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Qui me regretterait, si je mourais ? (…) est-ce qu’ils s’en voudraient au moins un peu de m’avoir tuée ?

Ma réputation par Aymon

Ma réputation de Gaël Aymon

Actes Sud junior

quatrième de couverture

Laura, 15 ans, préfère la compagnie des garçons, celle de Jimmy, Sofiane et Théo. Les mimiques travaillées, les soirées filles, c’est pas trop son truc. Mais lorsqu’elle repousse les avances de Sofiane, ses amis lui tournent le dos et Laura se retrouve isolée et vulnérable.

Seule en cours, seule au self, seule dans les couloirs.

Les pires ragots circulent à son sujet sur les réseaux sociaux, la rumeur enfle et l’isolement de Laura grandit.

Jusqu’à sa rencontre avec Joséphine, élève solitaire et marginale comme elle, qui va l’aider à relever la tête et à dénoncer le harcèlement dont elle est victime.

incipit

« En m’embrassant, il a raté ma joue. Enfin,c’est ce que j’ai pensé quand j’ai senti ses lèvres effleurer les miennes très vite. C’est quand j’ai croisé son regard que j’ai su que Sofiane l’avait fait exprès. Et puis il a filé vers le bus. Je n’avais rien vu venir! Depuis quand est-ce qu’il se fait un film dans sa tête? On dirait que les ennuis commencent! »

extraits

« Le temps s’est arrêté.Je suis là,en plein milieu du hall,exposée à tous les regards. Ma mèche retombe devant mes yeux. Je ne peux pas rester là,à coté comme si de rien n’était.  »

« Il faut tenir, je n’ai pas le choix. On n’a pas le choix à notre âge. Il faut obéir, même aux sonneries, patiemment, malgré la peur et le danger, en attendant qu’un jour, après les épreuves, la vraie vie commence.
Je crois qu’on rit sur mon passage. Mais je ne suis déjà plus vraiment là. Je me suis profondément retranchée à l’intérieur de moi-même, si profondément que rien ni personne ne pourra plus m’atteindre.  »

 » Je m’avance entre les tables. Quelque chose a changé, je le sens. ça ricane.
Là, je sens leurs regards à tous plantés dans mon dos. D’un coup j’ai très chaud. Ma main tremble. J’aperçois des sourires moqueurs.Je regarde mon portable, toujours muet, je me sens totalement coupée du monde.Et puis un mot vient me frapper en plein visage . »

« Le pire, c’est que je les comprends ! A force d’être salie, je me sens sale. Je suis rentrée dans le rôle, je m’habitue. Quelle raison ils auraient de prendre ma défense, de venir vers mois, puisque même à mes yeux, je ne les vaux pas ? C’est pour ça que je ne vois pas d’issue. Je me dis que quelque part, j’ai dû chercher ce qui m’arrive. »

« Arrivée devant mon casier, mon carton à dessin me glisse des mains. Ma respiration s’arrête: sur la porte métallique quelqu’un a scotcher une photo, imprimer sur une feuille. C’est une photo de moi que je ne connais pas, en pyjama, endormie dans un lit. »

« Qui me regretterait, si je mourais? Et eux tous, est-ce qu’ils s’en voudraient au moins un peu de m’avoir tuée? Est-ce qu’au moins ça les ferait taire?« 

des coups de cœur 2017 sur le site « Allez vous faire lire »

coups de cœur 2017

ce qui suit est copié sur le site « Allez vous faire lire »

« Quel serait votre lecture coup de cœur jeunesse de 2017 ? »

C’est la question que j’ai posée à 36 auteurs, éditeurs, libraires, critiques et autres passionnés du monde du livre jeunesse.

Chacun m’a parlé de sa lecture jeunesse la plus excitante de l’année. Sur le modèle de cet article paru chez Just A Word (critiques de littérature et cinéma), je déroule donc ici une liste de livres follement éclectique, généreuse et un peu dingo, représentative de la variété et l’exigence de l’édition jeunesse dans ce qu’elle a de plus génial.

Il y a de l’album, de la littérature et de la bande-dessinée à découvrir. Tout est pour toi.

C’est l’occasion de découvrir des titres dont tu as peu ou pas entendu parler. C’est l’occasion, aussi (soyons honnêtes) de te jeter comme un(e) fangirl/boy sur les livres recommandés par la voix aimée de ton auteur ou autrice préféré(e).

Récap de tous les livres à la fin de l’article.

  • Le coup de cœur de Marine Carteron — Professeure de français et écrivaine jeunesse, autrice notamment de la série des Autodafeurs et de Génération K.

Le copain de la fille du tueur, de Vincent Villeminot
(Nathan, 2016)

Le copain de la fille du tueur, j’ai aimé. Vraiment. Beaucoup. C’est un roman inclassable. Un sale gosse. Entre le thriller et l’histoire d’amour, à la fois drôle et merveilleusement poétique. Le genre de roman où tu ne peux t’empêcher de te dire « Nan, mais là, il exagère », mais où tu ne peux t’empêcher de tourner la page. Et d’être un peu jalouse aussi. Parce que cette sensualité, quand même, c’est beau, et c’est rare.

Bon, je suis nulle en critique. Je ne sais pas faire, je marche à l’affect. Du coup, si vous vouliez que je vous résume l’histoire, c’est mort. Mais sachez que je vous envie. Parce que j’aimerais bien être à votre place. Pour le relire, ce putain de roman. Comme une première fois.

  • Le coup de cœur de Timothée de Fombelle — Écrivain, auteur notamment de Tobie Lolness, Vango, Le Livre de Perle en littérature jeunesse, et Je danse toujours et Neverland en adulte.

Mon fils, de Vincent Cuvellier, illustré par Delphine Perret
(Gallimard Jeunesse Giboulées 2017)

Il y a un auteur que j’admire beaucoup qui a sorti un paquet de livres cette année. Il fêtait ses trente ans de publication, et je me demande comment c’est possible parce qu’il a l’air d’avoir quinze ans et demi. Il s’appelle Vincent Cuvellier. Mon livre coup de cœur de l’année est écrit par lui, c’est Mon Fils, paru au printemps, je crois. Il est illustré par Delphine Perret qui est vraiment très forte aussi. C’est un album dans lequel un père parle de son fils. Comme toujours avec Vincent Cuvellier l’écriture est extraordinairement simple et directe. Quand on écrit, il faut grimper très dur et très longtemps pour atteindre cette clarté. C’est comme en montagne. Et là-haut, on voit tout avec précision. Depuis dix ans, j’attendais une suite à La Première fois que je suis née, un autre livre qui parle de la vie entière qui est roulée à l’intérieur d’un enfant qui naît. Avec Mon fils j’ai l’impression que cet enfant a grandi et parle à son propre fils.

  • Le coup de cœur de Lucie Kosmala — Rédactrice Livres pour MadmoiZelle, chroniqueuse pour France Inter.

Tu seras ma princesse, de Marcus Malte et Régis Lejonc
(Sarbacane, 2017)

Tu seras ma princesse, c’est comme un trou noir de poésie. On se fraye un chemin jusqu’à sa première page, on en déguste les premiers mots avec insouciance, et on comprend rapidement que l’on va se faire happer par les émotions sans pouvoir leur opposer une quelconque résistance.

Le livre raconte l’attente d’un enfant, d’une petite fille déjà aimée inconditionnellement avant même qu’elle vienne au monde, mais résonne bien au-delà de la simple histoire de grossesse. Ce livre donne une furieuse envie d’aimer et surtout de le dire !

voir aussi la chaîne vidéo Le cahier de lecture de Nathan

L’homme qui plantait des arbres de Jean Giono

via Le site de La littérature à l’école élémentaire

En ce qui concerne les droits d’auteur sur cet ouvrage, voici le texte de la lettre que Giono écrivit au Conservateur des Eaux et Forêts de Digne, Monsieur Valdeyron, en 1957, au sujet de cette nouvelle :

         Cher Monsieur,    

Navré de vous décevoir, mais Elzéard Bouffier est un personnage inventé. Le but était de faire aimer l’arbre ou plus exactement faire aimer à planter des arbre s (ce qui est depuis toujours une de mes idées les plus chères). Or si j’en juge par le résultat, le but a été atteint par ce personnage imaginaire. Le texte que vous avez lu dans Trees and Life a été traduit en Danois, Finlandais, Suédois, Norvégien, Anglais, Allemand, Russe, Tchécoslovaque, Hongrois, Espagnol, Italien, Yddisch, Polonais. J’ai donné mes droits gratuitement pour toutes les reproductions. Un américain est venu me voir dernièrement pour me demander l’autorisation de faire tirer ce texte à 100 000 exemplaires pour les répandre gratuitement en Amérique (ce que j’ai bien entendu accepté). L’Université de Zagreb en fait une traduction en yougoslave. C’est un de mes textes dont je suis le plus fier. Il ne me rapporte pas un centime et c’est pourquoi il accomplit ce pour quoi il a été écrit.

     J’aimerais vous rencontrer, s’il vous est possible, pour parler précisément de l’utilisation pratique de ce texte. Je crois qu’il est temps qu’on fasse une « politique de l’arbre » bien que le mot politique semble bien mal adapté.

Très cordialement    

Jean Giono  

version intégrale du texte ici

« Les chênes de 1910 avaient alors dix ans et étaient plus hauts que moi et que lui. Le spectacle était impressionnant. J’étais littéralement privé de parole et, comme lui ne parlait pas, nous passâmes tout le jour en silence à nous promener dans sa forêt. Elle avait, en trois tronçons, onze kilomètres de long et trois kilomètres dans sa plus grande largeur. Quand on se souvenait que tout était sorti des mains et de l’âme de cet homme – sans moyens techniques – on comprenait que les hommes pourraient être aussi efficaces que Dieu dans d’autres domaines que la destruction.« 

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L’homme qui plantait des arbres Jean Giono

Dans ce récit de Jean Giono, un berger oublie sa propre peine en donnant une nouvelle vie à un paysage presque désert.

un clic pour voir le film d’animation (voix de Philippe Noiret, réalisation Frédéric Back, Canada 1987) créé à partir de ce livre

… et ici, voir comment dans une certaine mesure la réalité rattrape la fiction au Brésil :  Sebastio Salgado devient , presqu’un siècle plus tard L’homme qui plantait des arbres

En effet, ce photographe devient un spécialiste de la reforestation brésilienne.

Samedi 14 novembre, de Vincent Villeminot, Sarbacane, 2016, 214 pages

une critique à retrouver sur Allez vous faire lire «  point sur lequel je ne m’interroge pas : je l’ai trouvé beau. Tuant. Épuisant d’émotion, vibrant d’une étincelle de vie — et c’est d’elle que vient sans doute l’implication du lecteur. Samedi 14 novembre est doucement terrible, puissant et élégant » conclut Lupiot

Ce roman ne parle pas des attentats du 13 novembre 2015. Il parle (tout est dans le titre) du lendemain, qui nous a saisi dans la stupeur, le silence et l’effroi. Dans l’inconfort de ne pas savoir comment être triste. Dans cet ennui blanc et ce bouillonnement confus. Le lendemain, on était assommé, capable de rien.

Ok, partons de là.

Samedi 14 novembe Vincent VilleminotLe héros s’appelle B., juste B. Car en ce lendemain, il n’est pas lui-même, il n’est pas entier. Il lui manque la part d’humanité qu’on lui a arraché la veille. La veille où son frère est mort à une terrasse, en trinquant avec lui.

B. circule dans cet état blanc. En montant dans une rame de métro, il reconnaît l’un des terroristes de la veille. Comme un fantôme, il lui emboîte le pas. Le bouillonnement à l’intérieur de lui prend l’ascendant.

Il suit ce jeune type jusqu’à un appartement. Là, il apparaît face au terroriste. Face à lui et… face à la fille qui habite ici. Layla.

Il n’a rien décidé de ce qu’il allait faire.

Ce roman m’a waow… il m’a pfiou… Il est magnifique. De nombreux lecteurs vous diront qu’ils en ressortent avec de l’espoir ; qu’il leur a fait du bien. Alors, pas moi, il ne m’a pas fait du bien — mais je l’ai trouvé beau, puissant. Intime et épique.

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J’ai échangé mes impressions avec Tom de La Voix du Livre au cours de la rédaction de cette chronique, et nous avons convenu de rebondir sur les impressions de l’autre : vous trouverez quelques liens au fil de l’article qui vous permettront de profiter de nos deux avis. Sur un roman aussi sensible, ce devrait être une expérience intéressante.

Pourquoi faut-il le lire (sans spoiler) : Lire la suite

Lecture pour l’été (3) : ils ont aimé, ils recommandent

Victor, Emilie, Andreas et Argan présentent

dix petits nègres

Les dix petits nègres d’Agatha Christie

Traduction de Gérard Chergé

Dix personnes apparemment sans point commun se retrouvent sur l’île du Nègre, invités par un mystérieux M. Owen, malheureusement absent. Un couple de domestiques, récemment engagé, veille au confort des invités. Sur une table du salon, dix statuettes de nègres. Dans les chambres, une comptine racontant l’élimination minutieuse de dix petits nègres. Après le premier repas, une voix mystérieuse s’élève dans la maison, reprochant à chacun un ou plusieurs crimes. Un des convives s’étrangle et meurt, comme la première victime de la comptine. Une statuette disparaît. Et les morts se succèdent, suivant le texte à la lettre. La psychose monte. Le coupable se cache-t-il dans l’île, parmi les convives ?

Une poignée de personnages admirablement campés, une ambiance tendue, un suspense à couper le souffle et une fin complètement inattendue… La reine de crime nous livre ici un classique de la littérature policière ! –Sophie Colpaert –Ce texte fait référence à l’édition Poche

extraits (pris sur le blog textes à tout vent)  éd.Edito-Service

[…]

Le dîner touchait à sa fin.

La chair avait été excellente, les vins parfaits. Rogers s’acquittait admirablement de son service.

Tous les convives étaient de bonne humeur et les langues commençaient à se délier.

Mr. le juge Wargrave, attendri par le délicieux porto, devenait spirituel et pétillant d’ironie ; le docteur Armstrong et Tony Marston l’écoutaient avec plaisir, Miss Brent bavardait avec le général Macarthur ; ils s’étaient découvert des amis communs. Véra Claythorne posait à Mr.Davis des questions très pertinentes sur l’Afrique du Sud. Mr. Davis connaissait ce sujet à fond. Lombard suivait leur conversation. Une ou deux fois, il leva brusquement les yeux et ses paupières se rétrécirent. De temps à autre, il promenait discrètement son regard autour de la table et étudiait les autres convives.

Soudain, Anthony Marston s’exclama :

-C’est drôle, ces petites statuettes, hein ?

Au centre de la table ronde, sur un plateau de verre, étaient placées de petites figurines en porcelaine.

-Des nègres, dit Tony. L’ìle du Nègre. Voilà d’où vient l’idée, je suppose.

Véra se pencha en avant.

-En effet, c’est amusant. Combien sont-ils ? Dix ?

-Oui…il y en a dix.

Véra s’exclama :

-Ils sont comiques. Ce sont les dix négrillons de la chanson de nourrice. 1Dans ma chambre à coucher, elle est encadrée et suspendue au-dessus de la cheminée.
-Dans ma chambre également, déclara Lombard.

-Dans la mienne aussi !

-Dans la mienne aussi !

-Et aussi dans la mienne !

Tout le monde fit chorus.

-L’idée n’est pas banale, dit Véra.

Mr. le juge Wargrave grogna entre ses dents :

-Dites plutôt que c’est enfantin.

Puis il se versa du porto.

Emily Brent lança un regard vers Miss Claythorne ; Véra Claythorne y répondit par une inclination de la tête et toutes deux se levèrent.

Dans le salon, par les portes-fenêtres ouvertes sur la terrasse leur parvenait le bruit des vagues se brisant sur les rochers.

-J’aime à entendre le murmure de la mer, remarqua Emily Brent.

-Moi, je l’ai en horreur, répondit Véra d’un ton sec.

Miss Brent la considéra, toute surprise. Véra se mit à rougir et ajouta, en dominant son émotion :

-Il ne ferait guère bon ici un jour de tempête…

Emily Brent partageait cet avis.

-La maison doit être fermée pendant l’hiver, dit-elle. D’abord, les domestiques refuseraient d’y rester.

Véra murmura :

-En n’importe  quelle saison, il doit être difficile de trouver du personnel qui consente à vivre dans une île.

Emily Brent fit cette réflexion :

-Mrs. Oliver peut s’estimer heureuse d’avoir recruté ce ménage de serviteurs : la femme est un excellent cordon-bleu.

« C’est inouï ce que les vieilles gens embrouillent les noms ! » pensa Véra en elle-même.

Puis elle prononça tout haut bien distinctement :

-Mrs.Owen a vraiment de la chance.

Emily Brent avait apporté dans son sac à main un petit ouvrage de broderie. Au moment d’enfiler son aiguille, elle s’arrêta net et se tourna vers sa compagne :

-Owen ? Vous avez bien dit Owen ?

-Oui.

-De ma vie, je n’avais entendu prononcer ce nom-là.

Véra ouvrit de grands yeux.

-Tout de même…

Elle n’acheva point sa phrase. La porte venait de s’ouvrir et les hommes entraient dans le salon. Rogers les suivait, portant le café sur un plateau.

Le juge alla s’asseoir auprès d’Emily Brent et Armstrong à côté de Véra. Tony Marston se dirigea vers la porte-fenêtre, toujours ouverte. Blore examinait avec un étonnement naïf une statuette de bronze, se demandant si ces formes angulaires représentaient bien le corps d’une femme.

Le général Macarthur, le dos tourné à la cheminée, tirait sur sa courte moustache blanche. Le dîner avait été succulent et il se félicitait d’avoir répondu à l’invitation.

Lombard feuilletait les pages du Punch posé avec d’autres journaux sur une table près du mur.

Le domestique servit à la ronde un café noir fort et brûlant.

En somme, tous les invités, après ce copieux et fin repas, étaient heureux de la vie et d’eux-mêmes. Les aiguilles de la pendule marquaient neuf heures vingt. Dans le salon régnait en silence…un silence de confortable béatitude.

Au milieu de ce silence, s’éleva une voix…inattendue…surnaturelle et incisive…

Mesdames et Messieurs. Silence, s’il vous plaît !

Tous sursautèrent. Chacun regarda autour de soi, observa ses voisins et scruta les murs. Qui donc parlait ?

La Voix poursuivit, haute et claire :

Je vous accuse des crimes suivants :

Edward George Armstrong, vous avez, le 14 mars 1925, causé la mort de Louisa Mary Glees.

Emily Caroline Brent, le 5 novembre 1931, vous vous êtes rendue responsable de la mort de Beatrice Taylor.

William Henry Blore, vous êtes la cause de la mort de James Stephen Landor, survenue le 10 octobre 1928.

Véra Elisabeth Claythorne, le 11 août 1933, vous avez tué Cyril Ogilvie Hamilton.

Philip Lombard, au mois de février 1932, vous avez entraîné la mort de vingt et un hommes, membres d’une tribu d’Afrique Orientale.

John Gordon Macarthur, le 4 janvier 1917, vous avez de sang-froid envoyé à la mort l’amant de votre femme, Arthur Richmont.

Anthony James Marston, le 14 novembre dernier, vous avez tué John et Lucy Combes.

Thomas Rogers et Ethel Rogers, le 6 mai 1929, vous avez laissé mourir Jennifer Brady.

Lawrence John Wargrave, en date du 10 juin 1930, vous avez conduit à sa mort Edward Seton.

Accusés, avez-vous quelque chose à dire pour votre défense ?

La Voix se tut.

[…]

Magali et Sophie présentent

ensemble c'est tout

Ensemble c’est tout d’Anna Gavalda

Présentation de l’éditeur

 » Et puis, qu’est-ce que ça veut dire, différents ? C’est de la foutaise, ton histoire de torchons et de serviettes… Ce qui empêche les gens de vivre ensemble, c’est leur connerie, pas leurs différences…  » Camille dessine. Dessinais plutôt, maintenant elle fait des ménages, la nuit. Philibert, aristo pur jus, héberge Franck, cuisinier de son état, dont l’existence tourne autour des filles, de la moto et de Paulette, sa grand-mère. Paulette vit seule, tombe beaucoup et cache ses bleus, paniquée à l’idée de mourir loin de son jardin. Ces quatre là n’auraient jamais dû se rencontrer. Trop perdus, trop seuls, trop cabossés… Et pourtant, le destin, ou bien la vie, le hasard, l’amour -appelez ça comme vous voulez -, va se charger de les bousculer un peu. Leur histoire, c’est la théorie des dominos, mais à l’envers. Au lieu de se faire tomber, ils s’aident à se relever.
Extraits
« – Tu as raison, on ne va pas y arriver… Il vaut mieux que tu te casses, mais laisse-moi te dire deux choses avant de te souhaiter bonne route : La première, c’est à propos des intellectuels justement… C’est facile de se fourtre de leur gueule… Ouais, c’est vachement facile… Souvent, ils sont pas très musclés et en plus, il n’aiment pas ça, se battre…Ça ne les excite pas plus que ça les bruits de bottes, les médailles et les grosses limousines, alors oui, c’est pas très dur… Il suffit de leur arracher leur livre des mains, leur guitare, leur crayon ou leur appareil photo et déjà, ils ne sont plus bons à rien ces empotés… D’ailleurs, les dictateurs, c’est souvent la première chose qu’ils font : casser les lunettes, brûler les livres ou interdire les concerts, ça leur coûte pas cher et ça peut leur éviter bien des contrariétés par la suite… Mais tu vois, si être intello ça veut dire aimer s’instruire, être curieux, attentif, admirer, s’émouvoir, essayer de comprendre comment tout ça tient debout et tenter de se coucher un peu moins con que la veille, alors oui, je le revendique totalement : non seulement je suis une intello, mais en plus je suis fière de l’être… Vachement fière, même… Et parce que je suis une intello comme tu dis, je ne peux pas m’empêcher de lire tes journaux de moto qui traînent aux chiottes et je sais que la nouvelle béhème R 1200 GS a un petit bidule électronique pour rouler avec l’essence pourrie… »
***

– Tu dors, maintenant ?
– Non, je guette le bout de ta cigarette…
– Tu sais, je…
– Tu quoi ?
– Je pense que tu devrais rester. Je pense que tout ce que tu m’as dit sur Philibert à propos de mon départ est aussi valable pour toi… Je pense qu’il serait très malheureux si tu t’en allais et que tu es garant de son fragile équilibre au même titre que moi…
– Euh… la dernière phrase, tu peux la redire en français ?
– Reste.
– Non… Je… je suis trop différent de vous deux… On mélange pas les torchons et les serviettes comme dirait ma mémé…
– On est différents, c’est vrai, mais jusqu’où ? Peut-être que je me trompe, mais il me semble qu’on forme une belle équipe de bras cassés tous les trois, non ?
– Tu l’as dit…
– Et puis, qu’est-ce que ça veut dire, différents ? Moi qui ne sais pas me faire cuire un œuf, j’ai passé la journée en cuisine, et toi qui n’écoutes que de la techno, tu t’endors avec Vivaldi… C’est de la foutaise, ton histoire de torchons et de serviettes… Ce qui empêche les gens de vivre ensemble, c’est leur connerie, pas leurs différences… Au contraire, sans toi je n’aurais jamais su reconnaître une feuille de pourpier…
– Pour ce que ça va te servir…
– Ca aussi c’est de la connerie. Pourquoi « me servir » ? Pourquoi toujours cette notion de rentabilité ? Je m’en tape que ça me serve ou pas, ce qui m’amuse, c’est de savoir que ça existe…
– Tu vois qu’on est différents… Que ce soit toi ou Philou, vous êtes pas dans le vrai monde, vous avez aucune idée de la vie, de comment y faut se battre pour survivre et tout ça… Moi j’en avais jamais vu des intellos avant vous deux, mais vous êtes bien comme l’idée que je m’en faisais…
– Et c’était quoi ton idée ?
Il agita les mains :
– C’était : Piou, piou… Oh, les petits oiseaux et les jolis papillons ! Piou, piou qu’ils sont mignons… Vous reprendrez un chapitre mon cher ? Mais oui, mon cher, deux, même ! Ca m’évitera de redescendre… Oh ! non ! ne redescendez pas, ça pue trop en bas !

***
« -Tu fais quoi pour Noël ?
– Je prends deux kilos. »
***
« Tiens, le pire quand on vieillit, ce n’est pas tant le corps qui fiche le camps, ce sont les remords. Comment ils reviennent vous hanter, vous torturer… le jour… la nuit… tout le temps. Il arrive un moment où tu ne sais plus si tu dois garder les yeux ouverts ou bien les fermer pour les chasser. Il arrive un moment où, Dieu sait que j’ai essayé pourtant, j’ai essayé de comprendre pourquoi ça n’avait pas collé, pourquoi tout était allé de travers, tout… tout »

Lectures pour l’été (1) : ils ont aimé, ils recommandent

le magasin descliquer sur l’image, pour entendre la présentation (6 mn 30)

Le Magasin des Suicides de Jean Teulé présenté par Julie et Zazie

Quatrième de couverture de l’édition Pocket :Vous avez raté votre vie ? Avec nous, vous réussirez votre mort ! Imaginez un magasin où l’on vend depuis dix générations tous les ingrédients possibles pour se suicider. Cette petite entreprise familiale prospère dans la tristesse et l’humeur sombre jusqu’au jour abominable où surgit un adversaire impitoyable: la joie de vivre. . .

BO du premier film d’animation de Patice Leconte Le magasin des suicides (1992)

La Pyramide des besoins humains de Caroline Solé (2015)

vu et copié/collé sur

le blog Allez vous faire lire

Wow. Autant vous le dire, c’est mon premier gros coup de cœur de 2016. J’avais fait l’acquisition de ce roman il y a des mois mais, par lose intégrale, je l’avais égaré après avoir lu tout juste les premières pages. Ce qui est, vous en conviendrez (et surtout quand lesdites premières pages sont trop cool), extrêmement désappointant.

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Puis, le 31 décembre, je me suis fait voler ma valise (qui contenait tous mes cadeaux de Noël, soit 98% de livres) (#EtBonneAnnée) mais, coup de chance dans mon malheur, en fouillant dans mes sacs à la recherche d’un nouveau contenant pour transporter les maigres affaires qui me restaient, je suis tombée, au fond d’un sac en toile oublié, sur… La pyramide des besoins humains.

Mon précieux.

Je me suis aussitôt replongée dedans. Et quel bonheur.

pyramide des besoins humains caroline soleChris a quinze ans. Il est SDF. Pourquoi ? Son histoire est triste et banale, comme celle de tous les SDF. On ne demande pas aux clodos comment ils en sont arrivés là (même si Christopher nous le dira), on se contente de les écouter quand ils ont quinze ans, de la rage et de la poésie dans le cœur, et qu’ils s’inscrivent anonymement à un jeu de télé-réalité.

Ce jeu, c’est La pyramide des besoins humains, basé sur la théorie de Maslow, selon laquelle nous devons remplir nos besoins primaires d’avoir avant d’accéder aux besoins supérieurs d’être.

pyramide-de-maslow

Chaque semaine, les participants doivent rédiger un texte prouvant à tous les votants anonymes qu’ils ont satisfait aux besoins du 1er, du 2e, du 3e niveau, etc., jusqu’à la toute fin. Jusqu’à la finale. Chris vit dans la rue. Sans toit, sans sécurité, sans amour, sans famille, sans reconnaissance : il n’est rien.

Pourtant, à sa grande surprise, il franchit le 1er niveau, et commence à attirer les regards.

devil wears prada who is this sad little person gif

J’ai adoré La pyramide des besoins humains parce que :

C’est très bien écrit. Le style est limpide et efficace, sans s’excuser pour ses envolées lyriques occasionnelles. C’est équilibré. Tantôt râpeux comme le macadam, tantôt réconfortant comme le lampion de Suzie qui illumine la rue, parfois triste et fragile comme le carton sur lequel dort Christopher.

C’est puissant. Cette lecture est ce à quoi aspirent la dystopie et la science-fiction de manière générale : nous faire réfléchir, nous faire ressentir, là, dans nos tripes, ce qu’impliquent les changements de notre société. Ceux qui vont à toute allure et qu’on ne s’arrête pas pour regarder.

stitch nobody loves me

Précision : ce n’est pas de la dystopie YA classique.

Les personnages sont terribles. Ils sont là, présents dans la pièce à côté de nous, quand ils puent la mort, mangent des hot-dogs, se chamaillent mollement, affalés dans une contre-allée, et rêvent, le soir, en regardant les étoiles.

La fin est ouverte. Alors, je sais que tout le monde n’est pas amateur de cet aspect là. Mais, de temps à autre (et notamment en dystopie), c’est ce qu’il y a de mieux à faire. Nous emmener jusqu’à un certain point, nous regarder dans les yeux à ce moment-là, et nous laisser deviner ce qu’il adviendra ensuite de nos personnages.

Je vous rassure : on arrive au bout du jeu de télé-réalité. Mais, justement… est-ce là la finalité ?

Points négatifs : à part la couverture, je ne vois pas. (Mais je compte rédiger un billet, à l’occasion, sur les couvertures de l’École des Loisirs, qui sont trop souvent à côté de la plaque, donc ce ne sera pas pour aujourd’hui.) Cette couverture, je la trouve très belle, mais je pense qu’elle manque sa cible. Non, La pyramide des besoins humains n’est pas un roman psycho-social type Nouvelle Vague, oui, c’est une Dystopie Jeunesse. Et excellente, avec ça.

sherlock wink

Bonne lecture,


mai 2018
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