voir aussi Le Grignan de Madame de Sévigné  (I Télé, 1 mn 30) :  « ce n’est qu’à la fin de sa vie que Marie de Rabutin-Chantal, Marquise de Sévigné, s’est installé à Grignan (Drôme). Les dernières lettres qu’elle écrivit suffirent cependant à faire du château un lieu marquant de la littérature française ».

une courte biographie ici  France 3 Rhône-Alpes : Festival de la Correspondance à Grignan : qui était Madame de Sévigné ?

France Culture, une lettre à écouter ici

travaux d’élèves ici et d’autres liens

 

 

Nous avons lu et aimé Maité Coiffure : lettres à son auteur

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Maïté Coiffure de Marie-Aude Murail

Quant à la réponse de Marie-Aude Murail, réconfortante par la confiance qu’elle insuffle, chut ! c’est notre secret.

2015-03-14 19.04.12 2015-03-14 19.03.22

2015-03-14 19.05.58 2015-03-14 19.04.45 2015-03-14 19.02.43 2015-03-14 19.03.46

Paul lit la première lettre de Meaulnes à François

Henri Fournier à 19 ans - CopieHenri Fournier à dix-neuf ans, cliquer sur l’image pour entendre la lecture de Paul

De toute ma vie je n’ai reçu que trois lettres de Meaulnes. Elles sont encore chez moi dans un tiroir de commode. Je retrouve chaque fois que je les relis la même tristesse que naguère.
La première m’arriva dès le surlendemain de son départ.
Mon cher François,
Aujourd’hui, dès mon arrivée à Paris, je suis allé devant la maison indiquée. Je n’ai rien vu.
Il n’y avait personne. Il n’y aura jamais personne.
La maison que disait Frantz est un petit hôtel à un étage. La chambre de Mlle de Galais
doit être au premier. Les fenêtres du haut sont les plus cachées par les arbres. Mais en
passant sur le trottoir on les voit très bien. Tous les rideaux sont fermés et il faudrait être
fou pour espérer qu’un jour, entre ces rideaux tirés, le visage d’Yvonne de Galais puisse
apparaître.
C’est sur un boulevard… Il pleuvait un peu dans les arbres déjà verts. On entendait les
cloches claires des tramways qui passaient indéfiniment.
Pendant près de deux heures, je me suis promené de long en large sous les fenêtres.
Il y a un marchand de vins chez qui je me suis arrêté pour boire, de façon à n’être pas
pris pour un bandit qui veut faire un mauvais coup. Puis j’ai repris ce guet sans espoir.
La nuit est venue. Les fenêtres se sont allumées un peu partout mais non pas dans cette
maison. Il n’y a certainement personne. Et pourtant Pâques approche.
Au moment où j’allais partir, une jeune fille, ou une jeune femme – je ne sais – est venue
s’asseoir sur un des bancs mouillés de pluie. Elle était vêtue de noir avec une petite
collerette blanche. Lorsque je suis parti, elle était encore là, immobile malgré le froid du
soir, à attendre je ne sais quoi, je ne sais qui. Tu vois que Paris est plein de fous comme moi.
Augustin
Le temps passa. Vainement j’attendis un mot d’Augustin le lundi de Pâques et durant tous
les jours qui suivirent – jours où il semble, tant ils sont calmes après la grande fièvre de
Pâques, qu’il n’y ait plus qu’à attendre l’été.

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Concours de lettres à l’écrivain qui a changé votre vie !12-18 ans : remise des prix

2013-11-27 16.10.57toutes les lettres exposées et groupées selon auteurs ou centres d’intérêt, on cherche la sienne en attendant l’heure de la remise des prix, presque cent-cinquante lettres ! présentation bienveillante  de l’ensemble, la diversité est soulignée, des récompenses,  des échanges et un goûter… Noël avant Noël à La Médiathèque Andre Labarrère !

A suivre une lecture/spectacle samedi 30 novembre à 16 h 30 : une comédienne et un musicien liront et mettront en scène des extraits de la plupart des lettres reçues.

Médiathèque André Labarrère : lettre à l’écrivain qui a changé ma vie/ suite

La Médiathèque André Labarrère nous écrit :

Nous avons bien reçu vos lettres et nous vous en remercions très sincèrement.

Vous y avez mis du cœur, ça se sent, et nous passons des moments très agréables à les lire.

Voici quelques petites infos pour la suite des évènements :

– Nous organisons une remise des prix le mercredi 27 novembre sur le pôle Intermezzo (1er étage). Nous en décernerons quatre :

  • Le grand prix
  • le prix de l’émotion
  • le prix de l’écriture
  • le prix de l’originalité.

Tout le monde est invité, ce sera l’occasion de discuter tous ensemble autour d’un goûter et d’échanger sur vos courriers.

– Un spectacle est en cours de création à partir de vos lettres. Il y en aura pour tous les goûts ! Venez nombreux, il y a des chances pour que vous vous reconnaissiez. Nous ne citerons pas de noms mais une comédienne et un musicien liront et mettront en scène des extraits de la plupart des lettres que nous avons reçues. Ce spectacle aura lieu le samedi 30 novembre à l’auditorium de la médiathèque.

– Nous allons également afficher les lettres ainsi que les œuvres dont elles parlent dans une des salles de travail du 1er étage. Ce sera visible en fin de semaine prochaine et ce jusqu’aux vacances de Noël.

– Et enfin nous enverrons les lettres aux auteurs début janvier. Pourquoi si tard ? Et bien, pour être honnêtes, c’est parce que nous ne voulons pas afficher de photocopies et que nous ne voulons pas non plus envoyer de photocopies aux auteurs. Vous vous êtes donnés la peine de colorier, de dessiner, de décorer et il serait dommage de ne pas le montrer.

A Louise Colet, une lettre de Gustave Flaubert lue par Fabrice Luchini

pour la lettre ci-après, cliquer ici, et pour l’ensemble des cinq lettres lues par Fabrice Luchini, cliquer . France Culture fictions, une mine.

À LOUISE COLET.                                                            [Trouville] Dimanche 14, 4 heures [14 août 1853].

La pluie tombe, les voiles des barques sous mes fenêtres sont noires, des paysannes en parapluie passent, des marins crient, je m’ennuie ! Il me semble qu’il y a dix ans que je t’ai quittée. Mon existence, comme un marais dormant, est si tranquille que le moindre événement y tombant y cause des cercles innombrables, et la surface ainsi que le fond est longtemps avant de reprendre sa sérénité ! Les souvenirs que je rencontre ici à chaque pas sont comme des cailloux qui déboulent, par une pente douce, vers un grand gouffre d’amertume que je porte en moi. La vase est remuée ; toutes sortes de mélancolies, comme des crapauds interrompus dans leur sommeil, passent la tête hors de l’eau et forment une étrange musique ; j’écoute. Ah ! Comme je suis vieux, comme je suis vieux, pauvre chère Louise !
Je retrouve ici les bonnes gens que j’ai connues il y a dix ans. Ils portent les mêmes habits, les mêmes mines ; les femmes seulement sont engraissées et les hommes un peu blanchis. Cela me stupéfiait, l’immobilité de tous ces êtres ! D’autre part, on a bâti des maisons, élargi le quai, fait des rues, etc. Je viens de rentrer par une pluie battante et un ciel gris, au son de la cloche qui sonnait les vêpres. Nous avions été à Deauville (une ferme de ma mère). Comme les paysans m’embêtent, et que je suis peu fait pour être propriétaire ! Au bout de trois minutes la société de ces sauvages m’assomme. Je sens un ennui idiot m’envahir comme une marée. La chape de plomb que le Dante promet aux hypocrites n’est rien en comparaison de la lourdeur qui me pèse alors sur le crâne. Mon frère, sa femme et sa fille sont venus passer le dimanche avec nous ! Ils ramassent maintenant des coquilles, entourés de caoutchoucs, et s’amusent beaucoup. Moi aussi je m’amuse beaucoup, à l’heure des repas, car je mange énormément de matelote. Je dors une douzaine d’heures assez régulièrement toutes les nuits et dans le jour je fume passablement. Le peu de travail que je fais est de préparer le programme du cours d’histoire que je commencerai à ma nièce, une fois rentré à Croisset. Quant à la Bovary , impossible même d’y songer. Il faut que je sois chez moi pour écrire. Ma liberté d’esprit tient à mille circonstances accessoires, fort misérables, mais fort importantes. Je suis bien content de te savoir en train pour laServante . Qu’il me tarde de voir cela !
J’ai passé hier une grande heure à regarder se baigner les dames . Quel tableau ! Quel hideux tableau ! Jadis, on se baignait ici sans distinction de sexes. Mais maintenant il y a des séparations, des poteaux, des filets pour empêcher, un inspecteur en livrée (quelle atroce chose lugubre que le grotesque !). Donc hier, de la place où j’étais, debout, lorgnon sur le nez, et par un grand soleil, j’ai longuement considéré les baigneuses. Il faut que le genre humain soit devenu complètement imbécile pour perdre jusqu’à ce point toute notion d’élégance. Rien n’est plus pitoyable que ces sacs où les femmes se fourrent le corps, que ces serre-tête en toile cirée ! Quelles mines ! quelles démarches ! Et les pieds ! rouges, maigres, avec des oignons, des durillons, déformés par la bottine, longs comme des navettes ou larges comme des battoirs. Et au milieu de tout cela des moutards à humeurs froides, pleurant, criant. Plus loin, des grand’mamans tricotant et des môsieurs à lunettes d’or, lisant le journal et, de temps à autre, entre deux lignes, savourant l’immensité avec un air d’approbation. Cela m’a donné envie tout le soir de m’enfuir de l’Europe et d’aller vivre aux îles Sandwich ou dans les forêts du Brésil. Là, du moins, les plages ne sont pas souillées par des pieds si mal faits, par des individualités aussi fétides.
Avant-hier, dans la forêt de Touques, à un charmant endroit près d’une fontaine, j’ai trouvé des bouts de cigares éteints avec des bribes de pâtés. On avait été là en partie ! J’ai écrit cela dansNovembre il y a onze ans ! C’était alors purement imaginé, et l’autre jour ç’a été éprouvé. Tout ce qu’on invente est vrai, sois-en sûre. La poésie est une chose aussi précise que la géométrie. L’induction vaut la déduction, et puis, arrivé à un certain point, on ne se trompe plus quant à tout ce qui est de l’âme. (…)

Vermeer : elles écrivent ou reçoivent une lettre

six tableaux de Johannes Vermeer (1632-1665), d’autres reproductions sur la Web Gallery of Art

1167-1668 La lettre d'amour

La lettre d’amour (1667-68)
1657 Lady lisant une lettre

Jeune liseuse à la fenêtre (1657)
1663-1664 Femme en bleu lisant une lettre

Femme en bleu (1663-64)1665-166 Femme écrivant

Jeune femme écrivant (1665-66)1667 Lady avec servante lui tendant une lettre

Servante tendant une lettre à sa maîtresse (1665-66)

1670 Jeune femme écrivant une lettre et sa servante

Jeune femme écrivant une lettre et sa servante (1670)

Lettre à l’écrivain qui a changé ma vie, un concours de la Médiathèque André Labarrère

Concours de lettres à l’écrivain qui a changé votre vie ! 12-18 ans

Un livre vous a marqué, fait pleurer, rire, vous a ému, sorti de la déprime ? Bref, a changé votre vie d’une façon ou d’une autre ?

Nous vous proposons de nous le faire partager et de participer à un concours avec le pôle Intermezzo en écrivant une lettre à son auteur.

Ces lettres seront exposées à la médiathèque et pourront être envoyées aux auteurs concernés.

Replongez-vous dans ces romans ou bandes dessinées qui vous ont fait vibrer et à vos stylos !

Vous pouvez déposer vos lettres au 1 er étage de la médiathèque, dès septembre.

Remise des prix le 27 novembre 2013

Doc concours (cliquer pour accéder à l’affiche)

une lettre de rupture : Rodolphe écrit à Emma…

Madame Bovary (deuxième partie, chapitre VII)

Gustave Flaubert

À peine arrivé chez lui, Rodolphe s’assit brusquement à son bureau, sous la tête de cerf faisant trophée contre la muraille. Mais, quand il eut la plume entre les doigts, il ne sut rien trouver, si bien que, s’appuyant sur les deux coudes, il se mit à réfléchir. Emma lui semblait être reculée dans un passé lointain, comme si la résolution qu’il avait prise venait de placer entre eux, tout à coup, un immense intervalle.
Afin de ressaisir quelque chose d’elle, il alla chercher dans l’armoire, au chevet de son lit, une vieille boîte à biscuits de Reims où il enfermait d’habitude ses lettres de femmes, et il s’en échappa une odeur de poussière humide et de roses flétries. D’abord il aperçut un mouchoir de poche, couvert de gouttelettes pâles. C’était un mouchoir à elle, une fois qu’elle avait saigné du nez, en promenade ; il ne s’en souvenait plus. Il y avait auprès, se cognant à tous les angles, la miniature donnée par Emma ; sa toilette lui parut prétentieuse et son regard en coulisse du plus pitoyable effet ; puis, à force de considérer cette image et d’évoquer le souvenir du modèle, les traits d’Emma peu à peu se confondirent en sa mémoire, comme si la figure vivante et la figure peinte, se frottant l’une contre l’autre, se fussent réciproquement effacées. Enfin il lut de ses lettres ; elles étaient pleines d’explications relatives à leur voyage, courtes, techniques et pressantes comme des billets d’affaires. Il voulut revoir les longues, celles d’autrefois ; pour les trouver au fond de la boîte, Rodolphe dérangea toutes les autres ; et machinalement il se mit à fouiller dans ce tas de papiers et de choses, y retrouvant pêle-mêle des bouquets, une jarretière, un masque noir, des épingles et des cheveux – des cheveux ! de bruns, de blonds ; quelques-uns même, s’accrochant à la ferrure de la boîte, se cassaient quand on l’ouvrait.
Ainsi flânant parmi ses souvenirs, il examinait les écritures et le style des lettres, aussi variés que leurs orthographes. Elles étaient tendres ou joviales, facétieuses, mélancoliques ; il y en avait qui demandaient de l’amour et d’autres qui demandaient de l’argent. À propos d’un mot, il se rappelait des visages, de certains gestes, un son de voix ; quelquefois pourtant il ne se rappelait rien.
En effet, ces femmes, accourant à la fois dans sa pensée, s’y gênaient les unes les autres et s’y rapetissaient, comme sous un même niveau d’amour qui les égalisait. Prenant donc à poignée les lettres confondues, il s’amusa pendant quelques minutes à les faire tomber en cascades, de sa main droite dans sa main gauche. Enfin, ennuyé, assoupi, Rodolphe alla reporter la boîte dans l’armoire en se disant :
– Quel tas de blagues !…
Ce qui résumait son opinion ; car les plaisirs, comme des écoliers dans la cour d’un collège, avaient tellement piétiné sur son coeur, que rien de vert n’y poussait, et ce qui passait par là, plus étourdi que les enfants, n’y laissait pas même, comme eux, son nom gravé sur la muraille.
– Allons, se dit-il, commençons !
Il écrivit :
«Du courage, Emma ! du courage ! Je ne veux pas faire le malheur de votre existence…»
– Après tout, c’est vrai, pensa Rodolphe ; j’agis dans son intérêt ; je suis honnête.
« Avez-vous mûrement pesé votre détermination ? Savez-vous l’abîme où je vous entraînais, pauvre ange ? Non, n’est-ce pas ? Vous alliez confiante et folle, croyant au bonheur, à l’avenir… Ah ! malheureux que nous sommes ! insensés !»
Rodolphe s’arrêta pour trouver ici quelque bonne excuse.
– Si je lui disais que toute ma fortune est perdue ?… Ah ! non, et d’ailleurs, cela n’empêcherait rien. Ce serait à recommencer plus tard. Est-ce qu’on peut faire entendre raison à des femmes pareilles !
Il réfléchit, puis ajouta :
«Je ne vous oublierai pas, croyez-le bien, et j’aurai continuellement pour vous un dévouement profond ; mais, un jour, tôt ou tard, cette ardeur (c’est là le sort des choses humaines) se fût diminuée, sans doute ! Il nous serait venu des lassitudes, et qui sait même si je n’aurais pas eu l’atroce douleur d’assister à vos remords et d’y participer moi-même, puisque je les aurais causés. L’idée seule des chagrins qui vous arrivent me torture, Emma ! Oubliez-moi ! Pourquoi faut-il que je vous aie connue ? Pourquoi étiez-vous si belle ? Est-ce ma faute ? Ô mon Dieu ! non, non, n’en accusez que la fatalité !»
– Voilà un mot qui fait toujours de l’effet, se dit-il.
«Ah ! si vous eussiez été une de ces femmes au cœur frivole comme on en voit, certes, j’aurais pu, par égoïsme, tenter une expérience alors sans danger pour vous. Mais cette exaltation délicieuse, qui fait à la fois votre charme et votre tourment, vous a empêchée de comprendre, adorable femme que vous êtes, la fausseté de notre position future. Moi non plus, je n’y avais pas réfléchi d’abord, et je me reposais à l’ombre de ce bonheur idéal, comme à celle du mancenillier, sans prévoir les conséquences.»
– Elle va peut-être croire que c’est par avarice que j’y renonce… Ah ! n’importe ! tant pis, il faut en finir !
«Le monde est cruel, Emma. Partout où nous eussions été, il nous aurait poursuivis. Il vous aurait fallu subir les questions indiscrètes, la calomnie, le dédain, l’outrage peut-être. L’outrage à vous ! Oh !… Et moi qui voudrais vous faire asseoir sur un trône ! moi qui emporte votre pensée comme un talisman ! Car je me punis par l’exil de tout le mal que je vous ai fait. Je pars. Où ? Je n’en sais rien, je suis fou ! Adieu ! Soyez toujours bonne ! Conservez le souvenir du malheureux qui vous a perdue. Apprenez mon nom à votre enfant, qu’il le redise dans ses prières.»
La mèche des deux bougies tremblait. Rodolphe se leva pour aller fermer la fenêtre, et, quand il se fut rassis :
– Il me semble que c’est tout. Ah ! encore ceci, de peur qu’elle ne vienne à me relancer :
«Je serai loin quand vous lirez ces tristes lignes ; car j’ai voulu m’enfuir au plus vite afin d’éviter la tentation de vous revoir. Pas de faiblesse ! Je reviendrai ; et peut-être que, plus tard, nous causerons ensemble très froidement de nos anciennes amours. Adieu !»
Et il y avait un dernier adieu, séparé en deux mots : À Dieu ! ce qu’il jugeait d’un excellent goût.
– Comment vais-je signer, maintenant ? se dit-il. Votre tout dévoué ?… Non. Votre ami ?… Oui, c’est cela.
«Votre ami.»
Il relut sa lettre. Elle lui parut bonne.
– Pauvre petite femme ! pensa-t-il avec attendrissement. Elle va me croire plus insensible qu’un roc ; il eût fallu quelques larmes là-dessus ; mais, moi, je ne peux pas pleurer ; ce n’est pas ma faute. Alors, s’étant versé de l’eau dans un verre, Rodolphe y trempa son doigt et il laissa tomber de haut une grosse goutte, qui fit une tache pâle sur l’encre ; puis, cherchant à cacheter la lettre, le cachet Amor nel cor se rencontra.
– Cela ne va guère à la circonstance… Ah bah ! n’importe !
Après quoi, il fuma trois pipes et s’alla coucher.
Le lendemain, quand il fut debout (vers deux heures environ, il avait dormi tard), Rodolphe se fit cueillir une corbeille d’abricots. Il disposa la lettre dans le fond, sous des feuilles de vigne, et ordonna tout de suite à Girard, son valet de charrue, de porter cela délicatement chez madame Bovary. Il se servait de ce moyen pour correspondre avec elle, lui envoyant, selon la saison, des fruits ou du gibier.
– Si elle te demande de mes nouvelles, dit-il, tu répondras que je suis parti en voyage. Il faut remettre le panier à elle-même, en mains propres… Va, et prends garde !

Lettre anonyme de Raymond Devos

Marianne et Clara E. lisent La lettre anonyme de Raymond Devos.


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