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Margot et et Muriel disent Le soir de Victor Hugo

Saison des semailles. Le soir

de Victor HUGO   (1802-1885)

C’est le moment crépusculaire.
J’admire, assis sous un portail,
Ce reste de jour dont s’éclaire
La dernière heure du travail.

Dans les terres, de nuit baignées,
Je contemple, ému, les haillons
D’un vieillard qui jette à poignées
La moisson future aux sillons.

Sa haute silhouette noire
Domine les profonds labours.
On sent à quel point il doit croire
A la fuite utile des jours.

Il marche dans la plaine immense,
Va, vient, lance la graine au loin,
Rouvre sa main, et recommence,
Et je médite, obscur témoin,

Pendant que, déployant ses voiles,
L’ombre, où se mêle une rumeur,
Semble élargir jusqu’aux étoiles
Le geste auguste du semeur.

Sélection de textes 16e Printemps des Poètes (8 – 23 mars 2014)

Thibault et Aloïs disent

Braves gens, prenez garde aux choses que vous dites ! de Victor Hugo

Braves gens, prenez garde aux choses que vous dites ! de Victor Hugo

 Braves gens, prenez garde aux choses que vous dites !

Tout peut sortir d’un mot qu’en passant vous perdîtes ;

TOUT, la haine et le deuil !

Et ne m’objectez pas que vos amis sont sûrs

Et que vous parlez bas.

Écoutez bien ceci :

 

Tête-à-tête, en pantoufle,

Portes closes, chez vous, sans un témoin qui souffle,

Vous dites à l’oreille du plus mystérieux

De vos amis de cœur ou si vous aimez mieux,

Vous murmurez tout seul, croyant presque vous taire,

Dans le fond d’une cave à trente pieds sous terre,

Un mot désagréable à quelque individu.

Ce MOT — que vous croyez que l’on n’a pas entendu,

Que vous disiez si bas dans un lieu sourd et sombre —

Court à peine lâché, part, bondit, sort de l’ombre ;

Tenez, il est dehors ! Il connaît son chemin ;

Il marche, il a deux pieds, un bâton à la main,

De bons souliers ferrés, un passeport en règle ;

Au besoin, il prendrait des ailes, comme l’aigle !

Il vous échappe, il fuit, rien ne l’arrêtera ;

Il suit le quai, franchit la place, et cætera

Passe l’eau sans bateau dans la saison des crues,

Et va, tout à travers un dédale de rues,

Droit chez le citoyen dont vous avez parlé.

Il sait le numéro, l’étage ; il a la clé,

Il monte l’escalier, ouvre la porte, passe, entre, arrive

Et railleur, regardant l’homme en face dit :

« Me voilà ! Je sors de la bouche d’un tel. »

 

Et c’est fait. Vous avez un ennemi mortel.

Aloïs et Alexandre,

puis Aloïs disent Le repas de Guillaume Apollinaire

Le repas de Guillaume Apollinaire

Il n’y a que la mère et les deux fils

Tout est ensoleillé

La table est ronde

Derrière la chaise où s’assied la mère

Il y a la fenêtre

D’où l’on voit la mer

Briller sous le soleil

Les caps aux feuillages sombres des pins et des oliviers

Et plus près les villas aux toits rouges

Aux toits rouges où fument les cheminées

Car c’est l’heure du repas

Tout est ensoleillé

Et sur la nappe glacée

La bonne affairée

Dépose un plat fumant

Le repas n’est pas une action vile

Et tous les hommes devraient avoir du pain

La mère et les deux fils mangent et parlent

Et des chants de gaîté accompagnent le repas

Les bruits joyeux des fourchettes et des assiettes

Et le son clair du cristal des verres

Par la fenêtre ouverte viennent les chants des oiseaux

Dans les citronniers

Et de la cuisine arrive

La chanson vive du beurre sur le feu

Un rayon traverse un verre presque plein de vin mélangé d’eau

Oh ! le beau rubis que font du vin rouge et du soleil

Quand la faim est calmée

Les fruits gais et parfumés

Terminent le repas

Tous se lèvent joyeux et adorent la vie

Sans dégoût de ce qui est matériel

Songeant que les repas sont beaux sont sacrés Qui font vivre les hommes

Mélissa

puis Paul et Vincent disent L’école des beaux-arts de Jacques Prévert

A l’école des beaux arts de Jacques Prévert

 Dans une boîte de paille tressée

Le père choisit une petite boule de papier

Et il la jette

Dans la cuvette

Devant ses enfants intrigués

Surgit alors

Multicolore

La grande fleur japonaise

Le nénuphar instantané

Et les enfants se taisent

Émerveillés

Jamais plus tard dans leur souvenir

Cette fleur ne pourra se faner

Cette fleur subite

Faite pour eux

A la minute

Devant eux.

Noa et Diane disent Un bruit de fond de Jean-Michel Espitallier

Un bruit de fond de Jean-Michel Espitallier

                                                   (travail en cours)

 C’est un bruit.

C’est un bruit au fond.

C’est un bruit au fond du trou.

C’est un bruit au fond du trou de tôle.

C’est un bruit de tôle au fond du trou.

 

C’est un bruit de tôle.

C’est un bruit de tôle au fond du trou de tôle.

C’est un bruit de fond au fond du trou du fond.

C’est un trou de bruit.

C’est un trou de tôle

C’est un trou au fond du trou du bruit de tôle.

C’est un bruit de tôle au fond du bruit.

 

C’est un bruit de fond.

C’est un bruit de fond au fond du trou de tôle.

C’est un fond de trou au fond du bruit de fond.

C’est un bruit de tôle.

C’est un bruit de trou.

 

C’est un bruit de tôle.

C’est un fond de bruit.

C’est un bruit de bruit au fond du trou de tôle.

C’est un bruit de bruit.

c’est un trou de tôle.

C’est un trou de trou au fond du bruit de fond.

 

C’est un trou de bruit.

C’est un trou de tôle.

C’est un trou de fond au fond du fond du bruit

Les Misérables / un feuilleton en 14 épisodes – mise en voix France Culture

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cliquer sur l’image pour entendre le premier épisode

Réalisation François Christophe

Adaptation Hélène Bleskine

Conseillère littéraire Caroline Ouazana

Rediffusion de Décembre 2012

Le réalisateur François Christophe disparu accidentellement le 26 décembre dernier laisse derrière lui une œuvre radiophonique dont le talent et la sensibilité resteront dans nos mémoires à jamais. Et pour lui rendre hommage, hommage qui continuera avec la diffusion de fictions dont il venait d’achever la réalisation et que les auditeurs pourront découvrir dès le mois d’Avril, la fiction a souhaité rediffuser Les Misérables de Victor Hugo.

Episode 1

Victor Hugo a soixante ans lorsqu’il achève la rédaction des Misérables. Dès sa parution, le 3 avril 1862, les lecteurs s’arrachent le livre.  En octobre, dans une lettre adressée à son éditeur italien, Victor Hugo écrit : « Vous avez raison, Monsieur, quand vous me dites que le livre Les Misérables est écrit pour tous les peuples. Je ne sais s’il sera lu par tous, mais je l’ai écrit pour tous. Il s’adresse à l’Angleterre autant qu’à l’Espagne, à l’Italie autant qu’à la France, à l’Allemagne, autant qu’à l’Irlande, aux républiques qui ont des esclaves aussi bien qu’aux empires qui ont des serfs. Les problèmes sociaux dépassent les frontières. Les plaies du genre humain, ces larges plaies qui couvrent le globe, ne s’arrêtent point aux lignes bleues ou rouges tracées sur la mappemonde. Partout où l’homme ignore et désespère, partout où la femme se vend pour du pain, partout où l’enfant souffre faute d’un livre qui l’enseigne et d’un foyer qui le réchauffe, le livre Les Misérables frappe à la porte et dit : « Ouvrez-moi, je viens pour vous ». À l’heure, si sombre encore, de la civilisation où nous sommes, le misérable s’appelle l’homme ; il agonise sous tous les climats, et il gémit dans toutes les langues ».

Mais si l’histoire des Misérables a ému tant de lecteurs – roman-fleuve où rien ne manque, le suspens, les digressions, les interrogations, les personnages incroyablement présents, leurs destins entremêlés – c’est aussi grâce à une langue. Celle d’un grand poète de la littérature. Cette adaptation radiophonique a voulu rendre compte de cette langue puissante et incroyablement vivante en la faisant entendre littéralement car l’histoire a presque fini par oblitérer la singularité de la voix qui la porte. On reconnaît la trame, les personnages mythiques, le Paris des révolutions, mais on a perdu ce qui est écrit. C’est assez difficile à exprimer, mais c’est ce que l’on découvre lorsqu’on se laisse envahir par le livre. C’est comme si l’on touchait du doigt les fibres de notre patrimoine dans ce qu’il a de meilleur, dans ce qu’il peut nous rendre meilleur. Victor Hugo aime l’Histoire et il nous la fait aimer.

Dès lors, le choix de l’adaptation pour la radio fut de faire entendre sa voix. Et elle apparaît en éclats de voix, ou voix en éclats. Presque cousues pour aller à l’épure. En espérant transmettre cette émotion provoquée par ce qui est écrit.

Avec

Philippe Magnan (Le narrateur)

Jean-Marie Winling (Jean Valjean)

Michaël Lonsdale (Monseigneur Myriel)

Thierry Bosc (Le conventionnel)

Laurence Mercier (Mlle Baptistine)

Christine Pignet (Mme Magloire)

Etienne Grébot (L’aubergiste)

Jacques Poix-Terrier (Le brigadier)

Et la voix de Myriam Ajar

Musique originale composée par Krishna Lévy

Interprétée par Françoise Guéri, Christophe Guiot, Laurent Lefèvre, Philippe Nadal et Françoise de Maubus 

Bruitage Patrick Martinache

Prise de son, montage, mixage Catherine Déréthé et Sébastien Labarre

Assistante à la réalisation Laure-Hélène Planchet

La conscience de Victor Hugo

juin37sur le vieux pan de mur de la salle de classe,

juin36il veille

juin38cliquer sur l’image pour entendre La conscience

Adèle, Dorine et Charline disent un poème de Victor Hugo

Vieille chanson du jeune temps

(images exposition BNF, Victor Hugo, l’homme océan)

Je ne songeais pas à Rose ;
Rose au bois vint avec moi ;
Nous parlions de quelque chose,
Mais je ne sais plus de quoi.

J’étais froid comme les marbres ;
Je marchais à pas distraits ;
Je parlais des fleurs, des arbres
Son œil semblait dire:  » Après ?  »

La rosée offrait ses perles,
Le taillis ses parasols ;
J’allais ; j’écoutais les merles,
Et Rose les rossignols.

Moi, seize ans, et l’air morose ;
Elle, vingt ; ses yeux brillaient.
Les rossignols chantaient Rose
Et les merles me sifflaient.

Rose, droite sur ses hanches,
Leva son beau bras tremblant
Pour prendre une mûre aux branches
Je ne vis pas son bras blanc.

Une eau courait, fraîche et creuse,
Sur les mousses de velours ;
Et la nature amoureuse
Dormait dans les grands bois sourds.

Rose défit sa chaussure,
Et mit, d’un air ingénu,
Son petit pied dans l’eau pure
Je ne vis pas son pied nu.

Je ne savais que lui dire ;
Je la suivais dans le bois,
La voyant parfois sourire
Et soupirer quelquefois.

Je ne vis qu’elle était belle
Qu’en sortant des grands bois sourds.
 » Soit ; n’y pensons plus !  » dit-elle.
Depuis, j’y pense toujours.

Je ne songeais pas à Rose…

  • Description de cette image, également commentée ci-après

    Portrait de Victor Hugo par Léon Bonnat (1879), conservé au château de Versailles (Wikipédia)

    Vieille chanson du jeune temps Victor HUGO  -lien exposition BnF, cliquer-

    Je ne songeais pas à Rose ;
    Rose au bois vint avec moi ;
    Nous parlions de quelque chose,
    Mais je ne sais plus de quoi.

    J’étais froid comme les marbres ;
    Je marchais à pas distraits ;
    Je parlais des fleurs, des arbres
    Son œil semblait dire:  » Après ?  »

    La rosée offrait ses perles,
    Le taillis ses parasols ;
    J’allais ; j’écoutais les merles,
    Et Rose les rossignols.

    Moi, seize ans, et l’air morose ;
    Elle, vingt ; ses yeux brillaient.
    Les rossignols chantaient Rose
    Et les merles me sifflaient.

    Rose, droite sur ses hanches,
    Leva son beau bras tremblant
    Pour prendre une mûre aux branches
    Je ne vis pas son bras blanc.

    Une eau courait, fraîche et creuse,
    Sur les mousses de velours ;
    Et la nature amoureuse
    Dormait dans les grands bois sourds.

    Rose défit sa chaussure,
    Et mit, d’un air ingénu,
    Son petit pied dans l’eau pure
    Je ne vis pas son pied nu.

    Je ne savais que lui dire ;
    Je la suivais dans le bois,
    La voyant parfois sourire
    Et soupirer quelquefois.

    Je ne vis qu’elle était belle
    Qu’en sortant des grands bois sourds.
     » Soit ; n’y pensons plus !  » dit-elle.
    Depuis, j’y pense toujours.

    maison de Victor Hugo, place des Vosges -cliquer le lien-

Clara, Camille et Eileen disent Aux Feuillantines

pour la vidéo (une seule prise !), cliquer ici

Au Feuillantines Victor Hugo (1802-1885)

Mes deux frères et moi, nous étions tout enfants.
Notre mère disait: « Jouez, mais je défends
Qu’on marche dans les fleurs et qu’on monte aux  échelles ».

Abel était l’aîné, j’étais le plus petit.
Nous mangions notre pain de si bon appétit,
Que les femmes riaient quand nous passions près d’elles.

Nous montions pour jouer au grenier du couvent.
Et là, tout en jouant, nous regardions souvent
Sur le haut d’une armoire un livre inaccessible.

Nous grimpâmes un jour jusqu’à ce livre noir ;
Je ne sais pas comment nous fîmes pour l’avoir,
Mais je me souviens bien que c’était une Bible.

Ce vieux livre sentait une odeur d’encensoir.
Nous allâmes ravis dans un coin nous asseoir.
Des estampes partout ! quel bonheur ! quel délire!

Nous l’ouvrîmes alors tout grand sur nos genoux,
Et dès le premier mot il nous parut si doux
Qu’oubliant de jouer, nous nous mîmes à lire.

Nous lûmes tous les trois ainsi, tout le matin,
Joseph, Ruth et Booz, le bon Samaritain,
Et, toujours plus charmés, le soir nous le relûmes.

Tels des enfants, s’ils ont pris un oiseau des cieux,
S’appellent en riant et s’étonnent, joyeux,
De sentir dans leur main la douceur de ses plumes.

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