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Paul lit la première lettre de Meaulnes à François

Henri Fournier à 19 ans - CopieHenri Fournier à dix-neuf ans, cliquer sur l’image pour entendre la lecture de Paul

De toute ma vie je n’ai reçu que trois lettres de Meaulnes. Elles sont encore chez moi dans un tiroir de commode. Je retrouve chaque fois que je les relis la même tristesse que naguère.
La première m’arriva dès le surlendemain de son départ.
Mon cher François,
Aujourd’hui, dès mon arrivée à Paris, je suis allé devant la maison indiquée. Je n’ai rien vu.
Il n’y avait personne. Il n’y aura jamais personne.
La maison que disait Frantz est un petit hôtel à un étage. La chambre de Mlle de Galais
doit être au premier. Les fenêtres du haut sont les plus cachées par les arbres. Mais en
passant sur le trottoir on les voit très bien. Tous les rideaux sont fermés et il faudrait être
fou pour espérer qu’un jour, entre ces rideaux tirés, le visage d’Yvonne de Galais puisse
apparaître.
C’est sur un boulevard… Il pleuvait un peu dans les arbres déjà verts. On entendait les
cloches claires des tramways qui passaient indéfiniment.
Pendant près de deux heures, je me suis promené de long en large sous les fenêtres.
Il y a un marchand de vins chez qui je me suis arrêté pour boire, de façon à n’être pas
pris pour un bandit qui veut faire un mauvais coup. Puis j’ai repris ce guet sans espoir.
La nuit est venue. Les fenêtres se sont allumées un peu partout mais non pas dans cette
maison. Il n’y a certainement personne. Et pourtant Pâques approche.
Au moment où j’allais partir, une jeune fille, ou une jeune femme – je ne sais – est venue
s’asseoir sur un des bancs mouillés de pluie. Elle était vêtue de noir avec une petite
collerette blanche. Lorsque je suis parti, elle était encore là, immobile malgré le froid du
soir, à attendre je ne sais quoi, je ne sais qui. Tu vois que Paris est plein de fous comme moi.
Augustin
Le temps passa. Vainement j’attendis un mot d’Augustin le lundi de Pâques et durant tous
les jours qui suivirent – jours où il semble, tant ils sont calmes après la grande fièvre de
Pâques, qu’il n’y ait plus qu’à attendre l’été.

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Vincent, Leopold et Diane disent

L’invitation au voyage de Charles Baudelaire

Mon enfant, ma soeur,
Songe à la douceur
D’aller là-bas vivre ensemble !
Aimer à loisir,
Aimer et mourir
Au pays qui te ressemble !
Les soleils mouillés
De ces ciels brouillés
Pour mon esprit ont les charmes
Si mystérieux
De tes traîtres yeux,
Brillant à travers leurs larmes.

2013-11-21 12.15.36

Là, tout n’est qu’ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.

Des meubles luisants,
Polis par les ans,
Décoreraient notre chambre ;
Les plus rares fleurs
Mêlant leurs odeurs
Aux vagues senteurs de l’ambre,
Les riches plafonds,
Les miroirs profonds,
La splendeur orientale,
Tout y parlerait
À l’âme en secret
Sa douce langue natale.

2013-11-21 12.16.22

Là, tout n’est qu’ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.

Vois sur ces canaux
Dormir ces vaisseaux
Dont l’humeur est vagabonde ;
C’est pour assouvir
Ton moindre désir
Qu’ils viennent du bout du monde.
– Les soleils couchants
Revêtent les champs,
Les canaux, la ville entière,
D’hyacinthe et d’or ;
Le monde s’endort
Dans une chaude lumière.

Là, tout n’est qu’ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.

dix-sept lieux rêvés en quinze secondes chrono chacun

lire, regarder les images apportées par les uns et les autres, noter les idées qui affleurent puis ajouter, retrancher, doubler, garder, éliminer, déplacer, reconstruire, tester, autant de choix jusqu’au moment de l’enregistrement. Une contrainte : pas plus de quinze secondes !

La conscience de Victor Hugo

juin37sur le vieux pan de mur de la salle de classe,

juin36il veille

juin38cliquer sur l’image pour entendre La conscience

Les Visiteurs du soir d’Anne Wiazemsky, dessins de Stanislas Bouvier

janvier_57

…à partir d’images de Stanislas Bouvier (7)

et du titre d’une histoire  d’Anne Wiazemsky, Les visiteurs du soir,  (titre lui-même citation cinématographique d’un film de Marcel Carné, 1942) écrire et dire un conte,  images de Stanislas Bouvier saisies grâce à un visualiseur et projetées en diaporama sur le tableau numérique de la classe

janvier_57

à partir de dessins de Stanislas Bouvier (6)

et du titre d’une histoire  d’Anne Wiazemsky, Les visiteurs du soir,  (titre lui-même citation cinématographique d’un film de Marcel Carné, 1942) écrire et dire un conte,  images de Stanislas Bouvier saisies grâce à un visualiseur et projetées en diaporama sur le tableau numérique de la classe

janvier_57

Roona dit un extrait de la tirade du balcon Cyrano de Bergerac (Acte III, scène7)


Oh ! mais vraiment, ce soir, c’est trop beau, c’est trop doux !
Je vous dis tout cela, vous m’écoutez, moi, vous !
C’est trop ! Dans mon espoir même le moins modeste,
Je n’ai jamais espéré tant ! Il ne me reste
Qu’à mourir maintenant ! C’est à cause des mots
Que je dis qu’elle tremble entre les bleus rameaux !
Car vous tremblez ! car j’ai senti, que tu le veuilles
Ou non, le tremblement adoré de ta main
Descendre tout le long des branches du jasmin !

Brunain, la vache au prêtre

traduit par Christian Poslaniec et adapté pour le théâtre par Robert Boudet (école des loisirs)

(Côté jardin: intérieur d’église. Le curé fait son sermon. Coté cour: le manant. Table et banc.)

LE CURE:

Il faut faire la charité

Au nom de Dieu qui sait compter

Car Dieu rend le double à ceux

Qui donnent de bon cœur.

LE MANANT* (à sa femme):

Entends-tu ma belle

Ce à quoi notre prêtre s’engage ?

Qui, au nom de Dieu, donne à bon escient,

Dieu le lui fait multiplier.

Nous ne pouvons pas mieux employer

Notre vache, si tu es d’accord,

Qu’en la donnant, pour Dieu, au prêtre.

D’ailleurs elle a si peu de lait.

LA FEMME:

Sire, je le veux bien

Car tu raisonnes à bon droit.

(Le manant rentre chez lui, prend la vache et

va la présenter au prêtre)

LE MANANT

Beau sire, pour l’amour de Dieu

Je vous donne Blérain

Et je vous jure qu’ainsi que je n’ai plus rien.

LE CURÉ:

Mon ami, tu as agi sagement.

Tu peux t’en aller, ayant bien joué

Ton rôle de chrétien.

Si tous mes paroissiens étaient

Aussi sages que tu l’es,

J’aurais des vaches à profusion.

(Le manant se retire.  On le voit côté cour, à table avec sa femme.  Le prêtre attache Blérain et sa vache Brunain ensemble.)

LE CURÉ: Voilà, je vous attache pour vous accoutumer,

Toi, Blérain, cadeau de mon brave paroissien

Avec toi, Brunain; vous voilà deux,

Vous en serez mieux

Pour partager tâches et travaux.

Par Dieu, c’est un bien beau cadeau. (Il se retire.)

BRUNAIN(voulant se baisser): Souffrez, commère, que je pâture en mon champ.

BLERAIN : Je n’en ferai rien, ce champ n’est pas le mien. (Elle entraîne Brunain.)

BRUNAIN: Mais où allez-vous par chènevières** et prés?

BLERAIN:

Je vais par les chemins retrouver

Les miens. Ne me suivez pas si vous pouvez.

BRUNAIN Las! Je ne le puis! (Elle est entraînée.)

LE MANANT(apercevant les deux vaches): Ah! c’est vrai que Dieu donne le double

Car Blérain revient avec une autre,

Une fort belle vache brune.

Nous en avons deux pour une.

L’étable va être trop petite.

(Tous les participants reviennent en scène. Ils diront à tour de rôle la moralité suivante.)

LE MANANT:

Ce fabliau veut démontrer

Que fou est qui ne s’abandonne.

LA FEMME

Car le bien va à qui donne à Dieu

Non à celui qui le cache ou l’enfouit.

BRUNAIN:

Personne ne peut multiplier son bien…

BLÉRAIN:

Sans grande chance à tout le moins.

TOUS:

Par grande chance, le manant eut

Deux vaches en lieu d’une…

LE CURÉ:

Et le prêtre aucune.

TOUS:

Qui croit avancer recule. (Ils rient… sauf le prêtre.)

*manant : n. m. étym. XIIe « habitant » et aussi « riche, puissant » ◊ participe présent de l’ancien verbe maneir, manoir « demeurer », du latin manere

Au Moyen Âge, Habitant d’un bourg ou d’un village,  assujetti à la justice seigneuriale. ➙ vilain. (Robert 2013)

**chènevière [ʃɛnvjɛʀ] nom féminin étym. chanevière 1226 ◊ latin populaire °canaparia, de °canapus (→ chanvre)

■ Champ où croît le chanvre.

▫ On dit aussi can(n)ebière dans le Sud-Est.

Adèle, Dorine et Charline disent un poème de Victor Hugo

Vieille chanson du jeune temps

(images exposition BNF, Victor Hugo, l’homme océan)

Je ne songeais pas à Rose ;
Rose au bois vint avec moi ;
Nous parlions de quelque chose,
Mais je ne sais plus de quoi.

J’étais froid comme les marbres ;
Je marchais à pas distraits ;
Je parlais des fleurs, des arbres
Son œil semblait dire:  » Après ?  »

La rosée offrait ses perles,
Le taillis ses parasols ;
J’allais ; j’écoutais les merles,
Et Rose les rossignols.

Moi, seize ans, et l’air morose ;
Elle, vingt ; ses yeux brillaient.
Les rossignols chantaient Rose
Et les merles me sifflaient.

Rose, droite sur ses hanches,
Leva son beau bras tremblant
Pour prendre une mûre aux branches
Je ne vis pas son bras blanc.

Une eau courait, fraîche et creuse,
Sur les mousses de velours ;
Et la nature amoureuse
Dormait dans les grands bois sourds.

Rose défit sa chaussure,
Et mit, d’un air ingénu,
Son petit pied dans l’eau pure
Je ne vis pas son pied nu.

Je ne savais que lui dire ;
Je la suivais dans le bois,
La voyant parfois sourire
Et soupirer quelquefois.

Je ne vis qu’elle était belle
Qu’en sortant des grands bois sourds.
 » Soit ; n’y pensons plus !  » dit-elle.
Depuis, j’y pense toujours.


juillet 2020
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